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Que se passe-t-il aux USA?

publié dans regards sur le monde le 27 juin 2020


Une tribune de Julio Loredo (TFP, déjà croisé dans ces pages) dans le blog d’AM Valli. Il analyse les émeutes qui se déroulent actuellement aux Etats-Unis dans une perspective plus large que celle du conflit racial, de la condamnation des violences policières ou de la volonté de se débarrasser de Donald Trump, qui sont les explications habituellement proposées, et qui ne sont certes pas à écarter. En réalité, il s’agit selon lui du schéma révolutionnaire classique, qui en utilisant des procédés d’ingénierie sociale ayant fait leurs preuves (au moins depuis 1789!), supervisé et coordonné par une régie puissante, vise rien de moins qu’à renverser l’ordre établi. Intéressant.


USA, une révolution de manuel

Ce qui se passe aux États-Unis est une révolution digne de figurer dans un manuel.

Emeute à Baltimore

Bien que différentes dans leur concrétisation historique, les révolutions ont toujours certains éléments en commun. La Révolution française de 1789 est considérée comme un événement emblématique précisément parce que tous les ingrédients d’une Révolution s’y sont manifestés de manière paradigmatique. Peut-être que dans l’avenir, les historiens étudieront ce qui se passe aux États-Unis comme un événement aux caractéristiques emblématiques.

Quels sont les ingrédients d’une révolution? Comment se présent-ils aux États-Unis ?

Un climat frénétique…

Le premier ingrédient d’une révolution est l’atmosphère de frénésie électrisante, en partie fruit de circonstances réelles habilement manipulées, en partie créées à dessein selon des techniques bien étudiées de manipulation psychologique de masse. Sans oublier une dose non négligeable d’infestation préternaturelle.

Pendant la Révolution française, la frénésie est telle que même les membres de la noblesse se laissaient emporter par l’enthousiasme enivrant des sans culottes. Dans ses Mémoires, la Marquise de la Tour du Pin Gourvernet (1770-1853), légitimiste et dame d’honneur de la Reine, raconte comment, contre toutes ses convictions personnelles, elle fut si captivée en entendant chanter la Marseiillaise dans la rue que son mari a dû la gifler pour la ramener à la raison. Plus d’une fois, emportée par la musique frénétique, elle se retrouva à crier à pleins poumons « les aristocrates à la lanterne! »

Le climat de soixante-huit ans ne fut pas pas différent. « La Révolution est ici parce qu’il y a quelque chose dans l’air » (“The Revolution is here because there’s something in the air”) chantaient les Thunderclap Newman. Décrivant ce « quelque chose dans l’air », le magazine Time parle d’un « vent de folie philosophique (…) les valeurs bourgeoises du siècle sont submergées par une vague provocante, enivrante et irritante de jeunesse ». Cette vague de folie collective a enivré et entraîné toute une génération dans le tourbillon, y compris de nombreux représentants de cette même bourgeoisie qu’elle voulait détruire.

Aux États-Unis, l’air est depuis longtemps chargé d’électricité. L’élection de Donald Trump à la présidence a désorienté la gauche libérale, habituée à régner sans partage. Elle a réagi plutôt mal, déclenchant une campagne virulente où tous les coups sont permis. Le Donald ne s’est pas laissé intimider, et il a répondu par des rimes. Cela a déclenché un processus de division idéologique croissante dans le pays. Les sondages montrent une Amérique divisée en deux, avec quelques centristes qui regardent encore par la fenêtre. Il y avait déjà un air de guerre civile.

À cela s’ajoute un climat surréaliste, plein de nervosité, de peur et d’incertitude, installé avec la pandémie Covid-19 qui a frappé très durement les États-Unis. Et là aussi, la gauche n’a pas manqué l’occasion de s’en prendre au président et à sa politique sanitaire, recevant en réponse les habituels tweets incendiaires. L’atmosphère était désormais saturée. Une étincelle a suffi pour la faire exploser. Et l’étincelle a été la mort de l’Afro-Américain George Floyd, asphyxié par un policier blanc à Minneapolis. Cette mort, aussi horrible soit-elle, n’aurait pas provoqué une telle explosion si l’atmosphère n’avait pas déjà été saturée.

…qui défigure la perception de la réalité…

La première victime excellente de cette frénésie électrisante est la perception de la réalité.

