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Histoire de la messe interdite (18)

publié dans un disciple le 7 février 2018


L’histoire de la messe interdite (18)

 

Livre 3

 

Chapitre 7

 

La Fraternité saint Pierre et la législation « Medina ».

de 1999  à  Février 2000

 

Section I : La situation de la Fraternité saint Pierre après le voyage à Rome, les 24 et 26 octobre I998.

 

On se rappelle que la Fraternité Saint-Pierre a été créée suite aux sacres conférés par Mgr Lefebvre le 30 juin1988. M. l’abbé Bisig, jadis membre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, et assistant du Supérieur Général , M l’abbé Schmitberger, en est un des fondateurs.

Dès sa fondation, elle a été érigée par Rome en Société Sacerdotale de droit pontifical.

Par l’Indult de Jean-Paul II, du 2 juillet 1988, Rome lui a concédé l’utilisation du Missel dit de « saint Pie X », « dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale de ses prêtres » et aussi afin « de respecter le désir spirituel de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine », se référant ainsi à l’indult Quatuor Abhinc Annos du 3 octobre 1984.

 

Les membres de la Fraternité Saint-Pierre s’en sont vivement réjouis. Ils pensaient qu’ils ne seraient pas ainsi obligés de célébrer le Saint Sacrifice de la Messe dans le rite de Paul VI.

 

Cependant, les évêques diocésains acceptaient leur présence dans leur diocèse à la condition que les prêtres de la Fraternité Saint-Pierre et autres communautés dépendant de la « Commission Ecclesia Dei Adflicta » ne refusent pas de célébrer de temps en temps et particulièrement lors de la Messe Chrismale du Jeudi-Saint, le nouveau rite.

 

Lors de leur congrès à Rome pour fêter les dix ans de l’Indult, les 24 et 26 octobre 1998, ces communautés se sont plaintes, particulièrement au Cardinal Ratzinger, des difficultés qu’ils rencontraient à ce sujet.

Beaucoup d’entre elles pourtant acceptaient pour leurs membres le bi-ritualisme, du moins sa pratique. C’étaient  par exemple l’attitude de Dom Gérard, de Dom Forgeot, de Dom de Lesquen, tous Pères Abbés de monastères bénédictins. J’ai vu personnellement Dom Forgeot célébrer le nouveau rite pour les obsèques de M Marcel Clément, à Paris…Un jour, célébrant moi-même la messe tridentine au monastère de Dom Gérard, un voisin prêtre y célébrait le rite nouveau…

 

La Fraternité Saint-Pierre semblait plus ferme.  Ni M. l’abbé Bisig, Supérieur Général de la Fraternité Saint- Pierre, à l’époque, ni M. l’abbé Denis Coiffet, supérieur de District de France, à la même époque,  ne désiraient que les membres de leur Société Sacerdotale ne célèbrassent la Nouvelle Messe. Ils ne semblaient pas faire cependant l’unanimité chez eux.  Ainsi M. l’abbé Denis Le Pivain, ancien Supérieur de District, acceptait volontiers, quant à lui, cette solution. Il était sur le point de l’accepter dans ses pourparlers avec l’Evêque de Mende, ce que n’accepta pas M. l’abbé Bisig qui le remplaça à son poste de Supérieur de District par M. l’abbé Denis Coiffet, certainement plus ferme.

 

D’autres prêtres de la Fraternité Saint- Pierre, en particulier ceux installés à Perpignan suivaient plus volontiers la position de l’abbé Denis Le Pivain.

 

C’est dans cette situation un peu confuse et difficile que trois questions furent posées à Rome concernant la célébration de la Nouvelle Messe par les prêtres des communautés sacerdotales ou religieuses dépendant de la commission « Ecclesia Dei Adflict ».

 

1. Ces prêtres peuvent-ils célébrerla Nouvelle Messe?

2. Les autorités de ces sociétés de quelque dignité qu’elles soient peuvent-elles interdire à leurs prêtres de célébrer la Nouvelle Messe?

3. Peuvent-ils aussi concélébrer dans le nouveau rite?

 

Rome a répondu à ces trois questions le 3 juillet 1999.

