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Les questions que pose le cas de Pascal VESIN

publié dans regards sur le monde le 16 août 2013


Les questions que pose le cas de Pascal VESIN
30 mai 2013
Par Mgr Jean-Charles THOMAS

Le curé de Megève (Haute-Savoie), le Père Pascal VESIN, vient d’être demis de ses fonctions à cause de son appartenance au Grand-Orient de France. Nous remercions Monseigneur Jean-Charles THOMAS, ancien évêque d’Ajaccio et de Versailles, de nous faire part des réflexions que lui inspirent ce fait.

Tout semble avoir commencé par une lettre anonyme envoyée à l’évêque d’Annecy, au printemps de l’année 2010 contre Pascal VESIN, 43 ans, prêtre depuis 1996 et franc-maçon depuis 2001 dans la Loge : « L’Avenir du Chablais », du Grand Orient de France à Thonon les Bains (Haute Savoie). C’était il y a trois ans.

Un dialogue a eu lieu entre Pascal Vesin et son évêque Yves BOISVINEAU, puis avec trois prêtres du conseil presbytéral.

Pendant ces trois ans, la Congrégation romaine pour la Doctrine de la Foi a-t-elle été alertée par la même lettre anonyme ? A-t-elle pris l’initiative de connaître la position de l’évêque ? A-t-elle cherché à connaître les raisons invoquées par Pascal Vesin pour s’inscrire au G.O. de France ?La Congrégation pour la doctrine de la foi a-t-elle reçu une demande de rencontre ou d’explication de la part de l’évêque de Pascal Vesin ? De la part de Pascal Vesin ? Quelle fut sa réponse ? A-t-elle accepté ou refusé dialogue et explications ? Pour quels motifs ?

Mgr Yves Boisvineau fonde sa décision sur le canon 1332 du Code de Droit canonique en écrivant : » vous ne pouvez donc plus désormais, à compter de ce jour, ni recevoir ni célébrer les sacrements et je vous demande de quitter la paroisse dont vous n’êtes plus le curé. » Il fait référence à la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 26 novembre 1983, qui considère que « les principes (des associations maçonniques) ont toujours été considérés comme inconciliables avec la doctrine de l’Église ».

Rappelons le contexte de cette déclaration. Elle a eu lieu la veille de l’entrée en application du nouveau Code de droit canonique de 1983, le 27 novembre, 1er dimanche de l’Avent 1983, et remplaçait celui de 1917. Dans cette déclaration, le Cardinal Ratzinger, donnait une interprétation personnelle concernant la disparition de l’ancien canon 2335 de 1917 qui excommuniait ipso facto « ceux qui donnent leur nom à des sectes maçonniques et aux autres associations du même genre qui conspirent contre l’Église ou contre les pouvoirs civils légitimes ».

Le cardinal Ratzinger précisait ce qu’il fallait penser de la disparition de cet ancien canon dans le nouveau Code. Il maintenait l’incompatibilité des principes de la Franc-Maçonnerie avec ceux de l’Église catholique. Il ajoutait que les fidèles qui s’inscrivent à la FM « sont en état de péché grave et ne peuvent pas accéder à la sainte communion ». En réalité, le Code actuel dit seulement : « Qui s’inscrit à une association qui conspire contre l’Église sera puni d’une juste peine ; mais celui qui y joue un rôle actif ou qui la dirige sera puni d’interdit » (Canon 1974)

La preuve a-t-elle été faite que la Loge à laquelle appartient Pascal Vesin est une association qui conspire contre l’Église ? Qui a mené cette enquête ? Les conclusions des éventuels enquêteurs ont-elles été publiées ? Sont-elles actuellement disponibles ?Pascal Vesin joue-t-il un rôle actif dans sa Loge ? La dirige-t-il ? Puisqu’on lui applique la sanction correspondante, à savoir l’interdit (canon 1332), qui a mené l’enquête préalable à cette sanction ? Les résultats de cette enquête sont-ils en possession de l’évêque de Pascal Vesin ? Depuis quelle date ?

La lecture attentive des textes publiés à ce jour montre que la décision a été prise à la demande de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi présidée depuis juillet 2012 par le cardinal G.L. Müller, ayant pour secrétaire le jésuite espagnol Luis Ladaria Ferrer.

Á quelle date cette Congrégation a-t-elle demandé à Mgr Boisvineau de prendre la décision d’appliquer à Pascal Vesin le canon 1374 concernant les associations conspirant contre l’Église ? A-t-elle laissé à l’évêque local la liberté de choisir « la juste peine » à appliquer ? Lui a-t-elle rappelé l’esprit du Code de droit canonique : « L’Ordinaire (autrement dit l’évêque local) aura soin de n’entamer aucune procédure judiciaire ou administrative en vue d’infliger ou de déclarer une peine que s’il est assuré que la correction fraternelle, la réprimande ou les autres moyens de sa sollicitude pastorale ne peuvent suffisamment réparer le scandale, rétablir la justice, amender le coupable » (Canon 1341)

Si la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a imposé à l’évêque d’appliquer la sanction de l’interdit (canon 1332) à quelle date et par quel moyen l’a-t-elle fait (un entretien ? un texte remis à l’évêque par l’intermédiaire du Nonce apostolique en France ? un coup de téléphone ?)

