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François, le Nouveau Souverain Pontife, son style.

publié dans regards sur le monde le 4 avril 2013


Alerte à l’humilité : ce que l’Église perdrait à renoncer au décorum et à ses traditions
Jacques Charles-Gaffiot (1)

Je reçois dans ma boite postale cet article publié dans Atlantico qui me parait très intéressant….On a peut-être ici une lumière  sur le nouveau  pontificat?
—–

Le style du nouveau pape François a longuement été analysé par tous les spécialistes depuis son élection. Humilité et proximité semblent être les maîtres-mots d’un pape qui célèbrera une messe du Jeudi saint dans une prison, où il effectuera le traditionnel lavement des pieds.
A trop vouloir jouer la carte de la simplicité, l’Église peut-elle perdre de son influence ?
A la suite du concert médiatique qui, durant plus d’une semaine, a tenu en haleine presque la totalité de la planète, en affichant une ovation quasi universelle autour de l’élection du nouvel « évêque de Rome », il n’est sans doute pas inutile de considérer le style naissant mis à l’ordre du jour dès l’apparition du cardinal Jorge Mario Bergoglio au balcon de Saint-Pierre, dans la soirée du 13 mars dernier.
L’exercice, assez élémentaire tant le recours à un langage symbolique reste privilégié dans l’univers religieux, est encore simplifié par l’analyse des actes de la liturgie catholique, principal instrument de la tradition chrétienne disait Bossuet, qui concentre davantage encore dans tous ses rites et dans toutes ses rubriques allégories, métaphores et représentations.
Sans prétendre donner aux remarques suivantes une portée définitive marquant le cours du nouveau pontificat, il convient de relever tout d’abord combien les commentateurs ont cherché à mettre en relief les « simplifications » observées pour en faire autant de démonstrations de rupture avec les usages respectés ou remis à l’honneur par Benoît XVI et Jean-Paul II, dès lors perçus comme les artisans sinon les continuateurs de fastueuses déviances contraires à la simplicité du message évangélique et, en ces nouvelles circonstances, à la pauvreté franciscaine.
En invoquant la réforme de la Curie qui donnerait enfin à l’Église romaine un visage humain, beaucoup ont cru voir dans les changements opérés la traduction du bouleversement désiré depuis Vatican II mais toujours reporté.

Il est vrai toutefois que l’abandon d’usages hautement symboliques peut légitimement faire naître bien des interrogations.

Limitons les à deux exemples principaux :
La première apparition sur la loggia de Saint-Pierre du nouveau pape dont l’entrée est précédée par l’arrivée d’un cortège, croix de procession en tête, est donc l’une des phases d’un acte liturgique ouvert depuis la célébration de la messe pro eligendo pontifice marquant le début de l’entrée en conclave et se terminant avec celle d’action de grâce célébrée le lendemain de l’élection. Jean-Paul II, comme Benoît XVI, pour ne retenir que ces deux dernières références, sont donc apparus revêtus de la tenue liturgique propre à cette circonstance, portant sur leurs épaules une petite pèlerine rouge, la mozette, ainsi qu’une étole de même couleur, prestigieux héritage symbolique remontant au début du IVe siècle, des bandes laticlaves de couleur pourpre réservées à Rome à la tenue du grand prêtre sacrificateur, l’empereur, matérialisant le plein exercice de la fonction de pontifex maximus (souverain pontife), celle de « faiseur du pont » (pontem facere) réunissant les deux rives du monde d’en-bas et de l’univers d’En-haut. Est-ce seulement par simplification du « protocole » que le nouvel évêque de Rome s’est présenté dans sa seule soutane blanche devant les milliers de fidèles venus acclamer le nouveau pape ? Est-ce le champion d’une élection remportée en un temps record, le nouveau pasteur du diocèse de Rome ou le Vicaire du Christ qui revêtu quelques instants de son étole a béni la foule avant de la remettre dans les mains de son cérémoniaire ? Jamais, jusqu’ au 13 mars dernier, pareille ambiguïté n’était apparue d’une manière si déconcertante.
A lui seul, en effet, ce simple détail vestimentaire, bien anodin aux yeux de la presse, peut « revêtir » une formidable signification et traduire une stupéfiante mutation du sens donné à cette salutation traditionnelle de la foule selon son immémorial rituel.
Lors de la messe d’intronisation, le pape François n’a pas renoncé au trône pontifical élevé sur un gradin et protégé d’un dais. Nous renvoyons à la symbolique des trois éléments constitutifs du trône que nous avons étudiés voici deux ans pour en comprendre à la fois le sens et la portée symbolique. Toutefois, et aucun commentaire n’est venu relever ce double fait, le pape a reçu debout l’hommage rendu par les six cardinaux représentant les trois ordres de leur collège et a prononcé également debout sa première homélie officielle, à la différence de tous ses prédécesseurs.

