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Commentaire des psaumes du bréviaire romain psaume 9C (n°10)

publié dans paroisse saint michel le 22 novembre 2018


Commentaire des psaumes du bréviaire romain

De Matines du dimanche

Psaume 9C

 

Il me semble que ce psaume 9 C est une belle préfiguration de la Passion du Christ, une belle description de la Passion du Christ en Croix, entouré de la haine sarcastique du Sanhédrin, des grands du peuple juif. Ce psaume est un peu comme le chant du Serviteur souffrant de David. Et C’est, sous ce rapport, me semble-t-il, un psaume christologique.

Les souffrances du Christ, tellement fortement exprimées par la quatrième phrase du Christ en Croix : « Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonné » sont l’objet de la première strophe de ce psaume: « Pourquoi Seigneur, vous êtes-vous retiré au loin et dédaignez-vous de me regarder au temps du besoin et de l’affliction ».

Ainsi deux idées sont l’objet de ce psaume : les souffrances du Christ, dans la première strophe et la méchanceté des Juifs regardant le Christ en Croix, dans toutes les autres strophes. Et elles sont exprimées avec un réalisme merveilleux.

Voyons cela

« Ut quid Domine recessisti longe, despicis in opportunitatibus, in tribulatione »

« Pourquoi Seigneur, vous êtes-vous retiré loin, et dédaignez-vous de me regarder au temps du besoin de l’affliction »

Ces deux verbes « recedo » et « despicio » expriment parfaitement le dédain, le retrait, l’oubli. « Despicio » veut dire « regarder d’en haut », « regarder avec dédain », « mépriser », « regarder ailleurs »… « Recedo » veut dire « marcher en  arrière », « s’éloigner », « se retirer », « abandonner ». Ainsi de Dieu, apparemment, dans la Passion de son Fils. On comprend alors son cri. « Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonné ». N’entendez-vous pas dans cette strophe, « Ut quid Domine recessisti longe, despicis in opportunitatibus, in tribulatione » comme le murmure du Christ en Croix au comble de la souffrance, disant : « Mon Dieu, Mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ». C’est vraiment la même pensée : l’oubli de Dieu, l’abandon par Dieu  du serviteur fidèle au milieu de ses souffrances, le désintérêt total.

« Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonné » « Deus meus, Deus meus ut quid dereliquisti me » (Mc 15 34)

Dans les trois premières paroles de Jésus en Croix, Jésus s’élève au-dessus de ses tortures, il semble les oublier. Il n’est soucieux que d’implorer le pardon pour qui le brutalise, de promettre le paradis au brigand, de donner sa Mère au disciple aimé. Cette quatrième parole est un cri arraché par la cruauté du supplice, c’est une plainte qui monte vers le ciel… : « Mon Dieu, Mon Dieu ». C’est un peu comme un retour de Jésus sur lui-même, un repli sur sa propre souffrance.

Souvenez-vous des faits : « La sixième heure étant arrivée, les ténèbres se répandirent sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.  Et à la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte :  » Eloï, Eloï, lama sabacthani.  » Ce qui s’interprète :  » Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ?  » Quelques-uns de ceux qui étaient là, l’ayant entendu, disaient :  » Voyez ! Il appelle Elie.  » Et l’un d’eux courut emplir une éponge de vinaigre, et l’ayant mise au bout d’un roseau, il lui donna à boire, en disant :  » Laissez, voyons si Elie viendra le faire descendre.  » Mais Jésus, ayant jeté un grand cri, expira. » (Mc. 15 33-35)

