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Les hymnes de la fête de la Maternité de notre Dame (2)

publié dans la doctrine catholique le 5 octobre 2016


B- L’hymne de Matines

Première strophe.

« Caelo Redemptor praetulit Felicis alvum Virginis Ubi futura Mortale corpus induit »

« Le Rédempteur a préféré au ciel le sein de l’heureuse Vierge, où, future victime, il a revêtu un corps mortel »

C’est une magnifique présentation du mystère de l’Incarnation Rédemptrice. Une synthèse remarquable. Pour bien comprendre ce terme de « Redemptor », qui vient du verbe « redimere » et qui veut dire : « racheter, sauver, délivrer, voire même acheter », on peut se souvenir du « dialogue » qu’imagine saint Grignon de Montfort dans son traité sur « l’amour de la Sagesse Eternelle », dans son chapitre 4:

« 41. La Sagesse éternelle (le Verbe incarné) est vivement touchée du malheur du pauvre Adam et de tous ses descendants. Elle voit, avec un grand déplaisir, son vaisseau d’honneur brisé, son portrait déchiré, son chef-d’œuvre détruit, son vicaire sur la terre renversé.  Elle prête tendrement l’oreille à sa voix gémissante et à ses cris. Elle voit avec compassion les sueurs de son front, les larmes de ses yeux, les peines de ses bras, la douleur de son cœur et l’affliction de son âme.

42. Il me semble voir cette aimable Souveraine appeler et assembler une seconde fois, pour ainsi dire, la Sainte Trinité pour réparer l’homme, comme elle avait fait pour le former. Il me semble que, dans ce grand conseil, il se fait une espèce de combat entre la Sagesse éternelle et la Justice de Dieu.

43. Il me semble que j’entends cette Sagesse qui, dans la cause de l’homme, dit qu’à la vérité l’homme mérite, par son péché, avec sa postérité, d’être à jamais damné avec les anges rebelles; mais qu’il faut avoir pitié de lui, parce qu’il a plus péché par faiblesse et par ignorance que par malice. Elle représente, d’un côté, que c’est un grand dommage qu’un chef-d’œuvre si accompli demeure pour jamais l’esclave de son ennemi, et que des millions de millions d’hommes soient à jamais perdus par le péché d’un seul. Elle montre, de l’autre, les places du ciel vacantes par la chute des anges apostats, qu’il est à propos de remplir, et la grande gloire que Dieu recevra dans le temps et l’éternité si l’homme est sauvé.

44. Il me semble que j’entends la Justice qui répond que l’arrêt de mort et de damnation éternelle est porté contre l’homme et ses descendants, et qu’il doit être exécuté sans remise et sans miséricorde, ainsi que contre Lucifer et ses adhérents; que l’homme est un ingrat pour les bienfaits qu’il a reçus; qu’il a suivi le démon en sa désobéissance et en son orgueil, et qu’il le doit suivre dans ses châtiments, parce qu’il faut nécessairement que le péché soit puni.

45. La Sagesse éternelle, voyant qu’il n’y avait rien dans l’univers qui fût capable d’expier le péché de l’homme, de payer la justice et d’apaiser la colère de Dieu, et voulant cependant sauver le pauvre homme qu’elle aimait d’inclination, trouve un moyen admirable.
Chose étonnante, amour incompréhensible qui va jusqu’à l’excès, cette aimable et souveraine Princesse s’offre elle-même en sacrifice à son Père pour payer sa justice, pour calmer sa colère et pour nous retirer de l’esclavage du démon et des flammes de l’enfer et nous mériter une éternité de bonheur.

46. Son offre est acceptée; le conseil en est pris et arrêté: la Sagesse éternelle, ou le Fils de Dieu, se fera homme dans le temps convenable et dans les circonstances marquées. Pendant environ quatre mille ans qui se sont écoulés depuis la création du monde et le péché d’Adam jusqu’à l’incarnation de la divine Sagesse, Adam et ses descendants sont morts selon la loi de Dieu portée [contre eux]; mais, en vue de l’incarnation du Fils de Dieu, ils ont reçu des grâces pour obéir à ses commandements et pour faire une digne pénitence après les avoir transgressés; et, s’ils sont morts dans la grâce et l’amitié de Dieu, leurs âmes sont descendues aux limbes en attendant leur Sauveur et Libérateur pour leur ouvrir la porte du ciel ».