 

C’est un texte émanant de la Congrégation du Culte divin. Il est signé de son préfet, le Cardinal Medina, et de son secrétaire, Tamburrino, et il a pour titre: « Réponse officielle »

 

§-1 Voici le texte du cardinal Medina:

 

« Après le décret sur le renouvellement de la liturgie par le Concile Vatican II, se sont manifestés certains groupes de fidèles catholiques fortement attachés à la beauté de la liturgie romaine traditionnelle qui existait précédemment. Ces groupes – c’est-à-dire ceux qui sont restés en pleine communion avec l’Église catholique et son chef – exprimèrent le désir de garder le Missel romain de saint Pie V anciennement utilisé. Sa Sainteté Jean-Paul II, touché dans sa paternelle charité par le sens liturgique et religieux de tels groupes, vint à leur aide, et leur permit d’utiliser le Missel romain de 1962, dans la mesure où l’Ordinaire du lieu donne son accord.

Le Souverain Pontife lui-même demanda également aux évêques d’accueillir de bonne grâce et généreusement les fidèles profondément attachés à ce rite d’avant le Concile et manifestant en même temps une sincère adhésion au chef de l’Église et une parfaite obéissance aux pasteurs légitimes. Ce désir est énoncé dans le Motu Proprio« Ecclesia Dei Adflicta » du Souverain Pontife (2 juillet 1988, AAS 80 (1988/1495-1498)).

 

Des questions relatives au pouvoir et aux empêchements liés à l’Indult concédé par l’autorité légitime permettant d’utiliser le Missel romain de 1962 sont parvenues à cette Congrégation. Le Conseil Pontifical de l’Interprétation des Textes ayant répondu à ces questions, la Commission Pontificale « Ecclesia Dei » a examiné ces réponses selon son devoir et les a approuvées. Nous en communiquons les textes sous forme de réponses aux questions

posées.

 

1.Un prêtre, membre d’une communauté qui jouit du pouvoir de célébrer la Messe selon le rite en vigueur avant le renouvellement liturgique du Concile Vatican II, voulait savoir si le Missel romain promulgué par le Souverain Pontife Paul VI pouvait être librement utilisé lorsqu’il célèbre le Sacrifice Eucharistique pour le bien des fidèles, ne serait-ce qu’occasionnellement, dans une paroisse où est célébrée la Messe selon le Missel de Paul VI.

 

Réponse : Oui avec précision pour mémoire :

La raison consiste en ce que, vu que l’usage du Missel pré-conciliaire n’est concédé que par Indult, demeure le droit liturgique en faveur du rite romain commun, selon lequel le Missel en vigueur est celui promulgué par le Concile Vatican II. Bien plus, le prêtre cité plus haut doit célébrer selon le Missel d’après le Concile, si la célébration a lieu dans une communauté qui utilise le rite romain d’aujourd’hui, afin qu’il ne survienne pas un certain étonnement et un certain malaise chez les fidèles et pour que lui-même, disponible, soit une aide pour ses confrères prêtres qui réclament ce service de charité pastorale. Dans les communautés accoutumées au Missel d’aujourd’hui, l’usage du Missel précédent entraînerait quelques difficultés (exemples : différences dans le calendrier liturgique, désaccord des textes liturgiques pour la liturgie de la Parole, différences dans les gestes catholiques, dans la façon de recevoir la Sainte Communion, dans les rôles des servants, etc.).(ndlr : Vous admettrez qu’ils n’ont pas eu tant de délicatesse lorsqu’il a fallu faire disparaître la liturgie « ancienne ! Deux poids deux mesures !)

 

2. Les supérieurs – de quelque dignité qu’ils soient – des communautés qui bénéficieraient de l’Indult permettant d’utiliser le Missel Romain de 1962 pour la célébration du Sacrifice Eucharistique peuvent-ils interdire aux prêtres de leurs instituts l’usage du Missel romain d’après le Concile, alors que ceux-ci célèbrent pour le bien des fidèles, même si occasionnellement, dans une communauté où le Missel romain est utilisé ?

 

Réponse : Non, parce que l’usage du Missel romain de 1962 est accordé par l’Indult pour l’intérêt des fidèles qui sont attachés par un lien particulier au rite romain d’avant le Concile Vatican II, et un usage de ce genre ne peut pas être imposé aux communautés célébrant la Sainte Eucharistie selon le Missel et les réformes du Concile Vatican II, communautés envers lesquelles, d’ailleurs, les Supérieurs de tels Ordres n’ont aucune autorité.

 

3.Un prêtre, membre d’un Ordre qui bénéficie de l’Indult, peut-il, sans inconvénient concélébrer une Messe dite selon le rite romain d’aujourd’hui ?

