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Histoire de la Messe Interdite (13)

publié dans un disciple le 30 janvier 2018


Histoire de la messe interdite (13)

Livre 3

La bataille de la messe

Chapitre 2

La lettre « Quattuor abhinc annos ».

1984

 

Malgré la volonté formelle du pape,   mais donnée dans une forme « atypique », de ne voir célébrée que la messe nouvelle, la Tradition s’organise. Les messes de saint Pie V sont dites, se multiplient même. Des communautés se créent, rayonnent. Les familles s’organisent. Les écoles se fondent. Le catéchisme est enseigné. La doctrine se diffuse.

La messe de Lille, célébrée par Mgr Lefebvre, fin juillet1976 a un grand retentissement national et même international. La Tradition  se fait ainsi mieux connaître. On en parle même au Mexique, aux USA  d’où des vocations frapperont à la porte d’Ecône.

Mgr Lefebvre multiplie, en France, et à l’étranger, les conférences, les manifestations liturgiques. Il explique les raisons de son refus de la nouvelle liturgie, de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, de la collégialité.

Des livres sont publiés. La revue Itinéraires, sous la direction de Jean Madiran, avec ses nombreux et brillants collaborateurs tant clercs que laïcs, éclaire la situation. Nouvelles de chrétienté, tout en suivant l’actualité religieuse, apporte les commentaires liturgiques savants d’un moine bénédictin, jadis de l’abbaye de la Source à Paris : Dom Guillou.
La Tradition catholique vit, s’active toujours davantage. L’époque est enthousiasmante. Tout le monde met du cœur à l’ouvrage.

La prise de Saint Nicolas du Chardonnet à Paris, en 1977 a une audience nationale et internationale.

Pour sauver la messe, que de sacrifices sont acceptés

§-1-L’inquiétude de Rome.

De cette « résistance », l’autorité romaine s’inquiète. Elle prend acte de toutes ces actions. Et en 1980, elle lance une enquête auprès des évêques de l’Eglise universelle « pour connaître avec précision,  l’étendue de la résistance à l’instauration du rite nouveau ».

En évitant systématiquement d’interroger les personnalités et les groupes bien connus qui militaient publiquement pour le maintien du rite traditionnel, les évêques répondent à l’administration vaticane « qu’ils ne rencontrent ni ne connaissent de problèmes ». Les paisibles fidèles et les dirigeants circonspects d’Una Voce France sont eux-mêmes éconduits. Ils le racontent dans leurs bulletins. L’histoire garde leur témoignage.

Toutefois on ne peut cacher éternellement la vérité. L’occupation de saint Nicolas du Chardonnet par M l’abbé Coache, aidé de Mgr Ducos Bourget, le Père Serralda…est dans la mémoire de tous. Même à l’étranger on parle de cette église, de cette occupation. Elle est comme un phare, une lumière, dira Mgr Lefebvre.

§-2-La lettre de l’indult du 3 octobre 1984.

Aussi de guerre lasse, le 3 octobre 1984, dans une lettre intitulée Quattuor abhinc annos, en raison des premiers mots de cette lettre circulaire, la Congrégation pour le culte divin accorde finalement un indult en faveur de la messe tridentine.

§-3-Son analyse.

C’est un premier recul, une première hésitation des autorités ecclésiastiques, une première variation. Voilà quinze ans, déjà, que le combat dure…
Dans cette lettre de la Congrégation pour le culte divin il est écrit :

« Excellence révérendissime

Voici quatre ans, sur l’ordre du Souverain Pontife Jean-Paul II, les évêques de l’Église universelle furent invités à présenter un rapport :

  • Sur la manière dont les prêtres et les fidèles ont reçu dans leurs diocèses le Missel promulgué par le Pape Paul VI, dans l’obéissance due aux décisions du Concile Vatican II ;
  • Sur les difficultés apparues dans la mise en oeuvre de la réforme liturgique ;
  • Sur les résistances à surmonter.