La date ne manque pas d’importance. Selon le Figaro du vendredi 24 mai [2013], « Cet organisme du Vatican a intimé, le 7 mars dernier – juste avant le conclave qui a vu l’élection le 13 mars du pape François et après la fin du pontificat de Benoît XVI le 28 février 2013 – l’ordre à l’évêque de démettre de ses fonctions le père Pascal Vesin ».

S’il est légitime d’imaginer qu’un dialogue existait entre la Congrégation et l’évêque d’Annecy depuis un certain nombre de mois, on peut se demander non moins légitimement s’il y a eu des éléments déterminants pour qu’une décision soit prise très précisément après la fin du pontificat de Benoît XVI et avant l’élection du Pape François, pendant cette période de « vacance du Siège romain » ? De quelle nature sont ces éléments ? Tiennent-ils à la situation dans le diocèse d’Annecy ou la situation très particulière des organismes du Vatican pendant la vacance du Siège ? Il y a là des points sur lesquels la lumière devra nécessairement être faite ! Pour en tirer de justes conséquences.

Le Pape François interviendra-t-il dans cette affaire ? Quelqu’un en appellera-t-il à son discernement ? Le pape François se trouverait alors dans une situation inédite :

Soit abonder dans le sens de la déclaration de 1983 faite par le Cardinal Ratzinger devenu Benoît XVI, son prédécesseur, pape émérite. Certains lui opposeront alors les déclarations qu’il a faites au nom de la miséricorde, du dialogue et de l’ouverture à ceux qui sont aux marges.
Soit faire une déclaration modifiant celle du Cardinal Ratzinger en 1983. Il parlerait alors au nom de son autorité pontificale, supérieure à celle du Préfet de la Congrégation de la Doctrine chrétienne de 1983. Une décision de ce genre semble impossible tellement elle étonnerait bon nombre de catholiques en leur donnant à penser qu’un pape dit le contraire de son prédécesseur… toujours en vie ! Rome a l’habitude de laisser agir le temps et l’oubli pour rendre obsolète ce qui n’a plus lieu d’être maintenu en vigueur en raison d’un contexte historique différent.
Soit en déplaçant totalement les données actuelles pour sortir du piège, (soit approuver, soit désapprouver).
Par exemple, en demandant une mise à jour de la déclaration de 1983 au motif que les situations ont évolué depuis 30 ans et qu’on peut aujourd’hui s’appuyer sur une connaissance plus large des principes de la Franc-Maçonnerie au lieu de s’en tenir à la documentation très spécifique sur laquelle fut fondée la déclaration de 1983. (« L’Église et la franc-maçonnerie. Déclaration de l’épiscopat allemand », La Documentation Catholique, N° 1807 – 3 Mai 1981, p.444-448).

Tout ce qui précède peut aussi être considéré comme négociation relevant des arguties canoniques, incompréhensible pour le peuple chrétien, alors que celui-ci est maintenant au courant d’un problème qu’il ignorait jusqu’à présent.

L’heure est probablement venue de réfléchir sur le dialogue qui pourrait exister entre l’Église et la Franc-Maçonnerie. Le Concile Vatican II, avec « Nostra aetate » et « Dignitatis humanae » notamment, a considérablement fait évoluer les rapports de l’Église romaine avec le Judaïsme, l’Islam, les religions non chrétiennes et les non-croyants. Or, jamais encore n’a été entreprise une étude officielle sur les rapports susceptibles d’exister entre l’Église et les diverses Obédiences maçonniques en Europe et à travers le Monde. Une grande diversité caractérise ces Obédiences, leur histoire, leurs relations avec les diverses Confessions chrétiennes.

Beaucoup de francs-maçons dialoguent avec des chrétiens ou collaborent avec eux. Beaucoup de catholiques entretiennent des relations fraternelles avec des francs-maçons, parfois sans le savoir.

Franc-Maçonnerie et Église catholique doivent-elles se considérer comme d’éternels ennemis ? Ou aborder délibérément une nouvelle phase de leur histoire tourmentée pour mieux se connaître et en tirer conséquences ?

Il est temps de dépasser les contacts informels souvent tenus secrets : ils ont eu leur mérite ; ils ont préparé le chemin ; ils ne suffisent plus. Á l’heure d’internet et de la mondialisation de l’information, à l’heure où il est urgent de faire progresser la fraternité et la liberté face aux violences ou recherches extrémistes du pouvoir, l’heure ne serait-elle pas déjà venue d’une confrontation et d’un dialogue respectueux entre l’Église romaine et les Obédiences maçonniques qui l’accepteraient ?

Poussée par l’Esprit de Pentecôte, l’Église catholique osera-t-elle faire le premier pas avec le Pape François ?

Jean Charles THOMAS Ancien évêque de Corse et de Versailles 29 mai 2013

Ce texte de Mgr Thomas est  à verser au dossier: Eglise et Franc-Maçonnerie.

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