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Commentaire des psaumes du bréviaire romain psaume 9B (n° 9)

publié dans paroisse saint michel le 18 novembre 2018


Commentaire des psaumes du bréviaire romain

Dimanche à Matines

Psaume 9B

« Psallite Domino, qui habitat in Sion : annontiate inter Gentes studia eius ».

« Chantez pour  le Seigneur qui habite en Sion : annoncez parmi les nations ses desseins ».

Comme suite à tant de bienfaits de Dieu manifestant une telle puissance sur toutes les nations, le psalmiste finit pas chanter sa joie : « psallite Domino », « Chantez pour le  Seigneur » qui habite en Sion, « non corporellement », bien sûr, mais « en vérité », fait remarquer saint Thomas. « In Sion », « en Sion », Sion c’est le lieu, c’est l’Eglise. Or, dans l’Eglise, nous « scrutons, dit encore saint Thomas « les réalités éternelles ». Nous devons donc « psalmodier » à cette fin. Et donc nous « réjouir par le cœur et par la bouche », des bienfaits reçus et de ses œuvres divines. C’est le grand œuvre des bénédictins nous dit saint Benoît.

Et « annoncez aux gentils ses desseins ». « Annuntiate inter Gentes studia eis ». « Studia  eius »: c’est à dire « son souci ou sa sollicitude pour le salut du genre humain » (Saint Thomas). C’est bien vu !

Ce fut le travail apostolique, d’un saint Pierre le jour même de la Pentecôte, d’un saint Paul, parcourant les océans s’arrêtant un jour à Athènes , sur l’Agoras et de tous les Apôtres, d’un saint Thomas jusqu’aux Indes.

D’un saint Pierre, le jour de la Pentecôte :

« Enfants d’Israël, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage pour vous par les prodiges, les miracles et les signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ; cet homme ayant été livré selon le dessein immuable et la prescience de Dieu, vous l’avez attaché à la croix et mis à mort par la main des impies. Dieu l’a ressuscité, en le délivrant des douleurs de la mort, parce qu’il n’était pas possible qu’il fût retenu par elle. Car David dit de lui :  » J’avais continuellement le Seigneur devant moi, parce qu’il est à ma droite, afin que je ne sois point ébranlé. C’est pourquoi mon cœur est dans la joie, et ma langue dans l’allégresse, et ma chair aussi reposera dans l’espérance ; car vous ne laisserez pas mon âme dans le séjour des morts, et vous ne permettrez pas que votre Saint voit la corruption. Vous m’avez fait connaître les sentiers de la vie, et vous me remplirez de joie en me montrant votre visage. » Mes frères, qu’il me soit permis de vous dire en toute franchise, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son sépulcre est encore aujourd’hui parmi nous. Comme il était prophète, et qu’il savait que Dieu lui avait promis avec serment de faire asseoir sur son trône un fils de son sang, c’est la résurrection du Christ qu’il a vue d’avance, en disant que son âme ne serait pas laissée dans le séjour des morts, et que sa chair ne verrait pas la corruption. C’est ce Jésus que Dieu a ressuscité ; nous en sommes tous témoins. Et maintenant qu’il a été élevé au ciel par la droite de Dieu, et qu’il a reçu du Père la promesse du Saint-Esprit, il a répandu cet Esprit que vous voyez et entendez. Car David n’est pas monté au ciel ; mais il a dit lui-même :  » Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds.  » Que toute la maison d’Israël sache donc avec certitude que Dieu a fait Seigneur et Christ ce Jésus que vous avez crucifié.

Le cœur transpercé par ce discours, ils dirent à Pierre et aux autres apôtres :  » Frères, que ferons-nous ? « Pierre leur répondit :  » Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour obtenir le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. Car la promesse est pour vous, pour vos enfants, et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera.  » Et par beaucoup d’autres paroles il les pressait et les exhortait en disant :  » Sauvez-vous du milieu de cette génération perverse.  » Ceux qui reçurent la parole de Pierre furent baptisés ; et ce jour-là le nombre des disciples s’augmenta de trois mille personnes environ. (Act 1 1-41)

 

Ainsi de cette prédication enflammée est née la chrétienté engendrée par le baptême. « Allez enseigner toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ».

