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Entraide et Tradition

Le sacrifice eucharistie . Etude du Père Emmanuel

publié dans la doctrine catholique le 19 novembre 2020


Avec ce numéro de Fidélité Catholique, nous poursuivons l’étude de la Sainte messe tridentine. Après Mysterium Fidei, nous l’envisageons sous un plan différent, plus didactique, avec le Père Emmanuel, paru sous forme d’articles dans le Bulletin de Notre Dame de la Sainte Espérance de mars 1880 à février 1881 et reproduits dans le Sel de la Terre n°18 de 1996.

« Celui qui contemplerait le mystère de nos autels avec ces yeux illuminés du cœur dont parle l’Apôtre serait sans doute ravi hors de lui-même. Il verrait un fleuve de grâces jaillir continuellement de ce trône de l’agneau sans tache, et apporter aux infidèles la grâce de la foi, aux pécheurs la grâce de la pénitence, aux justes la grâce de la persévérance. Il verrait Jésus entretenir dans les âmes qui communient bien une vive flamme de prière, d’adoration et d’amour qui les maintient en une étroite communion entre elles et avec Lui. Et il comprendrait comment l’autel, comment le tabernacle est le foyer de la rédemption des hommes.

« Ce foyer restera allumé jusqu’à la consommation des âges. L’Antéchrist lui- même ne parviendra pas à l’éteindre, malgré toute sa rage ; et les élus des derniers temps y puiseront une force invincible pour lui résister. Telle est la grande consolation des enfants de Dieu. « Je suis avec vous, dit Notre Seigneur, jusqu’à la consommation des siècles. » Oui, Seigneur Jésus, demeurez avec

nous, car il se fait nuit. Mane nobiscum, Domine, quoniam advesperascit. (Quatrième partie, conclusion). »

Ces lignes ont été écrites environ un siècle avant la nouvelle messe. Le père Emmanuel prévoyait que Satan chercherait à faire disparaître le sacrifice de l’Alliance nouvelle et éternelle. Dans cette étude, fondée sur la Tradition des Pères et une véritable science liturgique, il apporte de belles lumières sur le sacrifice eucharistique.

« Ce sacrifice est le mystère de la foi, mysterium fidei, écrit le père Emmanuel. Il demande à être enseigné avant que d’être célébré, et il n’est bien goûté que s’il a été bien compris. » On n’aime que ce qu’on connaît et on ne défend que ce qu’on aime. Pour rester fidèle à la messe catholique, il faut d’abord avoir découvert les richesses du mystère de la foi. Sans cet attachement, fondé sur la foi et la charité, un catholique, prêtre ou laïc, sera toujours en danger de trahir dans le combat pour la messe. L’abandon de la messe traditionnelle dans presque toute l’Église en 1969 vint en grande partie de l’ignorance de la nature du saint sacrifice et de la signification de ses rites.

Le Sel de la terre

Le Sacrifice Eucharistique I

Qu’est-ce qu’un sacrifice ?

Le sacrifice est proprement un acte de religion qui consiste à détruire, au

moins d’une certaine manière, une chose en l’honneur de Dieu. Il n’y a

point de signe qui soit plus convenable pour exprimer le souverain domaine

de Dieu sur la créature. Et, par suite, le sacrifice est l’acte par excellence du culte divin.

Le sacrifice diffère de la simple oblation, qui consiste à offrir à Dieu une chose quelconque lui appartenant. A la rigueur, l’oblation peut s’adresser à un homme, puisque Dieu lui-même a concédé à l’homme le domaine des choses extérieures. Le sacrifice, au contraire, qui atteint la chose offerte dans l’intime de son être, ne peut s’adresser qu’au Créateur et souverain Seigneur de toutes choses.

Le sacrifice extérieur, disent les saints docteurs, est le signe du sacrifice intérieur. En effet, la créature intelligente et libre doit à Dieu le sacrifice intérieur, qui est une immolation d’elle-même en regard du souverain domaine de Dieu et de ses perfections infinies. Les anges offrent perpétuellement à Dieu ce sacrifice : ou plutôt, comme dit saint Augustin, la céleste Jérusalem tout entière n’est autre chose qu’un sacrifice unique et perpétuel, offert à Dieu par Jésus-Christ. Dans l’homme, cet acte tout spirituel demande à être exprimé par un signe. De là le sacrifice proprement dit, qui est l’immolation d’une chose quelconque en l’honneur du vrai Dieu.