La résurrection de Lazare avait mis le comble à la haine du Sanhédrin, garant de la Loi de Moïse, contre Jésus. : « Il est de notre intérêt qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation entière ne périsse pas…C’est dès ce jour qu’ils décidèrent de le tuer ». (Jn 11 52-53).  D’autant que lui-même, devant eux fait profession de sa messianité : « Es-tu le Christ, le Fils de Dieu ». « Oui tu l’as dit ». «  Qu’avons-nous encore besoin de témoins ? Vous avez entendu le blasphème ! Que vous en semble ? Et tous le condamnèrent comme méritant la mort » (Mc 14 61-64).  Jésus avait blasphémé en se déclarant le Messie, le Fils de Dieu. Il était juste qu’il meure. Il est condamné par les chefs au nom de la religion, la plus pure, comme séditieux et blasphémateur. Il  été hué par la foule, livré aux étrangers, assimilé aux criminels de droit commun ; il est  trahi par un disciple, renié par un autre, abandonné par presque tous. Il donne sa Mère enfin à son fidèle disciple….il est désormais « pauvre d’amis », seul. Et c’est à ce moment de total dénuement, où il n’a plus rien sur quoi s’appuyer, c’est à ce moment  que le Père l’abandonne. Alors comme si l’épreuve était excessive et ses forces sur le point de se rompre qu’il crie d’une grande voix : « Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ». Parole fatal. « Ut quid Domine recessisti longe, despicis in opportunitatibus, in tribulatione ».

Jésus a éprouvé sur la Croix les plus intenses douleurs de toutes les douleurs. Il faut voir avec quelle tendresse le docteur Angélique essaie de les scruter

Il a connu les plus intenses de toutes les douleurs corporelles, car sa sensibilité était la plus délicate qui ait jamais existé, celle d’un corps formé immédiatement par l’Esprit Saint, dans la Vierge Marie, et la vie qu’il abandonnait  était d’un prix inestimable, en raison de son assomption par la divinité. ( III 46 6). Et il a connu les plus intenses de toutes les douleurs spirituelles, son âme était comme écartelée entre la vison d’une part, de la sainteté infini de Dieu, et, d’autre part de la marée continuelle du mal qui monte de la terre. En vertu de la vision bienheureuse, il voyait en effet d’un seul regard, dans le miroir du Verbe tout le déroulement de l’histoire, tous les péchés du genre humain pour lesquels il offrait en échange sa propre Passion ; il voyait aussi tous les refus des âmes, et la violence divine de sa charité déchirer son cœur. Jésus explique saint Thomas s’est précipité volontairement sur la souffrance pour en embrasser toute la quantité et expier et libérer les hommes du péché et leur ouvrir les portes du Ciel.C’est aussi la thèse de louis Chardon OP. A Gethsémani, il connut l’agonie du cœur.

Jésus se sent délaissé de Dieu et le crie : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné » « Ut quid Domine recessisti longe, despicis in opportunitatibus, in tribulatione ».

Ce sont les premières paroles du psaume 21.

« Mon Dieu Mon dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné, vous détournant de mon cri et des mots de ma plainte ». Dans le psaume 9 C Jésus prononce  la même douloureuse question : « Pourquoi Seigneur… dédaignez-vous de me regarder au temps du besoin de l’affliction ».

« Mon Dieu, je crie le jour et vous ne répondez pas, la nuit, et je n’ai point de repos »

Est-il possible que Dieu puisse abandonner les siens ?

« Et pourtant vous êtes saint. Vous habitez au cœur des hymnes d’Israël. En vous, se sont confiés nos pères. Ils se sont confiés et vous les avez délivrés. Ils ont crié vers vous et ont été sauvés ; ils se sont fié à vous et ont été sauvés. Ils se sont fiés à vous et n’ont pas été confondus ».