Saint Paul, sur l’Agora tînt un jour même langage, avec moins de succès, il est vrai. Voici le récit de saint Luc, dans les Actes des Apôtres, description très suave :

« Pendant que Paul les attendait (Silas et Timothée) à Athènes, il sentait en son âme une vive indignation au spectacle de cette ville pleine d’idoles. Il discutait donc dans la synagogue avec les Juifs et les hommes craignant Dieu, et tous les jours dans l’Agora avec ceux qu’il rencontrait.
Or quelques philosophes épicuriens et stoïciens ayant conféré avec lui, les uns disaient : «  Que nous veut ce semeur de paroles ?  » D’autres, l’entendant prêcher Jésus et la résurrection, disaient : «  Il paraît qu’il vient nous annoncer des divinités étrangères.  » Et l’ayant pris avec eux, ils le menèrent sur l’Aréopage, disant : «  Pourrions-nous savoir quelle est cette nouvelle doctrine que tu enseignes ? Car tu nous fais entendre des choses étranges ; nous voudrions donc savoir ce qu’il en est.  » Or tous les Athéniens et les étrangers établis dans la ville ne passaient leur temps qu’à dire ou à écouter des nouvelles.
Paul, debout au milieu de l’Aréopage, parla ainsi : «  Athéniens, je constate qu’à tous égards vous êtes éminemment religieux. Car lorsqu’en passant je regardais les objets de votre culte, j’ai trouvé même un autel avec cette inscription : AU DIEU INCONNU. Celui que vous adorez sans le connaître, je viens vous l’annoncer. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il renferme, étant le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite point dans des temples faits de main d’homme ; il n’est point servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quelque chose, lui qui donne à tous la vie, le souffle et toutes choses.
D’un seul homme il a fait sortir tout le genre humain, pour peupler la surface de toute la terre, ayant déterminé pour chaque nation la durée de son existence et les bornes de son domaine, afin que les hommes le cherchent et le trouvent comme à tâtons : quoiqu’il ne soit pas loin de chacun de nous, car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être ; et, comme l’ont dit aussi quelques-uns de vos poètes
de sa race nous sommes.
Etant donc de la race de Dieu, nous ne devons pas croire que la divinité soit semblable à de l’or, à de l’argent, ou à de la pierre, sculptés par l’art et le génie de l’homme. Dieu ne tenant pas compte de ces temps d’ignorance, annonce maintenant aux hommes qu’ils aient tous, en tous lieux, à se repentir ; car il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l’homme qu’il a désigné, et qu’il a accrédité auprès de tous, en le ressuscitant des morts.  » Lorsqu’ils entendirent parler de résurrection des morts, les uns se moquèrent, les autres dirent : «  Nous t’entendrons là-dessus une autre fois.  » C’est ainsi que Paul se retira du milieu d’eux. Quelques personnes néanmoins s’attachèrent à lui et crurent ; de ce nombre furent Denys l’Aréopagite, une femme nommée Damaris, et d’autres avec eux » (Act 17).

 

« …Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être ; et, comme l’ont dit aussi quelques-uns de vos poètes… de sa race nous sommes ».

 

Tel est le « dessein de Dieu » : faire de nous par la foi, des fils de Dieu. « Annuntiate inter Gentes studias eius », « annoncez parmi les nations les desseins de Dieu ».

 

« Quoniam requirens sanguinem eorum recordatus est : non est oblitus clamorem pauperem »

«Car celui qui recherche le sang versé s’est souvenu de ses serviteurs : il n’a pas oublié le cri des pauvres ».