Le résultat de la consultation a été communiqué à tous les évêques (cf. Notitiae, n. 185, décembre 1981). Après examen de leurs réponses, il a semblé que le problème de ces prêtres et fidèles qui demeuraient attachés au rite qualifié de « tridentin » se trouvait presque entièrement résolu.

Mais comme le problème subsiste, le Souverain Pontife lui-même, désireux d’aller au-devant de ces groupes, concède aux évêques diocésains la faculté d’user d’un indult par lequel les prêtres et les fidèles qui seront indiqués explicitement dans une demande à adresser à leur évêque, pourront célébrer la messe en utilisant le Missel romain selon l’édition typique de 1962, les normes qui suivent étant toutefois observées :

a) Qu’il soit établi sans ambiguïté et même publiquement que le prêtre et les fidèles en question n’ont aucun lien avec ceux qui mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du Missel romain promulgué en 1970 par le Pontife romain Paul VI.

b) Que cette célébration ait lieu seulement pour l’utilité de ces groupes qui le demandent ; de même [qu'elle ait lieu] dans les églises et oratoires que l’évêque diocésain aura désignés (mais non dans les églises paroissiales, à moins que l’évêque ne l’ait concédé dans des cas extraordinaires); et cela aux jours et aux conditions déterminés par l’évêque lui-même, soit de manière habituelle soit pour des cas précis.

c) Qu’une telle célébration ait lieu selon le Missel de 1962 et en langue latine.

d) Qu’il n’y ait aucun mélange entre les rites et les textes de l’un et l’autre missels.

e) Que chaque évêque informe cette Congrégation des autorisations qu’il aura accordé et que, un an après la concession de cet indult, [il l'informe] des résultats obtenus par son application.

Cette autorisation, signe de la sollicitude dont le Père commun entoure tous ses fils, devra être appliquée sans qu’aucun préjudice ne soit porté au déroulement de la liturgie qui doit être observé dans la vie de chaque communauté ecclésiale.

Je profite de cette circonstance pour vous assurer, Excellence révérendissime, de tout mon dévouement dans le Seigneur.

† A. MAYER,  archevêque tit. Satriano, Pro-préfet

† Vergilius NOE, secrétaire.

Cet indult est capital. Il faut le garder en mémoire et ne jamais oublier qu’il sera pendant longtemps, trop longtemps, au cœur et de la pratique de l’Eglise, disons, de sa stratégie avec les groupes désirant garder l’usage de la messe traditionnelle et de sa législation concernant son octroi. Ce ne sera jamais qu’une concession.

Quoi qu’il en soit, il est le résultat de la résistance catholique. Il fallut batailler pour en bénéficier. C’est une loi. Une loi de vie.

Rome concède l’usage de la messe traditionnelle. C’est le premier retour de la messe de saint Pie V dans l’Eglise. La messe traditionnelle n’est plus tout à fait interdite, il y a un progrès ou plutôt un léger moindre mal. Comme l’écrit immédiatement Jean Madiran dans Itinéraires de décembre 1984 (n° 288) : « on avait voulu la supprimer, on y avait échoué »

Toutefois s’il y a progrès, léger moindre mal, la situation n’est nullement satisfaisante. Car cette messe demeure dans l’Eglise une messe suspecte, soumise à autorisation préalable (Itinéraires, dec 1984, n° 288). Ce qui est un scandale énorme et insensé…La messe dite de saint Pie V est tout de même une coutume immémoriale dans l’Eglise. Comment peut-elle être l’objet de condition préalable ? C’est un irrespect profond de l’être historique de l’Eglise. Une impiété.

§-4-Les conditions d’obtention de l’indult.

En  effet, des conditions strictes sont exigées pour son octroi et doivent être respectées et par l’évêque qui concède l’indult et par les fidèles qui en font la demande.

Ces célébrations ne pourront jamais se dérouler dans les églises paroissiales, sauf cas extraordinaire, mais toujours dans les églises ou oratoires nommément désignés par l’évêque. Il ne doit pas y avoir de mélange des rites et des textes de l’un à l’autre missel.