Mais maintenant Dieu semble vraiment s’être retiré : «Ut quid Domine recessisti long »

« Et moi, je suis un ver, non un homme l’opprobre des hommes et le rebut du peuple. Tous ceux qui me voient me bafouent ; ils ricanent, ils hochent la tête : il s’est remis à Yahwé, que Yahwé le sauve, qu’il le délivre puisqu’il l’aime

On se rappelle le récit de saint Matthieu : «Les Princes des prêtres, avec les Scribes et les Anciens, le raillaient aussi et disaient : » Il en a sauvé d’autres, et il ne peut se sauver lui-même ; s’il est roi d’Israël, qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui. Il s’est confié en Dieu ; si Dieu l’aime, qu’il le délivre maintenant ; car il a dit : Je suis Fils de Dieu.  » Les brigands qui étaient en croix avec lui, l’insultaient de la même manière ». (Mtt 27 41-43)

« Des chiens m’ont environné, une bande malfaisante m’a assailli. Ils mont entaillé les mains et les pieds et m’ont couché dans la poussière de la mort. Ils comptent mes os un par un. Ils me toisent et me couvent du regard. Ils se partagent mes habits et tirent au sort mes vêtements »

Saint Jean s’écrira : « Ils regarderont celui qu’ils auront transpercé » (Jn19 37) et saint Matthieu rapportera que les soldats s’emparèrent des habits de Jésus (Mt 27 35)

Pourtant le juste persécuté continue d’implorer son Dieu :

« Mais vous, ô Yahvé, ne vous éloignez pas, ô Vous, ma force, accourez à mon aide

Et il sait qu’il est exaucé :

« Il n’a pas méprisé un malheureux et il n’a pas refusé de lui répondre. Il n’a pas (finalement) détourné de moi son visage mais il m’a écouté quand je criais vers lui ».

La fin du psaume s’ouvre finalement sur une vaste perspective messianique concernant Israël : « …Toutes les familles des nations se prosterneront devant sa face. Car à Iahvé appartient l’empire. Il domine sur les nations….Et mon âme vivra pour lui, ma lignée le servira, on annoncera Iahvé à la génération à venir, les peuples à naître sauront son œuvre ».

Finalement le psaume 22 est un chant d’espérance en Dieu. La clameur du début est un cri de douleur et nullement de désespoir, devant la vindicte du peuple et des princes. Dans le cœur du psalmiste, c’est un cri d’angoisse et nullement de révolte, et le commencement d’un chant de l’espérance messianique. Ceux qui assistent moqueurs à cette passion seront pris à leur propre piège, à leur propre « filet » dira le psalmiste in fine. . C’est finalement un solennel avertissement aux plus attentifs de ses ennemis au pied de la Croix.

Nous allons le voir dans les autres strophes.

« Dum superbit impius, incenditur pauper ; comprehenduntur in consiliis quibus cogitant »

 « Tandis que l’impie s’enorgueillit, le pauvre est consumé. Ils sont pris dans les desseins qu’ils méditent »

C’est la parfaite description du peuple et des princes au pied de la Croix où pend le juste, le « pauvre ». Ils s’enorgueillissent de leur pouvoir, de leur science dans la connaissance de la Loi. Ne peut-on imaginer leur dialogue, Jésus soufflant ces derrières paroles : « Mon Dieu, Mon Dieu… ».  « Quoi ! se disent-ils peut être entre eux au pied de la Croix, Il s’est arrogé des titres insensés, il a blasphémé ; il s’est cru Messie et Fils de Dieu. Dans son blasphème, Dieu l’a abandonné. Son cri en est un terrible aveu ! Rien ne leur ouvrira les yeux. Ils refusent la vérité, ils refusent les signes les plus évidents : « Ils sont pris dans les desseins qu’ils méditent », ils sont renfermés, « comprehenduntur » dans leurs propres pensées, entêtés, têtus.