Une opinion publique dominée par la frénésie électrisante se comporte, à bien des égards, comme une personne psychologiquement instable, proie facile de la paranoïa. En psychiatrie, on parle de « troubles de la perception des sens ». La perception de la réalité elle-même est modifiée et, par conséquent, son évaluation aussi. Alors que des faits marginaux deviennent des nouvelles sensationnelles, d’autres, peut-être importants, disparaissent du champ de vision. Il devient donc très facile de diffuser non seulement des fake news, mais aussi ce qu’on pourrait appeler fale judgements, c’est-à-dire de fausses évaluations des faits. Il s’agit d’une sorte de paranoïa collective, dans laquelle, dans l’excitation du moment, les gens perdent la capacité de raisonner objectivement, puis d’évaluer les situations de manière impartiale et de se comporter de manière ordonnée.

Des gestes qui en temps normal seraient considérés comme bizarres passent pour normaux, et même sympathiques. Les « kissing feet » qui se multiplient aux États-Unis en sont un exemple: un Noir dans la rue tend le pied et des Blancs font la queue pour l’embrasser. Ou, plus proches de nous, les dirigeants du PD agenouillés à la Chambre des députés en hommage à George Floyd. Une scène grotesque, n’était le climat de frénésie révolutionnaire.

Voilà pourquoi il est si difficile pour les défenseurs de l’Ordre de s’opposer à l’ouragan révolutionnaire alors qu’il souffle impétueusement. Leurs « armes » – la vérité, la logique, la sérénité et le bon sens – sont parfaitement inutiles dans un climat de paranoïa collective.

Un exemple typique de fausse perception de la réalité est la manipulation du terme « racisme », présenté par la gauche américaine comme la cause de déclenchement de la Révolution actuelle, l’ennemi à abattre. Tous sont convaincus de protester contre le racisme. Pourtant, il suffirait de voir les chiffres pour se rendre compte qu’il s’agit d’une fake news, jugée ensuite par un fake judgement.

Les données officielles du Bureau des statistiques de la justice pour l’année 2018 ont enregistré 547 948 cas de violence des Noirs contre les Blancs, et 59 788 cas de violence des Blancs contre les Noirs (Enquête nationale sur la victimisation criminelle 2018). Le racisme serait plutôt au détriment des Blancs.

Un autre exemple. De 2017 à aujourd’hui, la police américaine, ou plutôt la police, puisque chaque État a la sienne, a tué 1 398 blancs et 755 noirs. Comme le pourcentage de Noirs en Amérique est de 12,7 %, on en conclut que la violence policière contre les Noirs n’est qu’une fraction de celle dont sont victimes les Blancs (Statista Research Department, 5 juin 2020). Où est le racisme ? Dès avril 2015, le Washington Times a publié un rapport documenté intitulé « La police tue plus de blancs que de noirs, mais ce sont les morts des noirs qui provoquent l’indignation ».

Ces dernières semaines, les témoignages d’Afro-Américains connus, tels que les acteurs Morgan Freeman et Denzel Washington et le rappeur Lil Wayne, se sont multipliés, niant qu’il existe un problème de racisme dominant aux États-Unis. Dans une atmosphère de frénésie paranoïaque, ces témoignages sont cependant passés inaperçus, tandis que le bouton « racisme » continue d’être enfoncé.

Un commentaire en marge. Le véritable « bourreau » des Noirs aux États-Unis est l’avortement. Pas moins de 44 % de tous les avortements dans le pays ont pour victime un enfant afro-américain (« Abortion : The overlooked tragedy for black Americans« , Arizona Capitol Times, 25 février 2020). Un véritable holocauste des Afro-Américains est en cours. Pourtant, les médias n’en parlent pas.

Le rôle de la propagande

Un autre élément des révolutions est la propagande.

Nous partons de l’hypothèse que les artisans de la propagande révolutionnaire savent très bien qu’une opinion publique en proie à une frénésie électrisante est plus facilement manipulable qu’une opinion publique calme et raisonnée. En temps de Révolution, on peut mener des opérations de guerre psychologique qui sont impensables en temps normal.