C’est normal.

Mais surtout et c’est la condition majeure, il faut qu’il soit bien établi et sans ambigüité et même publiquement (sine ambiguitate etiam publice) que le prêtre et les fidèles qui en font la demande n’ont aucun lien, aucun rapport, aucune connivence, « nullam partem » avec ceux qui « doutent » de la messe de Paul VI, très exactement avec ceux qui « mettent en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du missel romain promulgué en 1970 par le Pontife romain Paul VI »

§-5-Commentaire de jean Madiran.

Jean Madiran fit de cet indult de succulents commentaires. Il fit remarquer, entre autres, le caractère particulièrement offensant de ce « nullam partem », pour un acte que l’on présentait comme une main tendue, c’était une réussite !

Il écrivait :

« La contradiction la plus violente est entre le dispositif quasiment d’excommunication institué à l’encontre des traditionalistes et les sentiments attribués par deux fois au pape Jean Paul II. A la fin de son texte, la circulaire du saint Siège se donne comme le signe de la sollicitude du Souverain Pontife pour tous ses fils ; au début, elle précis même que le pape a voulu se montrer favorable aux groupes de prêtres et de fidèles qui demeurent attachés au rite traditionnel : ce qui a fait dire à la Croix du 17 octobre que c’était «  une main tendue aux chrétiens traditionnalistes » et simultanément, par la première des cinq conditions édictées, il est ordonné de n’avoir nullam partem avec eux. NULLAM PARTEM ! Toutes les traductions disent : « rien de commun », « rien à voir » ou « aucune connivences avec ceux qui doutent de la messe de Paul VI. J’ai opté pour une traduction un peu moins écrasante : les tenir à l’écart. De toutes façons, des parias. Ce n’est pas ce qu’on appelle habituellement une « main tendue » » (Itinéraires n° 288)

Tout son commentaire est sur ce ton. Vrai. Légèrement ironique : l’expression d’une souffrance ! Il eut un retentissement important auprès des fidèles.

§-6-Un recul pratique, nullement doctrinal.

Ajoutons que le Vatican concède l’usage de la messe traditionnelle, mais sans reconnaitre, pour autant, les déficiences doctrinales du nouveau rite. On le présente  toujours comme « légitime » et « de recta doctrina ». Ne bénéficieront pas de cet indult ceux qui doutent « de la légitimité et de la rectitude doctrinale du missel romain promulgué en 1970 par le Pontife romain Paul VI » c’est-à-dire, nous, bien sûr ! Ce qui fait dire à Jean Madiran cette remarque de bon sens : « les seuls admis à demander l’autorisation sont ceux qui n’ont aucun motif de le faire : en tout cas aucun motif religieux »

Ainsi Rome recule sur le plan pratique, nullement sur le plan doctrinal. Rome « libéralise »  la législation mais on ne change pas sur l’aspect doctrinal. Ce n’est toujours pas en raison des déficiences doctrinales du nouveau rite que l’on revient à la messe de toujours. C’est la pression des fidèles qui fait modifier la « pratique », nullement les considérations doctrinales. Et encore cherche-t-on à minimiser cette pression puisque on  présente cette concession « comme signe de la sollicitude du Pape, le Père commun entourant ses fils… » à l’’exclusion toutefois, nous l’avons dit, mais il faut le répéter, tant le combat fut rude et parfois odieux, de ceux qui s’y opposent encore pour des raisons théologiques.

§-7-Une stratégie !

Il y a dans ce texte, de plus, toute une stratégie, une « politique », peut-être une « ruse ». Une ruse pour diviser : on n’accordera l’indult qu’à ceux qui n’entretiendront pas de rapport avec ceux qui continuent de critiquer la réforme liturgique, donc avec Mgr Lefebvre et toutes les communautés amies.