« Quoniam laudatur peccator in desidriis animae suae; et iniquus benedicitur »

“Car le pécheur se glorifie des désirs de son âme, et le méchant est félicité »

C’est l’attitude même du peuple au pied de la croix. « il se glorifie des désirs de son âme ». Il vient d’entendre cette parole de Jésus : « Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonné » : Alors comment cet homme pendu à la Croix, submergé de douleur, peut-il être le Messie qui devait délivrer le peuple de ses séculaires humiliations ? Non ! Impossible ! Les nestorien ne diront pas mieux ; Jésus a vraiment souffert notre souffrance, alors il n’est pas Dieu. Il est un charlatan qui a abusé le peuple…La condamnation prononcée par Pilate à la demande du Sanhédrin est juste. Il s’en félicite.  Caïphe a dit juste lorsqu’il a déclaré devant tous : « Il vaut mieux qu’un seul homme ne meure que la Nation toute entière ». Le méchant croit faire le bien, croit dire juste : « iniquus benedicitur ». Il est loué

« Exacerbavit Dominum peccator, secundum multitudinem irae suae non quaeret »

« Le pécheur a irrité le Seigneur ; à cause de la grandeur de sa colère, il ne se soucie de rien ».

Comment en pourrait-il être autrement ? Le Juste a été déclaré le « Béni de Dieu» : « Voici mon Fils bien aimé, en qui j’ai mis toutes mes complaisances, écoutez le ». Telle est la voix du Père sur celui qui sortait du Jourdain après qu’il eut reçu le baptême de Saint Jean Baptiste. Et eux, l’ont livré à l’étranger, assimilé au criminel de droit commun, lui ont fait subir un sort indigne, l’ont couronné d’une couronne pour se moquer de sa royauté : « es-tu Roi ? Tu l’as dit, je suis Roi », lui ont fait subir une flagellation extrêmement douloureuse…Aussi va-t-il souffrir moralement et physiquement au-delà de ce que nous pouvons jamais savoir ici-bas. On vient de le voir. On peut comprendre que le psalmiste dise juste lorsqu’il dit : « Le pécheur a irrité le Seigneur » « Exercerbavit Dominus peccator ». Et sa colère est telle «qu’il ne se soucie de rien » « non quaeret ».

« Non est Deus in conspectu eius ; inquinatae sunt viae illius in omni tempore »

« Dieu n’est point devant ses yeux ; ses voies sont souillées en tout temps ».

« Auferuntur judicia tua a facie eius : omnium inimicorum suorum dominabitur »

« Vos jugements sont ôtés de devant sa face ; il dominera sur tous ses ennemis ».

C’est cela, précisément le péché. « Non est Deus in conspectu eius » « Auferuntur judicia tua a facie eius ».   Saint Thomas le définit comme étant une « aversio a Deo » et une « conversio ad creaturas ». « Aversio a Deo ». C’est le  « refus de Dieu ». C’est la volonté de «se détourner de Dieu »: autrement dit, Dieu n’est pas l’objet de sa considération. « Auferuntur judicia tua a facie eius » C’est le monde et ses plaisirs que le pécheur  veut, en tout temps. « in omni tempore ».

C’est là que l’on peut mesurer la gravité du péché. C’est une offense, c’est une injure, préférer la créature à Dieu. Et pour en comprendre la gravité il faut comprendre que l’offense se mesure à la dignité de la personne offensée. . Elle est proportionnée à la valeur de la personne outragée, i.e  à sa dignité. Si la dignité est infinie, l’offense l’est aussi,  comme l’injustice serait infinie si l’objet volé ou détruit était d’un prix infini. C’est ici que vaut l’adage : « Honor est in honorante, injuria in injuriato » : « l’honneur se mesure à la personne qui honore et l’offense à la personne offensée ». Mais précisément quelle est la majesté de la personne offensée ? Elle est une personne d’une majesté infinie : Dieu. Le péché, dit saint Thomas, parce qu’il est commis contre Dieu a une certaine infinité, à cause de l’infinité de la majesté divine. L’offense est d’autant plus grave que l’offensé est plus digne (III 1 2 ad 2)