 

Ses « desseins » de miséricorde furent annoncés  déjà dans l’Ancien Testament par ses prophètes, et réalisés dans le Nouveau Testament par le Christ, le Fils de Dieu, le Prophète par excellence, œuvre qui se poursuit dans l’Eglise. C’est pourquoi j’aime l’Eglise et veux lui vouer tout mon être. Cette œuvre de salut a pour raison le Christ. Saint Paul est formel :

« Après avoir, à plusieurs reprises et en diverses manières, parlé autrefois à nos pères par  les Prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, et par lequel il a aussi créé le monde. Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire, l’empreinte de sa substance, et qui soutient  toutes choses par sa puissante parole, après nous avoir purifiés de nos péchés, s’est assis à la droite de la majesté divine au plus haut des cieux, d’autant plus grand que les anges, que le nom qu’il possède est plus excellent que le leur ». (Heb 1 1-4)

Ainsi par cette œuvre de salut, d’abord annoncée par les prophètes puis réalisée par le Christ, Dieu donne la preuve qu’il recherche le pécheur et qu’il n’oublie pas le « cri du pauvre ». « non est oblitus clamorem pauperum ».

Et parce qu’il ne l’oublie pas, Dieu montre qu’il veut ce salut des hommes avec ardeur. On n’oublie pas ce que l’on veut, nous dit saint Thomas dans son commentaire si on le réalise avec ferveur et empressement. Ainsi pour Dieu,  dans son œuvre de salut. Voilà la raison de cette strophe « non est oblitus clamorem pauperum ». Ainsi que de la suivante :

 

« Miserere mei, Domine : vide humilitatem meam de inimicis meis »

« Ayez pitié de moi, Seigneur : voyez l’humiliation où mes  ennemis m’ont réduit »

 

Parce que Dieu n’oublie pas la « clameur du pauvre » et qu’il se souvient de « ses serviteurs », il sait prendre pitié de ceux qui subissent humiliation sur humiliation de leurs ennemis. C’est pourquoi notre psalmiste fait mention de la miséricorde de Dieu et le supplie de « considérer » l’humiliation où l’on réduit ses ennemis, c’est-à-dire son « abjection ». C’est ainsi du moins que Saint Thomas interprète cette « humiltatem ». Il dit que cette « humiliation n’implique pas la vertu, mais bien plus  l’abjection ».

 

« Qui exaltas me de portis mortis, ut annuntiem omnes laudationes tuas in portis filiae Sion »

« Vous qui me retirez des portes de la mort, pour que j’annonce toutes vos louanges aux portes de la fille de Sion ».

 

Cette strophe nous fait connaître les bienfaits de cette miséricorde divine : « Qui exaltas me de portis mortis ». J’étais dans une telle situation qu’il ne me restait plus qu’à mourir. Voilà le bienfait reçu de votre miséricorde. Rien d’autre finalement que la vie. Le psalmiste ne peut garder pour lui un tel bienfait. Il veut le publier, l’annoncer « aux portes de la fille de Sion » c’est-à-dire au porte de Jérusalem.

Saint Thomas est très clair dans son commentaire : « Dans l’Antiquité les jugements se déroulaient aux portes des cités; et c’est pourquoi le psalmiste  dit: aux portes de la fille de Sion, c’est-à-dire de Jérusalem, parce que cette dernière était sise sous la forteresse qui était appelée Sion, autrement dit: que dans la multitude du peuple de Jérusalem j’annonce toutes vos louanges, non point toutes au sens universel, mais toutes sortes de louanges ».

 

Et si Jérusalem est le symbole de l’Eglise, voilà quel doit être le langage de l’Eglise : annoncer sans cesse les miséricordes de Dieu, ses bienfaits.

 

« Exultabo in salutari tuo : infixae sunt Gentes in interitu, quem fecerunt »

« Je serai transporté de joie à cause du salut que vous m’avez procuré. Les Nations se sont enfoncées dans la fosse qu’elles avaient faite ».

 

Après avoir « énuméré », mieux « annoncé » la miséricorde du Seigneur, raison de sa louange divine, ici, dans cette strophe, le psalmiste dit exulter de joie non en raison du «  monde », non en raison de  la « chair », dit saint Thomas, mais  « dans le salut par lequel Dieu le relève », i.e. dans le Christ Sauveur, venu ou à venir : « j’exulterai en Dieu mon Sauveur ».