Mais quelle créature l’homme choisira-t-il pour l’immoler ainsi ? Nous abordons la grande question des sacrifices sanglants et non sanglants. Puissions-nous l’éclaircir aux yeux de nos lecteurs !

Des sacrifices sanglants et non sanglants

Disons d’abord que le sacrifice eût existé, même sans la faute originelle. Saint Augustin donne le nom de sacrifice à toute action destinée à nous faire entrer en une sainte société avec Dieu. C’est comme un langage mystérieux que la pauvre créature humaine parle à Dieu, et par lequel elle professe une absolue dépendance vis-à-vis de lui.

Il est aussi impossible d’imaginer l’homme entrant en relation avec Dieu sans lui offrir des sacrifices, que d’imaginer une société entre les hommes dont le langage ne serait pas le lien. L’Écriture sainte nous fait connaître assez clairement que Dieu lui-même enseigna le langage à Adam (Eccl 17). Il est certain qu’il lui apprit de même à offrir des sacrifices.

Mais quels sacrifices ? Nous pensons qu’il ne s’agissait pas encore de sacrifices sanglants. Un regard jeté sur l’économie du culte judaïque nous aidera à comprendre cette grande vérité.

Dieu avait ordonné à Moïse d’ériger deux autels : l’un à l’intérieur du tabernacle, placé devant le voile du Saint des Saints, revêtu d’un or pur, sur lequel les prêtres brûlaient des parfums ; l’autre à l’extérieur, devant le voile du tabernacle lui-même, et revêtu d’airain, sur lequel ils brûlaient des victimes immolées. Saint Grégoire-le-Grand, avec son sens profond du symbolisme, signale une grande différence entre ces deux espèces de sacrifices ; d’après lui, la crémation des parfums désigne le pur holocauste de l’amour, la crémation des victimes désigne la destruction des vices avec l’immolation d’une chair pécheresse 1. Cela nous apprend que les sacrifices peuvent avoir un double but :

1°) exprimer l’adoration et la louange ;

2°) signifier la pénitence et l’expiation. L’Église entre dans ces grandes vues, quand elle nomme la victime eucharistique une hostie d’expiation et de louange ; hostia placationis et laudis.

Or, il est clair qu’avant le péché il n’y avait pas lieu d’offrir une hostie ou victime d’expiation, mais seulement une hostie ou sacrifice de louange. Par quel signe extérieur l’homme encore innocent eût-il exprimé ce sacrifice ? Peut-être eût-ce été par la crémation de l’encens et des parfums. En tout cas, le sacrifice sanglant n’était pas le signe qu’il convenait d’employer.

Mais, depuis le péché, il a fallu une hostie d’expiation. Dieu promulgua la grande

loi énoncée par saint Paul : Point de rémission pour le péché sans l’effusion du sang (He 9, 22).

Cette loi est très profonde ; et pourtant, n’est-elle pas quelque peu accessible à notre faible raison ? Le péché est le fruit d’une délectation coupable ; la rémission suppose la souffrance allant jusqu’à l’immolation. Le péché brise le lien qui unit l’homme à Dieu ; la réparation se fait par la rupture du lien qui unit le corps à l’âme. Il faut que l’expiation ait au moins une proportion d’analogie avec la faute.

Dieu promulgua donc, après le péché, la grande loi de l’expiation par le sang ; d’Adam, elle vint à la connaissance de Noé, et, par Noé, elle fut transmise à tous les membres de la famille humaine. Tous les peuples, sans exception, se soumirent à cette loi formidable ; tous répandirent le sang pour apaiser la colère de Dieu. C’est au point qu’un trop fameux impie a dit : « De tant de religions différentes chez les anciens peuples, il n’en est aucune qui n’ait eu pour but principal les expiations : l’homme a toujours senti qu’il avait besoin de “clémence”. » Comment expliquer ce fait autrement que par un grand péché commun à toute la race humaine, en un mot, par le péché originel ?

