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L’identité nationale, sans langue de bois

L’identité nationale, sans langue de bois

publié dans doctrine politique le 25 juillet 2010


L’identité nationale, sans langue de bois

C’est l’édito du n° 3 de « Respublica christiana »

« Une identité… universelle ?

Au fond c’est la grande, c’est la seule question que nous nous posons dans ce dossier sur l’identité française : cette identité est-elle compatible avec tout ? Cette identité est-elle « une certaine idée de la France » qui signifierait que la francité, pour employer un néologisme néanmoins bien commode, soit quelque chose de purement abstrait, fondé sur les vertus républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Le général de Gaulle n’avait pas prévu cet usage de l’idée. Pour lui, une certaine idée de la France, c’était surtout une certaine manière, gratuite et désintéressée, de servir ce qu’il appelait encore la « grandeur » de son pays. Une grandeur qui n’était pas celle d’un espace géographique (face aux empires émergents, l’espace géographique français est bien peu de chose). Grandeur qui n’était pas celle d’une puissance économique (inutile de faire un dessin). Grandeur qui correspondait à un héritage, à une histoire qui refusait de se conjuguer uniquement au passé, à une force morale et spirituelle, disponible au chevet de chaque Français et qui devait marquer – pourquoi le nier ? – une supériorité humaine. Naître Français est une richesse et une grâce, non pas seulement parce que la France fait partie des pays riches de l’Occident matérialisé, mais parce que la France contient un patrimoine matériel et spirituel unique au monde. D’autres pays, bien sûr, recèlent pareille richesse : il ne s’agit pas de s’arroger une exclusivité fantasmée. Mais justement, ces pays représentent aussi une richesse pour ceux qui s’y rattachent, par la naissance ou par la volonté de partager quelque chose avec ceux qui y sont nés.

Aujourd’hui cette « certaine idée » gaullienne a été profondément transformée. On en a fait une sorte d’idéalisme humanitaire. Une idée vide renvoyant au mieux, à travers la tolérance, à une pure manière d’être ensemble dans la différence. Concrètement cela signifie que l’on a avalisé le modèle intégrationniste comme un modèle national possible.

Le modèle intégrationniste discerne des communautés d’appartenance au sein de la communauté nationale et prêche simplement le vivre ensemble des communautés dans le cadre formel offert part les vertus républicaines. Ce modèle idéaliste n’a jamais correspondu avec cette « certaine idée de la France », communauté nationale qui accepte des communautés régionales, mais qui, à la différence de l’Empire austro-hongrois par exemple, n’a jamais composé avec des communautés ethniques érigées en tant que telles.

En vingt ans, nous sommes passés, sans crier gare, du modèle national au modèle impérial, du modèle européen traditionnel au modèle américain des communautés juxtaposées. Et ce modèle impérial, nous sommes fiers de l’avoir adopté. Il est sans doute trop tard pour remettre en cause une évolution si lourde de conséquences. Mais il n’est pas trop tard pour retrouver, derrière la construction faible que signifierait l’apparition durable d’une France des communautés, la logique forte d’une France qui se conçoit comme nation.

Du point de vue qui est celui du christianisme, la construction d’une société de communautés apparaît comme révélatrice tôt ou tard d’une logique archaïque, rivalitaire et porteuse de violence, avec à l’horizon, ajoutons-le, la nécessité d’un contrôle de plus en plus policier d’un milieu de vie complètement éclaté. Le christianisme ne se pense pas à travers ce modèle communautaire, qui est le modèle impérial à l’origine comme aujourd’hui, mais toujours dans l’universalité « catholique » d’un rayonnement qui relativise par principe toute appartenance ethnique et tout conditionnement social : « Il n’y a plus ni juif ni Grec, ni esclave ni homme libre ».

La catholicité du christianisme ? Voilà sans doute une raison cachée de raviver la vieille complicité entre l’Eglise et les nations, que Jean Paul II appelait, – pas par hasard – « les grandes institutrices des peuples ». Voilà aussi la proposition la plus actuelle que l’Eglise, porteuse de l’esprit du christianisme, puisse faire au monde. Toute l’expérience historique de l’Eglise romaine la conduit à constater qu’un universalisme n’est viable que dans beaucoup d’analogie, c’est-à-dire qu’une idée est toujours soumise à la nécessité d’une incarnation singulière, qu’il n’y a pas, dans le domaine social comme dans le domaine religieux, d’universel réel en dehors de la véritable inculturation que pratiquait déjà Grégoire le Grand dans ses lettres à Augustin de Cantorbéry, le premier apôtre de l’Angleterre. Jean Paul II avait beaucoup insisté là dessus dans son livre posthume, Mémoire et identité : le véritable relai de l’esprit chrétien, ce sont les nations de la vieille Europe, avec leur particularisme et leur irrépressible ouverture sur l’universel que représente la culture occidentale en évolution. Et ce qui vaut pour la vieille Europe ne vaut-il pas aussi pour tel pays d’Amérique du sud ou d’Afrique, dans lequel l’Eglise, respectant les coutumes, même païennes, affirme sereinement son universalité toujours autrement, dans une catholicité substantiellement identique ?
C’est au fond le respect du substrat humain qui est en cause dans l’institution des nations, gardiennes de l’alchimie politico-spirituelle qui construit l’humanité, qui fait notre identité. »

Abbé Guillaume de Tanoüarn

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