Ainsi, il est vrai de dire que, par bienveillance et bienfaisance, Le Fils de Dieu, la « Sagesse éternelle », a voulu s’incarner pour réparer et racheter la créature pécheresse. Il est le « Rédempteur ». C’est sa mission royale. Dès lors, il est très vrai de dire qu’il a préféré au ciel, le sein de la Vierge heureuse : « Le Rédempteur a préféré au ciel le sein de l’heureuse Vierge ». « Caelo Redemptor praetulit Felicis alvum Virginis ». Il faut voir dans ce choix, comme le fait très bien remarquer saint Grignion, l’expression d’un grand amour pour l’homme, sa création, son chef-d’œuvre qu’il ne peut voir à jamais perdu.

Et cet amour est d’autant plus évident que cette Rédemption sera une œuvre sanglante qui se fera par le sacrifice. C’est ce que notre auteur laisse entendre clairement dans la deuxième partie de la phrase : « où, future victime, il a revêtu un corps mortel » « Ubi futura mortale corpus induit ». C’est le dogme catholique  tellement bien exprimé ! Cette phrase nous rappelle l’enseignement de saint Léon le Grand dans sa lettre à Flavien de Constantinople : « Ce fils éternel d’un Père éternel est né, par le saint Esprit, de la Vierge Marie ». En elle et par elle,  il prit un corps mortel qui sera la victime de la Passion : « futura mortale corpus». Grâce à ce corps pris du sein de Marie, Il put «  totalement (se) dépens (er) pour refaire l’homme qui avait été trompé, pour vaincre la mort et détruire, par sa puissance, le diable qui possédait l’empire de la mort. Car nous ne pouvions dominer l’auteur du péché et de la mort, si Lui, que le péché ne peut souiller, que la mort ne peut retenir, n’avait pris notre nature et ne l’avait fait sienne ». Voilà le mystère de la Rédemption confessé !

Notre auteur en poursuit la méditation dans la strophe suivante ; il spécifie plus encore le mystère dans son mode, dans  sa réalisation. Cette Rédemption s’est accomplie par le sang !

Deuxième strophe

Haec Virgo nobis edidit Nostrae salutis auspicem, Qui nos redemit sanguine, paenas crucem pertulit »

Cette Vierge nous a enfanté le guide de notre salut, qui nous a racheté de son sang et qui a subi la passion et la croix »

Cette Vierge nous a donné l’auteur de notre salut, «  auspicem » de « auspicium –ii », Ce mot dit plus que « guide » Il est  « le commandant en chef » du salut de tous. C’est pourquoi cette « génération » (edere) est un titre de gloire de Notre Dame.  Nous lui en  devons une reconnaissance éternelle.

Cette strophe est encore une explicitation parfaite de la foi. Jésus, « le fruit des entrailles » (toujours le verbe latin : edere) de Marie est le seul Sauveur, «salutis auspicem ». Le Concile de Trente le dit dans  sa 5ième session (17 juin 1546), en son § : «  Si quelqu’un affirme que ce péché d’Adam ( qui nous a fermé les portes du Ciel)  - qui est un par son origine et, transmis par propagation héréditaire et non par imitation, est propre à chacun -, est enlevé par les forces de la nature humaine ou par un autre remède que le mérite de l’unique médiateur notre Seigneur Jésus Christ qui nous a réconciliés avec Dieu dans son sang, devenu pour nous justice, sanctification et rédemption ; … qu’il soit anathème. Car il n’est pas d’autre nom sous le ciel qui ait été donné aux hommes par lequel nous devons être sauvés. D’où cette parole : Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui ôte les péchés du monde… »

C’est tout à fait ce qu’affirme notre auteur : ce Jésus, né de la Vierge Marie « nos redemit sanguine » « nous a racheté » par son sang. En subissant, en portant, « pertulit »  «  de perferre », en portant jusqu’au bout « usque ad finem », à notre place et à notre avantage, « la croix et les peines » de la Passion : « paenas crucem pertulit ».