Ce n’est pas là une affirmation isolée de  Saint Thomas. Il  l’avait déjà dit dans ses autres écrits.  Il disait dans son Commentaire des Sentences : « le péché a une certaine infinité, et cela tient tout d’abord à l’infinité de la majesté divine offensée par le mépris de la désobéissance ; plus grand est celui contre qui l’on pèche, plus grande devient la faute ». (III Sent 20 1 2). Il y revient dans les Questions Disputées : « puisque Dieu dépasse la créature à l’infini, l’offense de quiconque pèche mortellement contre lui est infinie à cause de la dignité de Dieu auquel le pécheur fait injure en le méprisant lui et son précepte » « Auferuntur judicia tua a facie eius »  Il en conclut. « C’est pourquoi les forces humaines ne suffiront jamais pour réparer une telle offense ».  (Que Disp de verit 28 3) En effet aucune créature ne sera jamais capable d’égaler la réparation à l’outrage. Les hommages d’une personne créée, restant toujours bornées comme elle, ne seront jamais de la taille d‘une offense infinie : « honor est in honorante ». Oui !  Pour réparer le péché, il faut une personne d’une dignité infinie. Il faut qu’une personne d’une dignité infinie prenne une nature créée, dépendante, soumise à un maitre. Parce qu’il y a nature inférieure, les actes peuvent aller à un supérieur ; parce qu’il y a personne infinie et que toutes les actions appartiennent à la personne, les satisfactions et les mérites ont une infinie valeur. Mesuré à la dignité de la personne outragée, l’offense est infinie, mesurée à la dignité infinie de la personne divine qui répare, la satisfaction est infinie. Il y a donc paiement rigoureux et total, la réparation est enfin de condigno.  Voilà pourquoi, saint Anselme nous dira dans son « Cur Deus homo » que l’Incarnation, le mystère du Verbe fait chair, était  nécessaire pour le salut du genre humain.

« Dixit enim in corde suo: non movebor a generatione in generatione sine malo »

“Car il a dit en son Coeur: je ne serai point ébranlé de génération en génération, je suis à l’abri du mal”

Je vois dans cette strophe  l’expression du péché d’orgueil et de la suffisance. Le pécheur est comme le riche propriétaire de l’Evangile qui n’a pas assez d’ entrepôts pour engranger ses récoltes et qui ne compte que sur ces biens et trésors : Souvenez-vous : « Puis il leur dit cette parabole :  » Il y avait un homme riche dont le domaine avait beaucoup rapporté. Et il s’entretenait en lui-même de ces pensées : Que ferai-je ? Car je n’ai pas de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai. J’abattrai mes greniers, et j’en construirai de plus grands, et j’y amasserai la totalité de mes récoltes et de mes biens. Et je dirai à mon âme : Mon âme, tu as de grands biens en réserve pour beaucoup d’années ; repose-toi, mange, bois, fais bonne chère. Mais Dieu lui dit : Insensé ! Cette nuit même on te redemandera ton âme ; et ce que tu as mis en réserve, pour qui sera-t-il. Il en est ainsi de l’homme qui amasse des trésors pour lui-même, et qui n’est pas riche devant Dieu. « . Ainsi vous dis-je du pécheur. Il ne compte que sur lui et méprise le Seigneur et sa divine protection.

Ainsi de cette foule au pied de la Croix, qui ne comptait que sur elle, sa science et sa sagesse pour échapper à la domination et à l’intervention romaine : « Il vaut mieux qu’un seul homme meurt plutôt que la Nation toute entière ».

« Cujus maledictione os plenum est et amaretudine et dolo : sub lingua eius labor et dolor »

« Sa bouche est pleine de malédiction, d’amertume et de tromperie ; sous sa langue sont la peine et la douleur ».