Conditions du sacrifice

En même temps que Dieu inculquait à l’homme la grande loi des sacrifices sanglants, il lui faisait connaître les conditions requises pour qu’un sacrifice fût agréable à ses yeux. Nous énumérons ces conditions d’après saint Augustin 1.

En premier lieu, il faut un prêtre qui offre la victime, et un prêtre qui soit saint et juste ; car le prêtre est un médiateur entre Dieu et les hommes, et s’il n’était pas saint et juste, il ne pourrait pas réconcilier les hommes avec Dieu.

En second lieu, il faut que la victime soit tirée des mains de ceux pour qui elle est offerte ; en un mot qu’elle leur appartienne, et qu’elle les représente ; qu’ils aient un droit sur elle, et qu’elle puisse tenir leur place.

En troisième lieu, il faut que la victime soit sans tache et sans défaut ; autrement elle ne pourrait servir à purifier, à redresser tout ce qu’il y a de souillé et de défectueux dans ceux pour qui elle est offerte.

Il est clair que les hommes, tous pécheurs par leur naissance même, étaient impuissants à trouver parmi eux un prêtre et une victime convenables. Et toutefois, dans la manière dont non seulement les Juifs mais les idolâtres eux-mêmes ordonnaient leurs sacrifices, on voit qu’ils cherchaient à réunir et la sainteté dans le prêtre et la pureté dans la victime. Seulement cette sainteté, cette pureté étaient simplement apparentes, uniquement figuratives. Au fond, le prêtre était pécheur ; la victime était indigne de Dieu, et même indigne de l’homme, impuissante à le représenter. « Il est impossible, s’écrie saint Paul, que le sang des boucs et des taureaux efface les péchés (…) » (He 10, 4).

C’est alors, à la fin des siècles, comme dit le même saint Paul, que le propre Fils de Dieu fait homme se présenta comme victime, une seule fois, pour l’abolition du péché : Semel, in consummatione sæculorum, ad destitutionem peccati per hostiam suam apparuit (He 9, 26). En lui, toutes les conditions d’un sacrifice agréable à Dieu furent éminemment réunies. Écoutons notre grand saint Augustin :

Quel est le prêtre qui puisse égaler en sainteté le Fils unique de Dieu, lequel n’avait aucun besoin d’expier, par le sacrifice, ses propres péchés, soit originel, soit actuels ?

Quelle victime plus convenable Dieu pouvait-il recevoir de la main des hommes,

que le corps même d’un homme ?

Quoi de plus propre à être immolé qu’un corps mortel ?

Quoi de plus pur, pour purifier les hommes de leurs souillures, qu’un corps conçu d’une vierge et né d’une vierge, en dehors de toute atteinte de la concupiscence ?

Enfin, quelle offrande plus agréable, plus digne d’être reçue, que le corps même

de notre prêtre Jésus devenu la victime de notre sacrifice ?

Ainsi, toutes les conditions sont réunies. Et, de plus, nous avons cette merveille, que le prêtre et le sacrifice, c’est tout un. « On peut considérer, dit saint Augustin, un sacrifice à quatre points de vue : de celui à qui il est offert, de celui qui l’offre, de la chose offerte, de ceux pour qui elle est offerte. Or, dans le sacrifice pacifique par lequel il nous réconcilie avec Dieu, Jésus, notre unique et vrai médiateur, demeure une même chose avec son Père, auquel il l’offre ; il réunit en lui-même ceux pour qui il l’offre ; enfin, il est en même temps et le prêtre qui offre et la victime qui est offerte. » De la sorte, la réconciliation est complète ; elle est aussi intime que possible. Le médiateur, à la fois prêtre et victime, fait tomber toutes les barrières ; et possédant les deux natures, divine et humaine, il réconcilie d’emblée les hommes avec Dieu.

Voilà le modèle parfait du sacrifice, ou plutôt le seul sacrifice digne de Dieu ; c’est

celui de Notre Seigneur.