 

Tout cela mérite explication pour en apprécier la beauté, la grandeur.

 

Ce salut « procuré » a été conçu par Dieu dès l’origine, suite au péché originel: « je mettrai, dit Dieu,  entre toi et la femme une inimitié. Elle t’écrasera la tête, tu chercheras de la mordre au talon ». (Gen 3)

Ce plan divin, que saint Paul appelle le mystère de la piété est de sauver tous les hommes. C’est donc le mystère du bon vouloir divin, de son bon plaisir (Eph 1 9). Ce plan est donc une initiative divine absolument gratuite. Il a pour objet la vie éternelle qui commence dès ici-bas par la connaissance de la vérité et comme une récompense de l’amour que l’on a pour Dieu. Le contenu du secret, c’est donc le bonheur du ciel. Et au centre de ce « dessein des siècles », il y a, dans la pensée du Père, « le Christ Jésus ». C’est Lui, finalement le « Mystère de Dieu ». C’est Lui qui est pour tous « l’espérance de la gloire » (Col 1 27). C’est Lui en qui tout l’Ancien Testament a cru. Ce fut le cas pour tous les prophètes. Sur ce sujet, il faut lire le chapitre 11 de l’Epître aux Hébreux de saint Paul. C’est tout simplement merveilleux. Focalisons notre attention sur la  foi d’Abraham : «  C’est par la foi qu’Abraham, obéissant à l’appel de Dieu, partit pour un pays qu’il devait recevoir en héritage, et se mit en chemin sans savoir où il allait. C’est par la foi qu’il séjourna dans la terre promise, comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers comme lui de la même promesse. Car il attendait la cité aux solides fondements, dont Dieu est l’architecte et le constructeur. C’est par la foi que Sara, elle aussi, qui n’était plus dans l’âge de concevoir, en reçut la vertu, parce qu’elle crut à la fidélité de Celui qui en avait fait la promesse. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà comme mort, sortit une postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel, et que les grains de sable innombrables qui sont sur le bord de la mer. C’est dans la foi que ces patriarches sont tous morts, sans avoir reçu l’effet des promesses; mais ils l’ont vu et salué de loin, confessant  » qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre.  » Ceux qui parlent ainsi montrent bien qu’ils cherchent une patrie. Et certes, s’ils avaient entendu par-là celle d’où ils étaient sortis, ils auraient eu le moyen d’y retourner. Mais c’est à une patrie meilleure, à la patrie du ciel, que tendent leurs aspirations. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte de s’appeler  » leur Dieu « , car il leur a préparé une cité » (Heb 11, 8-19).

Toutefois si cette foi en la Patrie céleste promise dans laquelle Abraham et les autres Patriarches ont excellée,-  ce qui leur fut comptée en « justice » – (Saint Paul) , « ils n’ont pas obtenu l’objet de leur  promesse parce que Dieu nous a fait une condition meilleur pour qu’ils n’obtinssent pas sans nous la perfection du bonheur » (hb 1139-40)

 

Ainsi cette promesse de l’Eternité a traversé le temps.

 

Elle fut la raison de l’Ancien Testament. A tel enseigne que Zacharie, le père de saint Jean Baptiste, dans son Benedictus,  a pu en résumer magnifiquement tout le sens, le jour de la circoncision  de l’enfant : « Et Zacharie, son père, fut rempli de l’Esprit-Saint, et il prophétisa, en disant : Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, Parce qu’il a visité et racheté son peuple. (fecit redemptionem  plebis suae ) Et qu’il a suscité une Force pour nous sauver, ( et erexit cornu salutis nobis) dans la maison de David, son serviteur, Ainsi qu’il l’a promis par la bouche de ses saints, (De ses prophètes, dès les temps anciens) Pour nous sauver de nos ennemis  Et du pouvoir de tous ceux qui nous haïssent. (salutem ex inimicis nostris et de manu omnium qui oderunt nos) : Afin d’exercer sa miséricorde envers nos pères.