Ce texte concède d’une certaine manière l’usage de la messe traditionnelle tout en cherchant, peut-être, à diviser le camp de la Tradition. Il faut chercher à arracher le plus de monde possible de l’influence de ce prélat, Mgr Lefebvre. Il faut l’isoler. Pour ce faire, une solution est proposée : donner la possibilité de la messe de toujours en restreignant au maximum les conditions d’obtention, à ceux seulement qui s’éloigneront de Mgr Lefebvre, qui le quitteront et qui reconnaitront « la légitimité et la rectitude de la réforme ». Rome donne d’une main pour reprendre de l’autre. La finalité de cette législation n’est ni noble ni belle. Il serait heureux d’oublier ce texte un jour, une bonne fois pour toutes…

§-8-Mais la messe revenait.

Quoi qu’il en soit, Jean Madiran avait raison d’intituler son article dans Itinéraires de décembre 1984 (n° 288) : la messe revient et d’écrire en conclusion :

« On avait voulu faire croire au peuple chrétien et au clergé catholique que la messe traditionnelle était abolie, qu’elle était interdite, quelle était morte. Cette imposture, contre laquelle nous travaillons depuis quinze ans, avait une sorte de cohérence globale, une brutale simplicité qui s’imposait aux prêtres et aux fidèles peu instruits ou mal informés. Il va être beaucoup plus difficile de faire croire que la messe n’est qu’à moitié abolie, frappée d’une interdiction à  éclipse et qu’elle est tantôt morte et tantôt non….A la nouvelle lâchée sur les antennes à partir du 15 octobre d’une circulaire datée du 31, l’opinion mondiale a compris que l’interdiction était levée et que la messe traditionnelle était à nouveau d’actualité : ni désuète ni enterrée. On avait voulu la supprimer, on avait échoué. L’opinion ne s’est pas trompée, elle a seulement anticipé sur le dynamise de la messe retrouvée, sans entendre ni vouloir entendre rien aux chinoiseries ésotériques que l’on prétend opposer encore à une libre célébration. La messe a survécu. La messe revient ».

§-9-L’attitude des évêques.

Il faut ajouter que cet indult ne fut concédé par les évêques aux fidèles le leur demandant qu’avec beaucoup de difficultés, en France principalement. Et c’est ainsi que la remarque de Jean Madiran, dans son commentaire est de la plus haute importance :

« Ceux qui reçoivent l’autorisation de concéder l’indult sont ceux qui n’ont aucune intention de la donner…En effet la circulaire du saint Siège n’est pas un décret autorisant, fut-ce sous conditions, la messe traditionnelle. Elle décrète autre chose. Elle concède aux évêques la faculté de l’autoriser ou de ne pas l’autoriser, selon leur bon plaisir pastoral. Or ils ont, dans leur grande majorité, manifestés depuis quinze ans une hostilité hargneuse à la messe de leur ordination. Ils ont, par la parole, par l’exemple, par toutes sortes de mesures et sanctions administratives,  montré qu’ils tenaient la messe nouvelle de Bugnini et de Paul VI en beaucoup plus haute estime. Ils n’ont aucune envie de se déjuger et d’autoriser une messe qu’ils déclarent dépassée, désuète, périmée. Obstacle à l’évangélisation et masquant ce qu’ils nomment « l’esprit de l’Evangile » 

Mais la messe revenait…Il fallait s’en réjouir.
Et de fait, c’est le temps où les monastères de Fontgombault et d’autres communautés reprennent la messe de saint Pie V, qu’ils avaient abandonnée par obéissance.  Et là, on pourrait dire: « Oh Obéissance, que de crimes a-t-on commis en ton nom! »… Quoi qu’il en soit,  le nombre de célébrations des messes traditionnelles ne cesse de croître.

Et sous ce rapport, l’indult était une bonne chose…
C’était le témoignage donné par le Supérieur Général de la FSSPX, M l’abbé Schmiberger.
D’autant que la reconnaissance de l’ancienne messe et de sa pratique créait, en même temps une situation instable qui, pour paraphraser un article de M l’abbé Barthe dans Catholica du printemps 2002, ébranlait l’ensemble conciliaire. Il ne faut jamais oublier cela.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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