La manipulation s’exerce de diverses manières :

  • en choisissant les nouvelles à publier et celles à laisser dans l’ombre;
  • en racontant les faits de manière tendancieuse ;
  • en conférant à chaque nouvelle une certaine « vibration » de manière à impressionner le lecteur, sous une forme passionnée plutôt qu’intellectuelle; ou en présentant de manière froide, sans « vibration », des nouvelles qui devraient normalement provoquer une réaction, de manière à produire de l’indifférence.

C’est un art authentique – parfois appelé « Real Art » – que les révolutionnaires dominent à la perfection.

Un aspect important de la propagande pendant une Révolution est la manipulation des environnements, qui agissent sur la sensibilité des gens, donc au niveau du subconscient. C’est ce que Plinio Corrêa de Oliveira appelle la profondeur « tendancielle » de la Révolution: couleurs, espaces, formes, musique, modes, types humains, etc. Ce chapitre comprend, par exemple, la manipulation des photographies, des symboles, des gestes et des personnages-symboles de la révolte.

Un exemple concret de discrimination par la propagande: alors que les médias ont publié la nouvelle de la mort de George Floyd, puis celle de Rayshard Brooks, aux mains de la police, presque personne n’a daigné signaler la mort de l’Afro-Américain David Dorn, un policier en retraite de soixante-dix-sept ans, tué de sang froid par des manifestants à Saint Louis.

Une étude intéressante sur la manière dont la propagande manipule la narration des émeutes américaines a été faite par Danielle Kilgo et Summer Harlow, de l’université de l’Indiana : « Les opinions du grand public sur les protestations et les mouvements sociaux qui les sous-tendent sont largement influencées par ce qu’il lit ou voit dans les médias. Cela donne aux journalistes un pouvoir immense lorsqu’il s’agit de façonner et de guider le récit du soulèvement » (“Riot or resistance? How media frames unrest in Minneapolis will shape public’s view of protest”, Women’s Agenda)..

Laissons de côté la question à un million de dollars: comment les médias se coordonnent-ils entre eux pour publier, tous de la même manière, les mêmes nouvelles tout en faisant taire ou en cachant les autres? Nous entrerions ici dans le domaine fascinant et délicat de l’étude des mécanismes par lesquels les forces révolutionnaires s’organisent entre elles. Il suffit de dire que penser que de nombreux joueurs peuvent évoluer sur le terrain tous dans la même direction et de la même manière pour poursuivre le même but sans qu’il y ait derrière une tête qui dirige, ce serait comme admettre que des centaines de lettres de l’alphabet jetées par une fenêtre peuvent se poser spontanément sur le sol, de manière à former une œuvre quelconque, par exemple l’Hymne à Satan de CarducciIt simply doesn’t happen, diraient les Américains.

Le binôme peur-sympathie

La guerre psychologique révolutionnaire est basée sur la manipulation de ce que Plinio Corrêa de Oliveira a appelé le « binôme peur-simpathie » : « Dans la psychologie même d’innombrables personnes agit un binôme de forces, appelons-le binôme peur-simpathie » (Trasbordo ideologico inavvertito e Dialogo, 2012).

D’un côté, l’opinion publique américaine craint une possible explosion de violence raciale, avec son cortège de sang et de destruction. De l’autre, elle a une sympathie naturelle pour l’égalité des races et elle est encline à l’inclusion pacifique des minorités ethniques dans le système américain. Concrètement, l’opinion publique américaine a eu peur des pillages et de la violence, tout en manifestant sa sympathie pour les manifestations pacifiques de soutien à Floyd.

Dans ce contexte psychologique, la propagande révolutionnaire lance donc ce que le penseur catholique brésilien appelle le « mot-talisman » – dans ce cas, il s’agirait de « racisme » – qui suscite toute une constellation d’impressions et d’émotions, de sympathies et de répulsions, qui oriente les gens vers de nouvelles voies idéologiques.

Le « mot-talisman » est doté d’une grande efficacité propagandiste. Il possède également une grande élasticité, dont on abuse en le présentant dans des sens de plus en plus radicaux. Ainsi, du rejet du « racisme » au sens strict, c’est-à-dire la fin de la discrimination fondée sur la race, on passe au rejet de la société « raciste », c’est-à-dire la lutte contre toutes les discriminations: politiques, économiques, culturelles, morales, etc. Grâce à cette technique psychologique, la propagande révolutionnaire fait ainsi passer l’opinion publique d’un idéal parfaitement acceptable à un idéal anarchiste.