Et de se souvenir de son pacte saint ; Selon le serment qu’il fit à Abraham, notre père, De nous accorder que, sans crainte, Affranchis du pouvoir de nos ennemis, Nous le servions, avec une sainteté et une justice Dignes de ses regards, tous les jours de notre vie.

Quant à toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut, Car tu marcheras devant la face du Seigneur, Pour lui préparer les voies ; Pour apprendre à son peuple à reconnaître le salut dans la rémission de leurs péchés. (ad dendam scientiam salutis plebi eius in remissionem peccatorum eorum)

Par l’effet de la tendre miséricorde de notre Dieu, Grâce à laquelle nous a visités, d’en haut, le Soleil levant, « (Oriens ex alto) Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort, Pour diriger nos pas dans la voie de la paix. « (Lc 1 67-78)

Mais ce soleil levant, cet «  oriens ex alto », il faut entendre tout simplement le Christ-Jésus annoncé, voulu  par Dieu de toute éternité.  Zacharie en définit merveilleusement la mission : il vient  « Pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort » (illuminare his qui in tenebris et in umbra mortis sedent).

 

Ainsi si ce mystère du salut  resta caché tout l’Ancien Testament, révélé seulement dans les textes et en image, comme dans le sacrifice d’Isaac par Abraham son Père, il trouvera sa pleine révélation en Jésus-Christ, à « la plénitude des temps »comme nous l’enseigne saint Paul aux Romains (Rom 16 26). Il voulut donner à cette révélation la plus grande divulgation : Il le mit en lumière (Eph 3 9), il l’annonça, il le manifesta. Et voilà que « ce mystère de vie » qui, de sa nature est essentiellement un secret, est mis, dans l’Evangile, constamment en relation avec les termes de « révélation (Rm 16 25 ; Eph 3 3), révéler (1 Cor 2 10 ; Eph 3 5), manifester (Rm 16 26 ; Col 1 26 ; 4 4), faire connaître (Rm 16 26, illuminer Eph 3 9). C’est dans la lettre à Timothée que cet aspect est le plus mis en évidence : « le secret divin est manifesté dans le monde, vu par les anges, attesté aux païens, cru dans l’univers entier, enfin manifesté dans la chair » (1 Tim 3 16)

C’est à Noël que la divulgation est totale avec son apogée au Golgotha.

 

Et Dieu a choisi des hommes privilégiés, les Apôtres,  et les a désignés officiellement le jour de l’Ascension pour communiquer au monde le mystère du salut. Ils sont eux-mêmes les premiers  dépositaires du secret révélé en vue de le divulguer : « Paul, serviteur de Dieu et apôtre de Jésus-Christ pour prêcher la foi aux élus de Dieu et faire connaître la vérité qui conduit à la piété, et donne l’espérance de la vie éternelle, promise dès les plus anciens temps par le Dieu qui ne ment point, et qui a manifesté sa parole en son temps par la prédication qui m’a été confiée d’après l’ordre de Dieu, notre Sauveur » (Tit 1 1-3).

 

Quelle est cette foi salvatrice ? C’est celle de prêcher que : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car il y a un seul Dieu ; et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus fait homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous : c’est là un fait attesté en son temps, et c’est pour en témoigner, que j’ai été établi prédicateur et apôtre, — je dis la vérité, je ne mens pas, — docteur des nations dans la foi et la vérité » (1 Tim 2 3-7).

 

Ainsi cette prédication apostolique, mission de l’Eglise, est le couronnement du mystère, nous enseignait le Père Spicq OP, à l’Université de Fribourg, dans son magnifique ouvrage « Spiritualité sacerdotale ». « C’est par ces intermédiaires, les apôtres, que les hommes reçoivent la communication du secret. Ils sont instruit de sa nature et de son objet ; ils savent que c’est un mystère à la fois sotériologiques comportant le plan divin du salut, et eschatologique en tant qu’il comprend tous les biens futurs » la gloire céleste (p. 23)

Ainsi ce mystère, jadis caché, mais objet de la croyance  des prophètes, est devenu dans le Christ un événement historique. Les apôtres en proclament la réalisation.