Troisième strophe

« Spes laeta nostro e pectore Pellat timores anxios : haec quippe nostras lacrimas, Precesque defert Filio »

« Qu’une joyeuse espérance chasse de notre cœur les craintes anxieuses : car c’est elle qui présente à son Fils nos larmes et nos prières »

« Pellat » : c’est le subjonctif présent du verbe « pellere » qui veut dire « chasser, repousser ». La Rédemption accomplie par Notre Seigneur, nous le comprenons bien, est cause en notre cœur, d’une  espérance nouvelle. L’auteur la décrit comme une espérance « joyeuse » : « spes laeta ». Cette Rédemption nourrit notre espérance et met notre cœur dans la « joie ». Saint Paul a raison de dire que le Christ « est en nous l’espérance de la gloire ». Et cette  espérance de la gloire donne la joie. Et cette joie dans l’espérance chasse nécessairement la crainte. A cette crainte, l’auteur donne un qualificatif ; il la dit « anxieuse » « timores anxios ». Il y a une opposition radicale entre l’espérance et la crainte. L’espérance est, de soi, joyeuse, la crainte est, de soi, anxieuse.

Cette joie dans l’espérance qui chasse nécessairement la crainte me fait penser à l’annonce de l’Ange aux bergers, la nuit de Noël : « un Sauveur vous est né ». Souvenez-vous, c’est au chapitre 2, des versets 1 à  14, de l’Evangile de saint Luc :

«  En ces jours-là fut publié un édit de César Auguste, pour le recensement de toute la terre. Ce premier recensement eut lieu pendant que Quirinius commandait la Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville. Joseph monta de Galilée, de la ville de Nazareth, en Judée, à la ville de David, appelée Bethléem, parce qu’il était de la maison et de la famille de David, pour être recensé avec Marie son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient en ce lieu, le temps où elle devait enfanter s’accomplit.
Et elle mit au monde son fils premier-né, l’enveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.

Il y avait aux environs des bergers qui passaient la nuit aux champs, veillant à la garde de leur troupeau. Tout à coup un ange du Seigneur parut auprès d’eux et le rayonnement de la gloire du Seigneur les environna, et ils furent saisis d’une grande crainte. Mais l’ange leur dit : «  Ne craignez point, car je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple une grande joie. Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur. Et voici ce qui vous servira de signe : vous trouverez un nouveau-né enveloppé de langes et couché dans une crèche.  »
Au même instant, se joignit à l’Ange une troupe de la milice céleste, louant Dieu et disant : « Gloire, dans les hauteurs, à Dieu ! Et, sur la terre, paix aux hommes, Objet de la bienveillance divine ! ».

Mais ici, dans notre strophe, « l’espérance joyeuse » qui chasse « la crainte anxieuse » n’est pas tellement le fruit de la Rédemption et de la venue du Sauveur, elle est le fruit de la certitude de la protection de la Sainte Vierge, du rôle de sa maternité à notre égard, qui remonte au jour de la Passion : « Mère, voici votre Fils ». Elle est notre Mère et à ce titre, elle présente à son Fils nos larmes et nos prières, alors nous sommes sûrs que nous serons exhaussés : « car c’est elle qui présente à son Fils nos larmes et nos prières », « haec quippe nostras lacrimas, Precesque defert Filio ».

Quatrième strophe

Voces Parentis excipit, Votisque Natus annuit : hanc quispe semper diligat, Rebusque in arctis invocet »

Le Fils accueille les paroles de sa Mère et consent à ses vœux : que chacun l’aime toujours et l’invoque dans les difficultés »

Le rôle de Marie, dans l’ordre surnaturel, dans l’ordre de la Rédemption et de la sainteté est tel, qu’il faut l’aimer, qu’on ne peut pas ne pas l’aimer : « hanc quispe semper diligat ». C’est du reste un signe d’élection. Et saint Grignon de Montfort lui, nous dit qu’il faut être tout à Marie et l’aimer toujours plus. Il en donne  les raisons dans son livre : le « Secret de Marie ». Elles sont, là, plus développées mais elles sont substantiellement les mêmes : Elle est co-rédemptrice et donc au cœur de notre sanctification parce que la Mère de Dieu et notre Mère.