 

Réponse: Oui, parce que l’Indult accordé aux prêtres n’enlève pas le droit commun liturgique de célébrer le rite romain selon le Missel Romain en vigueur. C’est pourquoi un Supérieur ou un Ordinaire ne peut ni ne doit lui interdire la concélébration. Au contraire, il est louable que ce prêtre précité concélèbre librement, surtout lors de la Messe du Jeudi-Saint que préside  l’Evêque diocésain. Bien « qu’il soit toujours donné la possibilité à ce prêtre de célébrer la Messe seul, mais pas en même temps et dans la même église, ni le Jeudi-Saint » (cf. Conc. Vat. II Const. De Sacra Liturgia Sacrosanctum Concilium, n.57, § 2,2). Le signe de communion, mis en relief par la concélébration, est si fort à la Messe Chrismale qu’on ne doit jamais renoncer à concélébrer, sauf raison grave (cf. ibidem, n.57, § 1, Ia).

 

Pour la Congrégation du Culte Divin et de la Discipline des Sacrements, le 3 juillet 1999.

Georgius A Card Medina Estavez, praefectus

Franciscus Pius Tamburrino, Archiepiscopus a Sacratis

 

 

§-2 : Analyse

 

Avec ce texte, le Vatican met ainsi la Fraternité Saint-Pierre devant un vrai dilemme, une vraie difficulté : l’obligation d’accepter, dans certaines circonstances, de célébrer la Nouvelle Messe. La Rome conciliaire ne lui retire pas « la concession » de l’ancienne liturgie, mais l’oblige aussi au nouveau rite. « Si Rome précipite la chose… c’est l’implosion ».

 

Je ne pensais pas si bien dire. La Fraternité Saint-Pierre est dans tous ses états. C’est le « branle-bas de combat ». C’est l’opposition à l’interieur, une opposition terrible.

 

§-3 La lettre de M l’abbé » Le Pivain.

 

Il vient de nous être communiqué, en effet, une lettre signée par une quinzaine de prêtres de la Fraternité Saint-Pierre, adressée au Cardinal Felici, Président de la Commission Pontificale « Ecclesia Dei Adflicta », en date du 29 juin 1999.

 

Cette lettre est une requête pressante adressée au Cardinal Felici et ultimement au Souverain Pontife qui a une juridiction immédiate sur tous les fidèles. Ces prêtres – et son rédacteur vraisemblablement Monsieur l’abbé Denis Le Pivain, rien moins qu’un assistant du Supérieur Général – n’ont pas même averti de cette démarche leur supérieur légitime… Ils demandent d’une façon urgente à Rome d’intervenir. Il y a un risque réel en leur sein – écrivent-ils – de trop de « traditionalisme ». Et il y a danger car un Chapitre Général est en préparation pour l’été. Or, les membres élus à ce chapitre sont, semble-t-il, bien « trop durs » et, en tout cas, opposés fermement à toute adaptation du rite de 1962 aux souhaits des Pères conciliaires.

Les signataires affirment : « A l’occasion des élections préparatoires au Chapitre Général de la Fraternité Saint-Pierre prévues pour l’été 1999, la totalité des membres élus compose un groupe fermement opposé à toutes adaptations du rite de 1962, aux souhaits des pères conciliaires, y compris celles admises jusque-là, comme à tout signe liturgique concret d’unité avec l’Évêque du lieu, au profit de la stricte sauvegarde d’une position ecclésiale parallèle et marginale ». Oh, que c’est mauvais tout cela, que ça sonne dangereusement. Et « Pourtant un tiers environ des membres de la Fraternité Saint-Pierre… » serait beaucoup plus ouverts… au moins les signataires de cette lettre et pas des moindres, un assistant du Supérieur Général, un économe du Supérieur de District…

 

Nos signataires donnent alors un tableau de la situation de « leurs frères adversaires ». C’est terrible. C’est même déloyal, suspicieux. Ce n’est ni beau, ni noble.

Voyez vous-même.

 

Leurs amis – les durs – seraient peu fidèles à l’enseignement du Pontife actuel, à sa largeur de vue, n’en comprendraient peut-être pas même l’esprit. Ils seraient même touchés par l’esprit schismatique qui, en1988, aemporté au « diable » Mgr Lefebvre et ses fidèles. Ils se durcissent chaque jour davantage. Leur attitude en matière liturgique en serait la preuve. Ils

ne seraient pas opposés à créer – de nouveau – un groupe ecclésial « parallèle, marginal »…

Ils auraient – eux aussi – comme Mgr Lefebvre et ses prêtres « une notion incomplète et contradictoire de la Tradition ». Pas moins ! « Ils disent pourtant vouloir être dociles au Magistère ».

Défiez-vous en, Éminence. Ils disent mais ne le veulent pas et ne le font surtout pas.