C’est bien ainsi ! Voyez donc, entendez ce peuple juif au pied de la Croix ! Il ne vomit que blasphèmes, injures, fourberies. Il se réjouit de la peine et de la douleur du crucifié. Il se moque de ses affirmations passées : « Les passants l’insultaient, en branlant la tête et disant :  » Ah ! Toi qui détruis le temple et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, et descends de la croix. « Les Princes des prêtres aussi, avec les Scribes, le raillaient entre eux, et disaient :  » Il en a sauvé d’autres, et il ne peut se sauver lui-même. Que le Christ, le roi d’Israël, descende maintenant de la croix, afin que nous voyions et que nous croyions.  » Ceux même qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient ». (Mc 15 31-33). Il profère le mensonge. Il a vu déjà tant de miracle, celui de Lazard en particulier, et cela n’a servi à rien, mieux cela fut une raison supplémentaire pour le présenter à Pilate comme perturbateur, et agitateur, ennemi de César !. La bouche de ce peuple est pleine de tromperie

«Sedet in iniiis cum divitibus in occultis, ut intericiat innocentem »

 “Il est assis en embuscade avec les riches dans les lieux cachés, afin de tuer l’innocent »

Ainsi du peuple juif ! Il n’avait qu’un but, de fait, tuer l’Innocent, tuer le Juste. On se condamne à ne rien comprendre –historiquement – à la Passion de Jésus si l’on ne perçoit pas que le procès de Jésus a commencé dès le début de sa vie publique et qu’il s’est instruit chaque jour. Pas à pas pendant trois ans et d’un  bout de la Palestine à l’autre, les Pharisiens ont suivi le Christ, l’ont observé, l’ont interrogé, un œil sur lui, un œil dur la Loi, comme de rigoureux magistrats et bien avant la Passion, l’ont condamné comme « impur, infidèle à la Loi ». Ainsi le Christ manquait ouvertement et gravement à la sainteté du Sabbat. Ce jour-là était le jour consacré à Dieu et toute œuvre servile y était très strictement interdite. Or lui guérissait lors du Sabbat et même disait au paralytique de s’en aller cher soi et de prendre son grabat. Le Christ ne respectait pas davantage la loi des impuretés. Il ne craignait pas le contact du lépreux, d’un cadavre, d’une sépulture et il avait l’audace de dire « qui d’entre vous me convaincra de pêcher ». Il se mettait ainsi au-dessus de la Loi, au-dessus de la pureté légale. De ces sanctions légales, il n’en tenait aucun compte et osait entrer malgré tout dans le Temple et y enseignait. Le Christ était un « impur », un impie, un blasphémateur un rebelle. Il fallait qu’il soit retranché de la communauté. Entre le Christ et les Pharisiens, c’était devenu une lutte à mort. Si le Christ, dans cette lutte gagnait, eux perdaient tout, leur prestige, leur autorité, leurs fonctions. En défendant la Loi, ils se défendaient eux-mêmes. Le comble du conflit éclata lors de la résurrection de  Lazard. La mesure était comble. Ce miracle était connu de tout le peuple de Jérusalem. Tous l’acclamèrent le jour des Rameaux : « Hosanna au plus haut des cieux ». La mesure était comble ; l’arrêt de mort fut décidé. Il serait trainé devant Pilate. « Il vaut mieux qu’un seul homme meurt plutôt que toute la Nation ». C’en était décidé. Les Pharisiens en décidèrent la nuit, à huit clos. C’est ce que nous dit notre psalmiste : « «Sedet in insidiis cum divitibus in occultis, ut intericiat innocentem » « Il est assis en embuscade avec les riches dans les lieux cachés, afin de tuer l’innocent ».

 “Oculi eius in pauperem respiciunt : insidiatur in abscondito, quasi leo in spelunca sua »

“Il se tient en embuscade pour enlever le pauvre, pour enlever le pauvre en l’attirant”

« In laqueo suo humiliabit  eum, inclivabit se et cadet, cum dominatus fuerit pauperum »

« Il le terrassera dans son filet ; il se baissera et il tombera lorsqu’il se sera rendu maître des pauvres »

N’est-ce pas par ruse qu’ils voulurent se saisir de lui (Mc 14 1-2) ? N’est-ce pas des « filets », des « embuscades » que les Pharisiens lui ont tendus devant Pilate et avec quelle hypocrisie mensongère.