Avant sa venue, les peuples anciens cherchaient à représenter son immolation. Chez les Juifs, la figure du vrai sacrifice était parfaite, puisque Dieu lui-même l’avait ordonnée et réglée. Chez les pauvres païens, elle était moins reconnaissable ; et, pourtant, nous verrons qu’eux aussi, quand ils offraient des sacrifices,

observaient des rites mystérieux dont ils ne comprenaient pas la signification, mais qui, au fond, tendaient à Notre Seigneur.

Les sacrifices dans l’Antiquité

Il nous sera bon d’examiner comment les anciens peuples offraient ces sacrifices sanglants, qui répugneraient invinciblement à la raison de l’homme, s’ils ne lui étaient imposés par une justice supérieure. Dans les rites presque unanimement suivis, nous trouverons un ensemble de symboles que l’homme n’aurait jamais inventés, et que le sacrifice de la croix peut seul éclaircir.

Tertullien appelle le diable le faussaire de ce monde, interpolator hujus saeculi. Considérant le monde comme un merveilleux poème que Dieu ne cesse d’écrire à sa louange, il voit le diable attaché à corrompre le texte divin. Mais sous le travail du faussaire, on retrouve le texte original, qui a pour lui la priorité du temps. De là ce fameux adage du même Tertullien : Hoc verum, quod prius. Le vrai, c’est ce qui a pour soi l’Antiquité.

Cet adage se vérifie dans les rites religieux des anciens peuples : sous des pratiques idolâtriques ou superstitieuses, on retrouve des cérémonies d’une signification très profonde. Mais il y eut un peuple, à savoir le peuple juif, chez lequel Dieu ne permit pas que diable fît son œuvre de faussaire ; là, nous admirons tout un ordre de sacrifices purement et entièrement figuratifs ; et les enseignements qui en ressortent nous sont une lumière pour comprendre toute l’Antiquité.

Préparation des sacrifices

Nous avons montré que les sacrifices, pour être agréés de Dieu, supposent un prêtre saint et une victime sans défaut.

Les anciens, et tout particulièrement les Juifs, cherchaient à exprimer la sainteté dans un prêtre :

1°) en prenant un homme qui n’ait aucun défaut corporel ;

2°) en le soumettant à des ablutions et à des onctions par lesquelles il était initié au sacerdoce, séparé du commun des hommes ;

3°) en lui imposant d’épouser une vierge et de garder la continence, quand il devait exercer les fonctions sacrées.

Ces pratiques d’ablutions et de continence étaient observées même chez les païens. Voici comment un poète fort peu chaste décrit la préparation à un sacrifice : « En ce jour sacré, que la terre se repose, et le laboureur aussi ; que le soc retourné des charrues marque la cessation du travail ! Déliez les jougs des bœufs ; aujourd’hui ils restent, la tête couronnée de festons, près de leurs crèches remplies. Qu’on ne s’occupe que pour Dieu ; qu’aucune femme n’ose porter la main à ses fuseaux ! Mais vous surtout, loin d’ici, loin des autels, ô vous qui avez enfreint la loi de la continence ! La divinité se plaît à ce qui est chaste ! »

Si le prêtre doit être saint, la victime doit être pure et sans défaut ; saint Augustin ajoute qu’elle doit être tirée des mains de ceux-là mêmes pour qui elle est offerte, et de nature à pouvoir tenir leur place.

Les anciens, pour se rapprocher du type éternel d’un vrai et parfait sacrifice, prenaient généralement pour victimes les animaux domestiques les plus précieux à l’homme, comme le bœuf, la chèvre et l’agneau. Il y avait une catégorie d’animaux impurs qu’ils écartaient. Ils voulaient que l’animal fût dans la force de la jeunesse, sans tache ni défaut. C’est un des reproches que Dieu fait aux Juifs, qu’ils ne craignaient pas d’apporter sur les autels des animaux de rebut (Ml 1).