Quel procès d’intention ! C’est vraiment déloyal… C’est une sale affaire ! Ils sont vraiment opposés au Magistère de l’Église, et cette opposition n’est pas seulement liturgique, ni vraiment doctrinale – pensez, ils ne travaillent pas les sujets « considérés comme litigieux en 1988 ». Leur opposition est seulement psychologique, voire sociologique. Les pauvres !

Et tout cela, Éminence, crée « une exacerbation croissante, des tensions », entre nous.

 

Je l’imagine bien volontiers. On connaît cela. En 1974-1976, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a connu ces mêmes tensions. C’est insupportable !

Oui vraiment, Éminence, il faut intervenir très vite car il y a « une constante progression vers un esprit de séparatisme ». Le schisme est à l’horizon.

 

Et, qui plus est, ces mêmes personnes se prennent à douter de vous. « Un manque de confiance en l’Église » s’insinue dans nos rangs comme en 1988 dans la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Ils crachent sur tout le monde… sauf sur eux, bien sûr. Ils se présentent comme les sauveurs de la Fraternité Saint- Pierre.

 

Tout cela est à prendre au sérieux, Éminence.  La Fraternité sacerdotale saint Pie X est dans le « collimateur » : « On peut craindre la même évolution pour la Fraternité Saint-Pierre ».

Vous imaginez le désastre. Et ces messieurs finiront par « entraîner, dans cet état d’esprit, des vocations et de nombreuses familles jusque-là étrangères à cette mentalité ».

 

Et comme preuve de cet esprit schismatique, nos « bons » abbés constatent que la préparation du Jubilé de l’an 2000 ne trouve même pas d’écho dans leurs séminaires, ni l’exhortation apostolique « Pastores dabo vobis ».

 

Pensez également, Éminence, ce groupe « d’intégristes » et son chef, M. l’abbé Bisig et son Supérieur de District, M. l’abbé Coiffet – honneur à eux !– ne veulent pas célébrer – ne serait-ce que de temps en temps – la Nouvelle Messe. Ils refusent toujours « les quelques aménagements liturgiques indispensables », que vous souhaitez… et c’est ainsi qu’ils ne veulent pas s’installer dans les paroisses diocésaines lorsqu’un Évêque d’un diocèse le leur propose et leur demande de célébrer, en paroisse, la Nouvelle Messe. Ce fut le cas de Mgr Thomazeau. Et ce qui est terrible et consternant, « surprenant » – c’est leur mot – c’est que les jeunes séminaristes qui n’ont pas connu Mgr Lefebvre, sont « fascinés » par sa personnalité et « veulent faire de la Fraternité Saint-Pierre la réplique exacte de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, les sacres en moins mais le droit pontifical en plus ».

 

Je trouve cela particulièrement odieux !

 

Les signataires de cette lettre multiplient les preuves :

• « les jeunes séminaristes refusent impunément de servir les messes des professeurs de passage – aux séminaires – qui célèbrent selon le Novus Ordo Missae ». C’est très bien. Il faut les encourager et ne les en point blâmer. On fait de même ailleurs…

• « Ils refusent de chanter le Pater… ». À Chartres, lors de leur pèlerinage, il dut y avoir des problèmes sur ce sujet. « Mgr Guillaume, Évêque de Saint-Dié, en fit la triste expérience lors du dernier pèlerinage de Chartres », écrivent-ils. Vous vous rendez compte !

Ils affirment : « La concélébration autour de l’Évêque – évidemment dans le nouveau rite – quelles qu’en soient les circonstances, passe pour une atteinte à l’unité de la Fraternité et un délit grave ». Si c’est vraiment le cas… On s’en réjouit… Mais alors comment vont-ils accepter la troisième décision du Cardinal Medina dans son texte du 3 juillet ?

Question 3: « Un prêtre, membre d’un ordre qui bénéficie de l’Indult, peut-il sans inconvénient concélébrer une Messe dite selon le rite romain d’aujourd’hui ? » – la Nouvelle Messe.

 

Réponse : « Oui, parce que l’Indult accordé aux prêtres n’enlève pas le droit commun liturgique de célébrer le rite romain selon le missel romain en vigueur. C’est pourquoi un Supérieur ou un Ordinaire ne peut ni ne doit interdire la concélébration. Au contraire, il est louable que ce prêtre précité concélèbre librement, surtout lors de la messe du Jeudi-Saint que préside l’Évêque diocésain ».

Vous imaginez, Éminence, la situation !