«  Dès le matin, sans retard, les Princes des prêtres tinrent conseil avec les Anciens et les Scribes, et tout le Sanhédrin. Et après avoir lié Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate. Pilate l’interrogea : «  Es-tu le roi des Juifs ?  » Jésus lui répondit : «  Tu le dis.  » Comme les Princes des prêtres portaient contre lui diverses accusations, Pilate l’interrogea de nouveau, disant : «  Tu ne réponds rien ? Vois de combien de choses ils t’accusent. » Mais Jésus ne fit plus aucune réponse, de sorte que Pilate était dans l’étonnement.
Cependant, à chaque fête de Pâque, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.  Or, il y avait dans la prison le nommé Barabbas, avec les séditieux ses complices, pour un meurtre qu’ils avaient commis dans la sédition. La foule étant montée se mit à réclamer ce qu’il leur accordait toujours.
Pilate leur répondit : «  Voulez-vous que je vous délivre le roi des Juifs ?  »
Car il savait que c’était par envie que les Princes des prêtres l’avaient livré.
Mais les Pontifes excitèrent le peuple, afin d’obtenir qu’il leur relachât plutôt Barabbas. Pilate, reprenant la parole, leur dit : «  Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ?  » Ils crièrent de nouveau : «  Crucifiez-le !  » Pilate leur dit : «  Mais quel mal a-t-il fait ?  » Et ils crièrent encore plus fort : «  Crucifiez-le !  » Pilate, voulant satisfaire le peuple, leur délivra Barabbas ; et après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour être crucifié.
Les soldats conduisirent Jésus dans l’intérieur de la cour, c’est-à-dire dans le prétoire, et ils convoquèrent toute la cohorte. Et l’ayant revêtu de pourpre, ils ceignirent sa tête d’une couronne d’épines qu’ils avaient tressée. Puis ils se mirent à le saluer : «  Salut, roi des Juifs !  » Et ils lui frappaient la tête avec un roseau, et ils crachaient sur lui, et, fléchissant les genoux, ils lui rendaient hommage. Après s’être ainsi joués de lui, ils lui ôtèrent la pourpre, lui remirent ses vêtements, et l’emmenèrent pour le crucifier »
(Mc 15 1-20). « Il le terrassera dans son filet ».

« Dixit enim in corde suo : oblitus est Deus, avertit faciem suam ne videat i finem » 

« Car il a dit en son cœur : Dieu a oublié ; il a détourné son visage, pour ne jamais voir »

Le peuple se détourne définitivement du Celui qui est en Croix : l’ « oublié de Dieu ». Il le croit vraiment abandonné de Dieu. « Oblitus est Deus » « avertit faciem suam ne videat in finem ». Lui-même semble le confesser sur la Croix « Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonné ».

Mais  Comment ce peuple ne voit-il pas le vrai sens de ce cri. Ce n’est pas un aveu de désespoir. Mais c’est la plainte du Messie. La mort de Jésus n’est pas celle d’un maudit, d’un insensé, d’un « oublié de Dieu ». Mais c’est bien mieux la mort du Juste dont parle psaume 22. Ce peuple au pied de la Croix n’est pas le « justicier de Dieu ». Il est un «  assassin » de leur propre Messie

Quelle terrible réalité ! Il aurait pu aller dans un avenir de gloire …Il va aller dans un avenir de tribulations. « Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ».  Il va refuser de voir. « Car il a dit en son cœur : Dieu a oublié ; il a détourné son visage, pour ne jamais voir ». Il va se faire une bonne conscience collective.

« Mon Dieu Mon Dieu pourquoi m’avez-vous abandonné ».

« Dixit enim in corde suo : oblitus est Deus »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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