 

Désormais, dans le Nouveau Testament, ce mystère de Dieu c’est le dessein de Dieu parvenu au stade de l’histoire actuelle, c’est la vie du Christ, vie cachée, vie publique conçue et voulue par Dieu pour sauver tous les hommes. Tel est le mystère de la foi auquel les hommes sont invités à donne leur adhésion s’ils veulent se sauver : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1 Tim 2 4).

 

Ainsi, on ne saurait trop y insister : le mystère du salut, c’est le Christ en personne auquel il faut croire. Dès lors tout se joue et se jouera, pour la vie d’un chacun et du monde, dans l’acceptation ou le refus du Christ. D’où le Christ de saint Paul : « Omnia instaurare in Christo » C’était là l’idée essentielle de ce grand apôtre du 20 siècle que fut Mgr Lefebvre. Il écrivait dans son « Itinéraire spirituel » son dernier livre, son testament : « tout dans l’avenir (depuis l’Incarnation) dépendra pour l’homme et pour le monde (pour la vie éternelle) désormais, de sa relation avec Jésus-Christ, qu’il en soit conscient ou non,  qu’il le veuille ou non » (p 47)

Mais ce mystère du salut est confié par le Christ aux Apôtres : « allez enseigner toutes les nations leur apprenant à garder ce que je vous ai enseigné ». Il est dès lors confié à l’Eglise. C’est pourquoi, il  faut dire que ce mystère du salut, obscurément annoncé dans les écrits prophétiques de l’Ancien Testament, est désormais ouvertement promulgué, est effectivement réalisé dans l’Eglise. Elle propose et applique actuellement aux hommes les moyens efficaces que Dieu a décrétés pour leur conférer la vie éternelle, avant tout en leur prêchant le Christ. Voilà pourquoi j’aime l’Eglise totalement. Assurément grand est « le mystère de la piété », le mystère de la foi. Il est  le trésor de l’Eglise, ce qui  en fait toute sa grandeur.

 

« Exultabo in salutari tuo »

« Je serai transporté de joie à cause du salut que vous m‘avez procuré ».  

 

Par contre si je suis dans la joie à cause de la foi que je donne au dessein divin, le pécheur, lui connaîtra le malheur et périra. « Les Nations se sont enfoncées dans la fosse qu’elles avaient faite », « leur pied a été pris dans le piège qu’elles avaient caché », « le pécheur a été pris dans les œuvres de ses mains » « Que les pécheurs soient précipités dans l’enfer et toutes les nations qui oublient Dieu » et son dessein de salut

 

« Quoniam non in finem oblivio erit pauperis : patientia pauperum non peribit in finem »

« Car le pauvre ne sera pas en oubli pour toujours : la patience des pauvres ne périra pas à jamais ».

 

Il en est ainsi parce que Dieu est celui qui se souvient du pauvre, et qui est fidèle. Cela fut confessé par le psalmiste quelques strophes plus haut. Saint Thomas commente joliment ce passage : « le pauvre ne sera pas oublié pour toujours »…les justes ne sont pas livrés ainsi à l’oubli auprès de Dieu: « Dieu a choisi les pauvres en ce monde pour être riches dans la foi, et héritiers du royaume que Dieu a promis à ceux qui l’aiment. » – « Bienheureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. » Donc bien qu’ils paraissent être livrés à l’oubli en cette vie, cependant cela ne sera pas pour toujours, c’est-à-dire au jugement dernier: « Pour un instant je t’ai un peu délaissé, mais dans mes grandes miséricordes je te rassemblerai. » Et ce qui suit: « Dans une miséricorde éternelle, j’ai eu compassion de toi. » Car lorsqu’il se souviendra, alors il punira les oppresseurs: « Dieu n’oubliera-t-il pas d’avoir pitié, ne retirera-t-il pas, dans sa colère, ses miséricordes ? »

 

Je pense ici à la merveilleuse parabole de l’homme riche et du pauvre Lazare. C’est un bel exemple que le pauvre n’est pas « en oubli auprès de Dieu pour toujours » et que la patience du pauvre trouvera tôt ou tard, justice en Dieu : « Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui faisait chaque jour splendide chère. Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d’ulcères, et souhaitant de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche ; mais les chiens mêmes venaient lécher ses ulcères.