C’est ce qu’il explique longuement dans ce livre : « le secret de Marie » «  pour trouver la grâce de Dieu, il faut trouver Marie. Parce que: 1 C’est Marie seule qui a trouvé grâce [devant] Dieu, et pour soi, et pour chaque homme en particulier… 2 C’est elle qui a donné l’être et la vie à l’Auteur de toute grâce, et, à cause de cela, elle est appelée Mère de la grâce, Mater gratiae. 3 Dieu le Père, de qui tout don parfait et toute grâce descend comme de sa source essentielle, en lui donnant son Fils, lui a donné toutes ses grâces, en sorte que, comme dit saint Bernard, la volonté de Dieu lui est donnée en lui et avec lui. 4 Dieu l’a choisie pour la trésorière, l’économe et la dispensatrice de toutes ses grâces; en sorte que toutes ses grâces et tous ses dons passent par ses mains; et, selon le pouvoir qu’elle en a reçu, suivant saint Bernardin, elle donne à qui elle veut, comme elle veut, quand elle veut et autant qu’elle veut, les grâces du Père éternel, les vertus de Jésus- Christ et les dons du Saint-Esprit. 5 Comme dans l’ordre naturel, il faut qu’un enfant ait un père et une mère, de même dans l’ordre de la grâce, il faut qu’un vrai enfant de l’Eglise ait Dieu pour père et Marie pour mère; et, s’il se glorifie d’avoir Dieu pour père, n’ayant point la tendresse d’un vrai enfant pour Marie, c’est un trompeur qui n’a que le démon pour père… 6 Puisque Marie a formé le Chef des prédestinés, qui est Jésus-Christ, c’est à elle aussi de former les membres de ce chef, qui sont les vrais chrétiens: car une mère ne forme pas le chef sans les membres, ni les membres sans le chef. Quiconque donc veut être un membre de Jésus-Christ, plein de grâce et de vérité, doit être formé en Marie par le moyen de la grâce de Jésus-Christ, qui réside en elle en plénitude, pour être communiquée en plénitude aux vrais membres de Jésus- Christ et à ses vrais enfants.7 Le Saint-Esprit ayant épousé Marie, et ayant produit en elle, et par elle, et d’elle, Jésus-Christ, ce chef- d’oeuvre, le Verbe incarné, comme il ne l’a jamais répudiée, il continue à produire tous les jours en elle et par elle, d’une manière mystérieuse, mais véritable, les prédestinés…. »

Cinquième strophe

« Sit Trinitati gloria, Quae Matris intactum sinum Ditavit almo germine, Laus sit per omne saeculum. Amen

Gloire soit à la Trinité qui enrichit d’un saint enfant le sein virginal de la Mère, louange pour tous les siècles »

C’est bien la maternité divine de Notre Dame, « ditavit almo germine » toujours Vierge, « intactum sinum » « honneur de Notre Dame », qui est la gloire de la sainte Trinité.

Je suis, là encore, étonné par la précision du vocabulaire et l’esprit de synthèse de notre auteur. Il parle de la maternité divine, de la virginité de Marie en des mots sublimes. Pour la virginité, il dit que son sein est resté « intactum ». « Intactus » veut dire rarement « intact », mais bien plutôt « non touché ». Cela fait écho à l’interrogation de Marie à l’Ange Gabriel : « Mais comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d’homme » paroles claires exprimant sa volonté de garder la virginité. L’Ange la rassure : « l’Esprit Saint viendra sur vous, et la vertu du Très Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naitra de vous, sera appelé Fils de Dieu » (Lc 1 35-36). Le XI concile de Tolède (7 novembre 675) utilise le même mot pour parler de la conception de Jésus dans le sein de Marie : «  Nous croyons que, de ces trois personnes, seule la Personne du Fils a pris une nature humaine véritable, sans péché, de la sainte et immaculée Vierge Marie, pour la libération du genre humain. Il est né d’elle selon un nouvel ordre, selon une nouvelle naissance….Une nouvelle naissance parce qu’une virginité intacte n’a pas connu le contact de l’homme et a fourni la matière de son corps fécondée par l’Esprit Saint…. ». C’est bien le même mot, ici, comme là, dans le texte de l’hymne comme dans le texte du concile. Dans le texte de l’hymne nous avons « intactum sinum ». Dans le texte du Concile de Tolède, nous avons : « …nova autem nativitate est genitus,  quia intacta virginitas » et le Concile précise même le sens de « intactus » en disant: «  et virilem coïtum nescivit ». Traduire « intactus » par « intact », c’est peu dire ». Il faut le traduire par « non touché », ce que précise joliment et sans peur, le Concile « et virilem coïtum nescivit », C’ est de fait le sens du mot.

Quoi qu’il en soit, on voit comment les textes liturgiques, cet hymne en particulier, sont de vraies « lieux théologiques », en ce sens qu’ils sont le juste écho de la foi et de la Tradition.

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