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Solennité de Notre-Dame du Très Saint Rosaire.

Solennité de Notre-Dame du Très Saint Rosaire.

publié dans paroisse saint michel le 9 octobre 2009


 

Prédication pour le XVIII° Dimanche après la Pentecôte

Dans le cours de notre prédication dominicale, cette fête du Très Saint Rosaire arrive au bon moment. Tous nos regards sont aujourd’hui tournés vers la Vierge Sainte, la Mère de Dieu. Ils le furent, les deux dimanches précédents, vers le péché originel, vers le péché d’Adam et d’Eve, ce péché de désobéissance au commandement divin, péché qui entraîna et pour Adam, pour Eve et pour nous, les pires malheurs, la perte de l’état d’innocence, c’est-à-dire la perte de la sainteté et de la justice, la perte des dons préternaturels, l’immortalité, l’intégrité, la science et l’impassibilité et enfin, comme conséquences, la perte de l’amitié de Dieu, la mort et l’exclusion du paradis terrestre où coulait le lait et le miel. La mort était le lot de tous, voués que nous étions à la damnation éternelle.

Nous ne pouvions pas par nos propres forces, nos forces naturelles, obtenir, gagner, « à la force du poignet » notre propre salut.

Pourquoi ?

Parce que le péché a une « certaine infinité de malice », nous dit Saint Thomas. Et cela tient tout d’abord à l’infinité de la majesté divine offensée par le mépris de la désobéissance. Plus grand est celui contre qui l’on pèche, plus grave devient la faute. « Puisque Dieu dépasse, nous dit saint Thomas, la créature à l’infini, l’offense de quiconque pèche mortellement contre Lui est infinie à cause de la dignité de Dieu auquel le pécheur fait injure en le méprisant, Lui et son précepte. C’est pourquoi les forces humaines ne suffiront jamais pour réparer une telle offense ». Saint Thomas parle bien « d’une certaine infinité ». Une certaine infinité : le correctif s’impose car le péché reste un acte humain et sous ce rapport, il est lui-même limité et fini. Ce n’est pas dans l’ordre de l’être mais dans l’ordre du mal, dans l’ordre moral que l’offense faite à Dieu est infinie. Dans l’offense faite à Dieu, il s’agit d’une infinité morale et non point d’une infinité physique ou ontologique. Mais dans cet ordre moral, il est juste de parler d’un péché d’une infinité de malice puisqu’il touche une majesté infinie et que l’offense est proportionnée à la valeur de la personne outragée, c’est-à-dire à sa dignité. Si la dignité est infinie, l’offense l’est aussi. L’offense se mesure, encore une fois, à la personne offensée. La personne est-elle d’une majesté infinie, l’offense est d’une malice infinie. Et c’est pourquoi les forces humaines ne suffiront jamais pour réparer une telle offense infinie. Aucune créature ne sera jamais capable d’égaler la réparation à l’outrage. Les hommages, les réparations, les satisfactions d’une personne créée restant toujours limitées comme elle-même ne seront jamais de taille d’une offense infinie. Un acte de charité peut bien manifester à Dieu une dépendance, une soumission d’amour mais il ne peut satisfaire. Pour qu’il y ait satisfaction complète, il faut que l’hommage, l’honneur, l’amour, rendus par la charité soient aussi grands que l’outrage infligé par la faute. Mais nous venons de voir qu’ils ne pourront jamais être de cette taille puisque l’injure, proportionnée à la majesté offensée, est infinie, tandis que les actes réparateurs restent toujours limités et imparfaits comme la personne, qui les pose, est limitée.

La conclusion s’impose, terrible, inéluctable : il faut pour réparer la faute grave, une personne d’une dignité infinie. Mais cela ne suffit pas. Dieu, infini, restant en Lui-même peut bien pardonner et remettre l’infinie injure. Il ne relève que de Lui-même et n’a de compte à rendre à personne, mais Il ne saurait satisfaire. Car la satisfaction, la réparation, l’honneur, l’excuse s’adressent à un supérieur et Dieu ne peut relever que de Lui-même. Et voilà pourquoi, c’est l’explication théologique de l’Incarnation, il faut qu’une personne d’une dignité infinie prenne une nature créée, dépendante, soumise à un maître. Parce qu’il y a nature inférieure, les actes peuvent aller à un supérieur ; parce qu’il y a personne infinie et que toutes les actions appartiennent à la personne, les satisfactions et les mérites peuvent avoir une valeur infinie. Parce que la personne divine subsiste dans une nature humaine, elle peut offrir à Dieu des réparations qui seront maintenant égales à l’offense. Mesurée à la dignité infinie de la personne outragée – Dieu – l’offense, dis-je, est infinie, et mesurée à la dignité infinie de la personne divine qui répare, la satisfaction est infinie. Il y a paiement rigoureux et total. La réparation est complète, « de condigno ». Il fallait donc un Homme Dieu pour racheter les hommes. La Rédemption, qui est un rachat, une rançon, ne devait pas se faire sans l’Incarnation, le mystère de Dieu-Homme.

Et voilà pourquoi Dieu après le triste événement du péché originel s’empressa, pour soutenir l’espérance des hommes, de promettre un Rédempteur. C’est le Proto-Evangile, le chapitre 3 de la Genèse. Et tout l’Ancien Testament n’a de sens que par rapport à ce Messie Sauveur qui doit venir. Les prophètes l’annoncent et il est symbolisé par d’innombrables images : « Et je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité, celle-ci te meurtrira à la tête et tu la meurtriras au talon ».