Or, il arriva que le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on lui donna la sépulture. Dans l’enfer, il leva les yeux, et tandis qu’il était en proie aux tourments, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein, et il s’écria : Abraham, notre père, aie pitié de moi, et envoie Lazare, pour qu’il trempe dans l’eau le bout de son doigt et me rafraîchisse la langue ; car je souffre cruellement de ces flammes. Abraham répondit : Mon fils, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et que pareillement Lazare a eu ses maux : maintenant il est ici consolé, et toi, tu souffres. De plus, entre nous et vous il y a pour toujours un grand abîme, afin que ceux qui voudraient passer d’ici vers vous ne le puissent, et qu’il soit impossible de passer de là-bas jusqu’à nous. Et le riche dit : Je te prie donc, père, d’envoyer Lazare dans la maison de mon père, — car j’ai cinq frères, — pour leur attester ces choses de peur qu’ils ne viennent, eux aussi, dans ce lieu de tourments. Abraham répondit : Ils ont Moïse et les prophètes ; qu’ils les écoutent. — Non, Abraham, notre père, reprit-il ; mais si quelqu’un des morts va vers eux, ils se repentiront.  Mais Abraham lui dit : S’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes, quelqu’un des morts ressusciterait, qu’ils ne le croiraient point. » (Lc 16 19-31)

 

« Exurge Domine non confortetur homo : judicentur Gentes in conspectus tuo”

“Levez-vous Seigneur: que l’homme ne triomphe pas; que les nations soient jugés devant votre face”

 

Après avoir montré que Dieu punit le pécheur, le psalmiste « réclame, nous dit saint Thomas «  le jugement divin qui punit: « Lèvez-vous , Seigneur » « Exurge Domine ». Cette demande peut être comprise de deux manières.

Ou bien elle concerne la punition des méchants dans le présent par la mort. Ou bien dans le futur par le châtiment éternel.

Cette demande est-elle légitime, se demande saint Thomas : il répond «  que le prophète dit cela sous forme d’annonce et non de demande, ou bien en se conformant à la volonté divine » C’est habile!

 

« Judicentur gentes in conspectu tuo » « Que les nations soient jugées devant ta face »

Car elles t’ont oublié et qu’elles soient châtiées : « La cause du châtiment, dit saint Thomas  est l’oubli de Dieu; car celui qui s’éloigne d’une fin, se dispose à tendre vers une autre fin. Ils ont  oublié les commandements de Dieu ainsi que ses bienfaits: « Ils ont oublié ses bienfaits et les merveilles qu’il leur a montrées, nous l’avons vu plus haut – « Le Dieu qui t’a engendré, tu l’as abandonné, et tu ne te souviens plus du Seigneur ton Créateur. »

 

« Constitue, Domine, legislatorem super eos : ut sciant gentes quoniam homines sunt »

« Seigneur, imposez-leur un maître, afin que les peuples sachent qu’ils sont hommes ».

 

Le psalmiste demande ici un soutien, un maître, un législateur. Saint Thomas suggère même « ton Fils » comme législateur. « Qu’ils sachent qu’ils sont homme », c’est-à-dire, comme le dit saint Thomas, « fragiles, pécheurs et mortels ». J’aime bien cette description de l’homme. Je commenterais volontiers cette strophe y voyant comme une belle description de la Révolution et son œuvre  qui est essentiellement le refus de la loi de Dieu, de sa création. Mais j’en ai assez dit. J’aurai l’occasion d’aborder ce sujet si important plu loin.

 

 

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