Chez les Romains, la victime était présentée aux prêtres, qui l’examinaient soigneusement. Ils la voulaient blanche comme la neige. La victime, une fois choisie, optata, était enguirlandée et couronnée. « Les sacrificateurs, dit Lucien, couronnent l’animal, après l’avoir longtemps examiné et reconnu comme parfait,

ne voulant rien immoler qui ne soit digne de la divinité ; puis ils conduisent la victime à l’autel. »

Ces derniers mots sont à remarquer. Il fallait que la victime y vînt de bon gré ! Elle était liée ; d’où vient le nom de victime, vincta. Et toutefois on n’usait pas de contrainte pour l’amener. « Les victimes, dit Cicéron, étaient conduites, et non pas traînées : ducebantur, non trahebantur victimae. » – « On a observé, dit Macrobe, que les sacrificateurs renvoyaient l’hostie, lorsqu’elle avait fait une forte résistance à l’autel ; si, au contraire, elle se présentait sans contrainte, ils la jugeaient agréable à la divinité. »

La victime ainsi amenée au lieu du sacrifice, il fallait qu’elle représentât ceux qui l’offraient. Aussi venaient-ils lui imposer les mains. Par cette cérémonie mystérieuse, ils la chargeaient de leurs péchés, ils la substituaient en leur place, ils la députaient vers Dieu. « Alors, dit le Lévitique, la victime devenait agréable à Dieu, et servait à l’expiation des péchés de celui qui l’offrait » (Lv 1, 4). Ce rite était généralement employé, même chez les païens. Il paraît que, encore aujourd’hui, dans les Indes, quand une famille offre un sacrifice, tous ses membres, jusqu’aux petits enfants, viennent successivement faire l’imposition des mains sur la tête de la victime.

Quand Dieu choisit la tribu de Lévi pour la destiner au ministère des autels, il se passa une cérémonie des plus émouvantes. Moïse fit approcher les lévites du tabernacle de l’alliance, au milieu de l’assemblée des enfants d’Israël ; alors ceux-ci imposèrent les mains sur leur tête ; et Aaron offrit les lévites comme un présent que les enfants d’Israël faisaient au Seigneur, afin qu’ils fussent consacrés à son service. Puis les lévites à leur tour imposèrent les mains sur des bœufs destinés à être offerts, soit en holocauste, soit en sacrifice pour le péché (Nb 8). Ainsi les lévites étaient la victime du peuple ; et eux- mêmes transportaient leur rôle de victime sur des animaux sans raison. Ces prêtres- victimes étaient une image bien frappante de l’Homme-Dieu ; mais des animaux sans raison n’étaient pas une victime digne de Dieu, ni même de l’homme.

Il faut en effet toujours revenir au mot de saint Paul : « Il est impossible que le sang des boucs et des taureaux efface les péchés. » L’homme avait beau choisir pour tenir sa place les animaux même dont il se nourrit, il fallait un homme qui répondît pour l’homme. L’humanité le sentait bien ; les malheureux idolâtres, poussés par un instinct diabolique, n’hésitaient pas à immoler des victimes humaines. Mais leur sang faisait horreur à Dieu, bien loin de l’apaiser.

Nous avons assisté à la préparation des sacrifices ; suivons-en les rites mystérieux.

Cérémonies des sacrifices

Pour bien comprendre les cérémonies des sacrifices, il faut savoir que les Juifs avaient trois sortes de sacrifices sanglants : l’holocauste, qui était tout entier consumé en l’honneur de Dieu ; le sacrifice de péché ou de culpabilité, dont une partie était consumée, l’autre mangée par les prêtres ; le sacrifice pacifique, dont une partie était brûlée, l’autre mangée par les prêtres, la troisième mangée par ceux qui offraient la victime.

Les holocaustes et les hosties pacifiques étaient toujours accompagnés d’offrandes et de libations ; c’est-à-dire qu’on offrait avec la victime de la fleur de farine, du sel, de l’huile, de l’encens et du vin. L’huile était versée sur la farine qui formait ainsi une pâte qu’on assaisonnait de sel ; et le prêtre en brûlait une poignée sur l’autel avec l’encens. Quant au vin, l’historien Josèphe nous apprend qu’il était versé autour de l’autel. C’étaient là comme les préludes du sacrifice. L’idée qui y présidait, c’est qu’il fallait offrir à Dieu un repas complet, où entrassent le pain et le vin.