Or ce « temps» est finalement arrivé, «à la plénitude des temps » nous dit saint Paul :

« Et Dieu envoya son ange, Gabriel, auprès d’une vierge nommée Marie, fiancée à un homme de la tribu de David, nommé Joseph, et l’ange entrant lui dit : « Ave Maria Gratia plena Dominus tecum. Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes. Ne craignez pas Marie car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Voici que vous concevrez en votre sein et vous enfanterez un Fils et vous lui donnerez le nom de Jésus. Il sera grand. On l’appellera le Fils du Très Haut ; Il règnera éternellement sur la maison de Jacob et son règne n’aura pas de fin ».

Marie dit à l’ange : « Mais comment cela se fera puisque je ne connais point d’homme ». L’ange lui répondit : « L’Esprit-Saint viendra sur vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C’est pourquoi l’être saint qui naîtra de vous sera appelé Fils de Dieu. Déjà Elizabeth, votre parente, a conçu elle aussi un fils dans sa vieillesse et c’est actuellement son sixième mois, elle que l’on appelle stérile. Car rien n’est impossible à Dieu ». L’annonce de l’Incarnation est faite. Le Sauveur peut venir. Mais il faut le consentement de Marie. Le salut, notre salut, est suspendu aux lèvres de Marie. Ecoutez Saint Bernard dans une des plus pathétiques pages des Pères de l’Eglise :

« Tu as appris, Marie, et l’événement et la manière dont il doit s’accomplir, l’un et l’autre merveilleux. Réjouis-toi, fille de Sion, tressaille de joie, fille de Jérusalem (Za 9,9). Puisque tu as entendu cette parole de joie, nous souhaitons entendre de ta bouche l’heureuse réponse qu’appellent nos désirs, afin que tremblent d’allégresse nos os humiliés (Ps 50,10). Tu as appris l’événement et tu y as cru ; ajoute foi également à la façon dont il s’accomplira. On t’a dit que tu concevrais un fils, non de l’homme mais du Saint-Esprit. L’ange attend ta réponse : il va être temps qu’il retourne auprès de Dieu qui l’a envoyé. Nous aussi, ô Souveraine, nous malheureux sur qui pèse la sentence de damnation, nous attendons une parole de compassion. Voici qu’on t’offre le prix de notre salut : si tu l’acceptes, nous serons aussitôt délivrés. Nous avons tous été créés par le Verbe éternel de Dieu, mais voici que nous mourrons ; de ta brève réponse dépend que nous soyons rappelés à la vie. Telle est la supplique que t’adresse, Vierge miséricordieuse, le pitoyable Adam exilé du Paradis avec sa malheureuse descendance. C’est la supplique d’Abraham, de David, de tous les Patriarches, tes propres ancêtres, qui eux aussi habitent la contrée ensevelie dans l’ombre de la mort. Le monde entier, prosterné à tes genoux, se joint à cette prière. Car c’est à tes lèvres que sont suspendus la consolation des misérables, le rachat des captifs, la délivrance des condamnés, en un mot le salut de tous les fils d’Adam, de toute ta race. Hâte-toi de donner ta réponse. Ô Souveraine, prononce cette parole qu’attendent la terre et les enfers et les cieux. Le Roi Lui-même, le Seigneur, qui a si fort convoité ta beauté, désire avec la même ardeur ton consentement, dont il a voulu faire la condition du salut universel. Tu lui as plu par ton silence, mais maintenant tu lui plairas davantage par ta parole, et il te crie du haut du ciel : « Ô toi qui es belle entre les femmes, fais-moi entendre ta voix ». Si tu lui fais entendre ta voix, il te fera voir notre salut. N’est-ce pas là ce que tu cherchais en gémissant, en soupirant, en priant jour et nuit ? Eh quoi ? Es-tu celle à qui fut adressée la promesse de notre salut, ou bien devons-nous en attendre une autre ? Non, n’est-ce pas, c’est bien toi, tu es cette femme promise, attendue, désirée, de qui ton saint ancêtre Jacob, aux approches de la mort, espérait la vie éternelle, lorsqu’il disait : J’attendrai ton salut, Seigneur (Gen 49,18). C’est bien en toi et par toi que Dieu, notre Roi, a résolu dès l’origine d’opérer le salut sur la terre. Pourquoi espérer d’une autre femme ce qui t’est offert ? Pourquoi attendre que se fasse par une autre ce qui ne tardera pas à s’accomplir par toi, pourvu que tu donnes ton consentement et que tu répondes d’un seul mot ? Réponds bien vite à l’ange, ou plutôt, par l’ange, au Seigneur. Prononce une parole et tu recevras la Parole. Profère ta parole et tu concevras la Parole divine. Emets une parole éphémère et tu possèderas la Parole éternelle. Pourquoi tarder ? Pourquoi trembler ? Crois, confie-toi, et accueille. Humble, sache être audacieuse ; réservée, n’aie pas peur. Il n’est pas question que ta simplicité virginale renonce maintenant à son habituelle prudence, mais voici bien la seule occasion où tu ne doives pas craindre de te montrer présomptueuse. La pudeur t’inspirait un louable silence, mais maintenant la ferveur doit t’inciter à parler. Vierge bienheureuse, ouvre ton cœur à la foi, tes lèvres au consentement, ton sein au Créateur. Le Désiré de toutes nations est là qui frappe à ta porte. Oh ! S’il allait passer son chemin tandis que tu tardes, et s’il te fallait recommencer à chercher avec angoisse celui que ton cœur aime ! Lève-toi, cours, ouvre ! Lève-toi par la foi, cours par la dévotion, ouvre par le consentement ».

Notre salut est en dans la parole de Notre-Dame, puisqu’il est l’œuvre unique de son Fils. Oh quel amour dois-je avoir, et pour le Fils, et pour la Mère !

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