Il serait utile de relire l’essai de Plinio Corrêa de Oliveira mentionné ci-dessus, en remplaçant le mot-talisman qu’il a analysé – « dialogue » – par « racisme ».

Une structure organisationnelle derrière les révoltes

Y a-t-il une structure organisationnelle derrière les émeutes aux États-Unis? Ou s’agit-il de mouvements populaires spontanés et non coordonnés ?

Un élément essentiel de toute révolution est l’existence d’une structure – généralement non apparente – qui stimule, coordonne et guide les mouvements. Un cas paradigmatique est celui de la Grande Peur, en juillet 1789: le même jour, à la même heure et de la même manière dans toute la France, des agitateurs sont sortis de nulle part en criant à la révolte, inspirant nervosité et peur et incitant les citoyens à prendre les armes parce que « les Allemands arrivent! » Des émeutes ont donc éclaté partout. Sous prétexte de défendre la France, les clubs jacobins obtinrent des fusils de l’armée. Quelques jours plus tard, on découvrait qu’il s’agissait d’un énorme bobard et les émeutes ont pris fin. Mais les Jacobins étaient désormais armés et la frénésie électrisante qui alimentait la Révolution française s »intensifia

Quelque chose de similaire se passe aux États-Unis. « Quand des manifestations qui se transforment en révoltes se produisent partout en même temps, avec des tactiques et des slogans similaires, ce n’est pas l’œuvre d’un petit nombre d’émeutiers« , commente John Horvat, « Quand des palettes de briques apparaissent près d’endroits où, peu après, il y aura des pillages, ce n’est pas l’œuvre d’opportunistes aléatoires. Quand les émeutiers bénéficient du soutien universel des médias, des politiciens, des célébrités, des cadres d’entreprise et du clergé, l’enjeu est plus important. Cet effort désormais mondial est mené par des personnes qui savent comment diriger et articuler les événements vers un certain objectif. Ces émeutes ne sont pas spontanées ou aléatoires. Les mouvements de ce type ont besoin d’organisation, de réflexion et de narration. Ils ont besoin de militants entraînés » (John Horvat II, “Facciamo attenzione alla regola seguita dagli artefici delle sommosse”, Tradition Family Property, 12-06-20).

Un objectif subversif et révolutionnaire

Cela nous amène au point central de cette analyse, qui sera aussi le dernier.

Ce qui caractérise, je dirais qui définit précisément, une Révolution est son but ultime de subvertir radicalement l’Ordre. Les mouvements révolutionnaires n’ont pas lieu pour protester contre telle ou telle situation, ni pour résoudre tel ou tel problème. Ils servent au besoin d’instrument ou de prétexte. Les révolutions sont faites pour bouleverser l’ordre.

« Les émeutiers ont besoin de violence parce qu’ils écrivent le récit que tout le monde suit ensuite – écrit John Horvat – C’est le vieux récit de gauche selon lequel l’histoire est une lutte éternelle entre l’oppresseur et l’opprimé. Les émeutiers ne veulent pas de l’harmonie sociale car elle empêche le processus révolutionnaire d’avancer. La gauche américaine a utilisé les troubles pour fomenter la lutte des classes à grande échelle. Tous les personnages déjà connus de ce drame restent les mêmes: pro-avortement, militants LGBT, socialistes, féministes et même satanistes ont rejoint cette Révolution contre l’Ordre établi » (id.).

Ce n’est pas un hasard si la gauche américaine qualifie les révoltes de « crise systémique ». En d’autres termes, le problème n’est pas le racisme. Ils veulent renverser tout le système américain. Et ils utilisent tous les secteurs qui sont en colère et désireux de changer le système en tout poins. Les théoriciens de la révolution parlent d’un « nouveau prolétariat » engagé dans la lutte pour ce que Marcuse appelle « une désintégration généralisée et totale du système ».

Les révoltes aux États-Unis s’inscrivent pleinement dans un nouveau type de Révolution – appelée par les universitaires « Widespread Molecular Revolution » – qui a déjà connu plusieurs avertissements, comme au Chili à la fin de 2019. C’est une révolution anarchiste, qui cherche une dissolution générale du système, et qui se sert de toute minorité ou groupe social prêt à se rebeller contre tout point de l’ordre établi. Mais cela ferait l’objet d’un autre article.

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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