Les païens, et notamment les Romains, avaient des cérémonies semblables. Ils commençaient par verser du vin entre les cornes de la victime, ce qu’ils nommaient libation. Saint Paul fait allusion à cet usage, quand il dit : « Je suis comme la victime qui a reçu la libation, ego jam delibor. » Puis ils répandaient également sur la tête de la victime des miettes d’une pâte salée, nommée mola. Pline dit à ce sujet : « Le sel jouit d’une grande faveur dans les sacrifices, puisqu’aucun n’est consommé

sans l’aspersion d’une pâte salée. » L’Écriture avait dit avant lui : « Que toute victime soit assaisonnée de sel ! » Cette dernière cérémonie se nommait l’immolation ; et, comme on égorgeait la victime immédiatement après, l’égorgement lui-même s’appela immolation.

La victime était donc égorgée. Ici se présente un rite universel, c’est que le sang était répandu en l’honneur de Dieu autour de l’autel. Quelquefois, dans les sacrifices très solennels, il y avait aspersion du peuple avec le sang ; ce que saint Paul relève magnifiquement pour s’écrier : « Point de rémission pour le péché sans l’effusion du sang ! »

Après l’égorgement de la victime, les prêtres la partageaient, à moins qu’elle ne dût être consumée tout entière. Ils réservaient pour le feu de l’autel la graisse et les parties les plus délicates ; ce que le feu consumait, Dieu, qui est, dit l’Écriture, un feu consumant, était censé l’agréer en odeur de suavité. Quant au reste de la victime, il appartenait soit aux prêtres seuls, soit aux prêtres et à ceux qui offraient le sacrifice ; en ce cas, les prêtres gardaient pour eux, chez les Juifs, la poitrine et l’épaule droite.

Cette poitrine et cette épaule servaient à des cérémonies mystérieuses, que l’on appelait l’élévation et l’agitation. L’élévation consistait à élever l’hostie pour l’offrir à Dieu, l’agitation à la remuer successivement du côté des quatre points cardinaux, ce qui équivalait à tracer une croix. On voulait, par l’élévation, obtenir les regards de Dieu sur la victime, et, par l’agitation, répandre pour ainsi dire aux quatre coins du monde sa vertu expiatrice. Quand Moïse offrit au Seigneur les lévites comme victimes, ils furent soumis à la cérémonie de l’agitation, qui consista sans doute à leur faire exécuter autour du tabernacle certains mouvements en forme de croix. Nous ne savons si les païens connaissaient ce rite mystérieux. Il est certain qu’ils attachaient une vertu à la croix, puisque l’un d’eux a dit « que la vertu de Dieu se répandrait sur le monde en forme de croix ».

La cérémonie qui, dans les sacrifices romains, correspondait à l’élévation et à l’agitation, se nommait reddition ; elle consistait à offrir à la divinité les entrailles de la victime, qu’on avait soigneusement examinées.

Après ces rites, le sacrifice était complet. Les Romains avaient alors ce qu’ils nommaient la litation, qui correspond exactement à notre ite missa est. Les sacrificateurs s’étant lavé les mains, l’un d’eux criait à haute voix : « Vous pouvez sortir du temple, ire licet ex templo. »

C’était bien fini pour le temple. Mais quand la victime n’avait pas été consumée tout entière, les prêtres en mangeaient les restes ; et, dans certains sacrifices, comme dans les sacrifices pacifiques des Juifs, ceux qui offraient le sacrifice avaient leur portion qu’ils devaient manger dans un bref délai. Quelquefois, surtout chez les païens, c’était dans les

lieux mêmes consacrés à la divinité, temples ou bois sacrés, que se faisaient ces repas. Mais hélas ! on pense bien que les règles de la modestie n’y étaient pas scrupuleusement gardées. Quoi qu’il en soit, il n’en reste pas moins acquis que pour les anciens peuples, la manducation de la victime était le complément et comme le dernier acte du sacrifice.

A suivre

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