Était-ce là une nouvelle démonstration de cette « simplicité » si orchestrée par les médias ? Renoncer à une position assise, qui de tout temps et sous toutes les latitudes représente la plus haute marque d’autorité alors que la position debout adoptée en face d’un auditoire assis manifeste l’infériorité d’un personnage, brouille en des circonstances aussi exceptionnelles tous les repères, et efface toute marque de véritable reconnaissance. Quel sens donner à une cérémonie d’hommage dans laquelle l’homme lige et le récipiendaire restent debout, se mesurant d’égal à égal, et au cours de laquelle certains cardinaux ne se sont pas même découverts ?
S’asseoir pour parler n’est jamais pour le titulaire de l’autorité, du père de famille, au chef d’État en passant par les enseignants, les magistrats jusqu’à la figure de l’évêque et celle du pape, l’expression vaniteuse de la volonté de se grandir. C’est au contraire s’astreindre à observer une convenance qui exige de la part de ceux qui la respectent, en plus de la dispense de propos réfléchis, une authentique humilité, une vraie simplicité pratiquées in petto, c’est à dire sans le tintamarre des trompettes médiatiques de la fausse renommée.

Le petit peuple industrieux de Rome, papiste à contre courant par bien des côtés, est également celui qui tenta de précipiter la dépouille de Pie IX dans le Tibre lors du transfert de ses restes à la basilique Saint-Laurent en 1881. Enclin à la raillerie, il fait déjà circuler dans la ville une pasquinade pour dénoncer le caractère démagogique qu’il pense reconnaître dans le renoncement à la pourpre, à la suppression du pallium sous les nouvelles armes pontificales, à l’abandon du port de la mitre précieuse, au refus du nouveau pape de prendre la voiture préparée par son chauffeur pour rejoindre, le soir de son élection, la maison Sainte-Marthe au Vatican. Voulant aussi tourner en dérision la modeste et rustique croix pectorale de son nouvel évêque qui a refusé de porter l’une de celles qui lui étaient proposées dans la Chambre des larmes, la statue de Pasquin, sise au coin du palais Braschi non loin de la place Navonne, murmure donc depuis quelques jours en haussant les épaules : Une croix de fer ? Mais nous avons déjà connu cela à Rome… dans un passé récent !

Dans un prochain ouvrage à paraître aux éditions du Cerf, « Le luxe pour Dieu », j’ai souligné combien, plus encore que l’image, le symbole offre à son lecteur un langage de synthèse. En effet, si la parole peut divertir un auditoire, le symbole ne propose que son silence à celui qui s’applique à le déchiffrer.
Paraphrasant saint François de Sales (auquel François aurait également pu souhaiter faire référence dans le choix de son nom), on pourrait même ajouter que le symbole « parle au cœur, la langue ne parlant qu’aux oreilles ». Il se présente fidèle à la réalité et livre, pour qui sait le bien voir, au travers d’une unique perception la totalité de son contenu. De la sorte, se présentant à tous, de même que le soleil, il éclaire les bons et les méchants.
Manier le langage symbolique requiert par conséquent prudence, simplicité et humilité ; le travestir, c’est prendre le risque de celui de la confusion, un idiome propre aux constructeurs de la tour de Babel !

* *

(1) Jacques Charles-Gaffiot est l’auteur de « Trônes en majesté, l’Autorité et son symbole » (Édition du Cerf).

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