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François Fillon et Famille Chrétienne

publié dans regards sur le monde le 14 juin 2016


François Fillon : « le choc des civilisations est en germe »

(Source Famille Chrétienne)

EXCLUSIF MAG – En déplacement au Proche-Orient, le candidat aux primaires de la droite dénonce le communautarisme qui bloque aujourd’hui le Liban et qui pourrait demain s’exporter en France. Entretien.

Le déclin du modèle libanais signe-t-il l’échec du Pacte national de 1943 (à savoir faire adhérer les musulmans à une identité qui dépasse l’appartenance confessionnelle) ?

Chaque fois que je vais au Liban, je suis partagé. D’un côté, il y a le pessimisme lié au constat de la persistance des conflits et, de l’autre, l’optimisme dégagé par tous ces Libanais que je rencontre. Dans ce Liban fragile, il y a des espoirs de renaissance puis des temps de déprime comme aujourd’hui.

Cela dit, si le Hezbollah avait vraiment la volonté de déstabiliser et de mettre la main sur le Liban, il aurait les moyens de le faire. Le Pacte national est toujours vivant malgré tout.

Quelle est la marge de manœuvre des chrétiens libanais, devenus minoritaires même au Liban ?

Le plus désespérant, c’est leur division. Leur seule chance de conserver une influence est de faire preuve d’un minimum d’unité. Je ne parle pas d’un réflexe d’autodéfense, mais d’une volonté de peser dans le jeu politique. Il est évident que les autres camps – sunnites et chiites – jouent de leurs divisions.

Cette situation rappelle des épisodes très anciens… Souvenons-nous que dans un tout autre contexte, celui des croisades, les chrétiens ont payé au prix fort leurs rivalités. Pour revenir à l’actualité, je crois qu’il existe une société civile libanaise plus apte à dépasser les affrontements communautaires que les clans politiques du pays.

Michel Aoun, homme d’État libanais, a confié à famillechretienne.fr son inquiétude face à la présence de 1,5 million de réfugiés : « Qui peut recevoir un nombre de réfugiés qui correspond à la moitié de sa population ? » Y a-t-il un risque de nouvelle guerre civile ?

Ce pays est capable de résister à tout. Il fait preuve d’une résilience extraordinaire ! Mais il y a ici une injustice criante qui devrait faire honte aux Européens et aux Américains : notre incapacité à appréhender correctement la crise syrienne qui est à l’origine de la crise migratoire. Remontons le temps. S’il n’y avait pas eu la décision funeste de M. Bush d’intervenir en Irak, il n’y aurait pas eu de déstabilisation et aujourd’hui d’État d’islamique.

L’entêtement de notre diplomatie à ne voir dans la crise syrienne qu’une révolution populaire contre un tyran doit cesser. En fait, rapidement s’est créé un affrontement entre communautés, une guerre civile dans laquelle chaque belligérant a ses soutiens. La France porte une part de responsabilité dans la crise actuelle. Le gouvernement français n’a cessé de clamer que Bachar el-Assad allait s’effondrer d’une minute à l’autre, mais cela fait quatre années que ça dure. Il y a donc quelque chose de faux dans notre diplomatie.

Qu’est-ce qui doit changer dans notre politique étrangère au Proche-Orient ?

La communauté internationale doit faire preuve de courage. Il est temps que les Européens – et particulièrement la France – défendent leurs intérêts ! J’insiste là-dessus : notre intérêt passe par la conservation de l’exception libanaise. On a tort de penser que tout ça se passe loin de chez nous. En réalité, l’enjeu est immense pour les Occidentaux. Il concerne la capacité ou non des chrétiens et des musulmans à vivre ensemble. Si nous laissons expulser les chrétiens d’Orient, nous allons donner libre cours à la naissance d’États confessionnels. Une confession = un territoire. Avec ce scénario, l’importation des conflits du Proche-Orient en Europe deviendra inévitable. Chacun se repliera sur son identité.

Défendre les communautés chrétiennes du Proche-Orient, c’est défendre le dialogue des croyances et des cultures. C’est donc vital pour nous.

C’est un noble idéal, peu partagé par la classe politique française ?

Non. Ce n’est pas uniquement une affaire d’idéal mais une nécessité absolue. Le totalitarisme islamiste est intégral. Après l’élimination des chrétiens au Proche-Orient, et des Azéris, se posera la question des juifs. J’ai rencontré il y a quelques semaines les autorités iraniennes. Si on va jusqu’au bout de leur raisonnement, qui consiste à exclure les chrétiens et les juifs du Proche-Orient, vous n’empêcherez pas un jour les Européens d’appliquer le même raisonnement vis-à-vis des musulmans. Un territoire = une religion.

« Si nous laissons expulser les chrétiens d’Orient, nous allons donner libre cours à la naissance d’États confessionnels. »

C’est le choc des civilisations qui est en germe. Croyez-vous que dans les pays de vieille tradition chrétienne, on supportera la création d’États confessionnels franchement hostiles aux chrétiens et aux juifs ? Non, évidemment : l’opinion réagira de manière forte et aura la tentation de se retourner contre les musulmans occidentaux. Il en sera alors fini de la fraternité.

Le Liban est-il une parabole de la France et des États d’Europe occidentale : un État faible, une souveraineté limitée, face à la montée des communautarismes ?

Le Liban est le réceptacle de la montée des intolérances au Proche-Orient. Sa situation constitue un avertissement pour la France, qui ne doit pas sombrer dans les communautarismes. On ne peut comparer les situations, dans la mesure où notre pays a derrière lui seize siècles d’Histoire. Je veux parler de racines chrétiennes qui ont été le creuset des Lumières et de notre socle démocratique. Maintenant, il va de soi que la France doit retrouver son identité, qui ne se limite pas à la République. Elle s’exprime de Clovis à Saint Louis en passant par Danton, Léon Blum et De Gaulle ! Il y a donc urgence à enseigner à la jeunesse notre Histoire, notre identité. C’est le gage de notre unité.

C’est donc un combat « identitaire » ?

Pas exactement. Pour beaucoup de Français, la menace sur l’identité, c’est le sentiment que l’islam ne peut se fondre dans le cadre républicain. Mais il faut rappeler que l’Église catholique a eu elle aussi du mal à s’intégrer ! Il serait incompréhensible que la République ne demande pas aujourd’hui aux musulmans de faire l’effort consenti jadis par les catholiques et les juifs.

C’est pourquoi je préconise une politique exigeante, qui passe par un contrôle strict. Il faut que les lieux de culte musulmans soient autorisés mais encadrés, que le financement des mosquées soit transparent, et que ceux qui prônent l’intégrisme ou le djihad soient interdits de cité.

Faut-il revenir au laïcisme d’antan pour contrer certaines revendications communautaires de l’islam ?

J’ai été très impliqué dans l’interdiction du voile à l’école et de la burqa. J’ai regretté que cette interdiction ne soit pas justifiée clairement au nom du principe de l’égalité homme / femme. Il ne faut pas refaire la même erreur. Il y a un problème avec une partie des musulmans. Cette religion est récente sur notre territoire et n’a pas fait son Vatican II, la frontière du spirituel et du temporel restant floue. Elle n’a pas été concernée par la loi 1905 et le compromis de la laïcité.

Il faut éviter deux écueils. Le premier serait de nier le problème au nom d’un angélisme naïf. Le second, de partir dans un combat identitaire contre l’islam sans aucune capacité de compréhension.

Samuel Pruvot

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