 

Une opposition à la Rome conciliaire d’une partie non négligeable des séminaristes. Mais où allons-nous ! Une opposition entre eux : les uns, pour la concélébration, les autres, contre cette concélébration. C’est l’implosion !

 

Et ça va loin. « Certains membres de la Fraternité ayant concélébré, ont été sanctionnés ; pour éviter ce désagrément et ne pas être atteint par l’opprobre de leurs confrères, d’autres se voient dans l’obligation de cacher cet acte répréhensible.

Avant la tonsure, les candidats doivent désormais s’engager à ne pas concélébrer sous peine d’exclusion ».

 

Ils leur reprochent enfin leur fidélité à la liturgie tridentine, « fidélité au rite de 1962 ». Ils se réfugient frileusement, disent-ils, sur « les actes fondateurs ». Nous en reparlerons mais pour la vérité, il faut ajouter tout de suite qu’ils n’oublient pas cependant les critiques doctrinales sur le Novus Ordo Missae. Nous venons de le voir.

 

Ces terribles censeurs reprochent au Supérieur Général, de plus, son mode de gouvernement. Il se passe régulièrement de l’avis du Conseil Général. « Nous nous inquiétons encore d’un dysfonctionnement grave dans l’exercice du pouvoir du Supérieur Général qui se passe régulièrement de l’avis du Conseil Général pour agir seul ». C’est cette phrase qui me permet de dire que le rédacteur de cette abominable lettre est Monsieur l’abbé Le Pivain, Assistant du Supérieur général. Il a un visage toujours fermé et froid. Il a le cœur dur. C’est ainsi que je le voyais quand il vint frapper à la porte de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. J’ai parfois l’œil perspicace. C’est ainsi aussi que je le voyais lorsque j’arrivais à Rome le 24 octobre 1998, à l’entrée de la salle de conférence où avait pris place le Cardinal Ratzinger. J’avais le sourire au visage, il avait l’œil dur. C’est ainsi que je le vois encore dans la rédaction de cette lettre.

 

Ils présentent ensuite leurs confrères comme se « raidissant » comme se durcissant de plus en plus. C’est moche ! Alors qu’eux, l’aile triomphante, veulent s’ouvrir toujours plus à l’esprit conciliaire, en pleine « sérénité » et même « joyeusement ».

Le cardinal sait ainsi quel camp il doit choisir.

 

Oui, vraiment cette lettre est odieuse.

 

Arrive alors « le clou » de la lettre. Ce sont deux paragraphes sur Monsieur l’abbé Aulagnier, le fauteur de trouble. Je n’en crois pas mes yeux… Ma carrière est vraiment compromise…

« Après les rencontres romaines d’octobre, l’abbé Aulagnier, l’un des premiers membres de la Fraternité Saint-Pie X, pouvait féliciter l’abbé Bisig de son intransigeance en matière de concélébration, et décerner un blâme véhément à Dom Gérard Calvet qui annonçait avoir concélébré, le 27 avril 1995, avec le Saint-Père dans un esprit de paix et de communion ».

 

Eh, mon brave ! Ce n’est pas ce que j’ai dit ! Je ne blâme pas Dom Gérard d’avoir un « esprit de paix et de communion » et de vouloir le manifester. Je le blâme d’avoir assisté – fut-ce même avec le Pape – à la Nouvelle Messe et plus encore, je le blâme d’avoir dit – pour se justifier – qu’elle est « orthodoxe », c’est-à-dire qu’elle est conforme en tout point à la doctrine catholique et donc qu’elle ne s’éloigne pas, peu ou prou, de la foi catholique. Que fait-il alors de la doctrine de l’article 7? Il était tellement peu orthodoxe… que Rome dut le modifier, sans

changer pourtant le rite de la messe.

À ce sujet, le Révérend Père de Blignières – mon vis-à-vis lors du « fameux repas romain » du 24 octobre dernier – parlera, lui, plus tard, en juin 1999 – de « non-hétérodoxie » du rite nouveau. Il a des trouvailles merveilleuses – orthodoxie, non-hétérodoxie – mais il reconnaît toutefois qu’il ressent, lui aussi, « des difficultés » par rapport au rite. Il l’affirme dans un article important publié dans sa revue Sedes Sapientiae, n° 68, de l’été 1999.

Nous y reviendrons.

 

Donc, j’aurais félicité l’un, l’abbé Bisig et blâmé l’autre, le révérendissime Père Abbé, Dom Gérard Calvet. C’est vrai. Et ils concluent – ça, c’est encore la signature de Monsieur l’abbé Denis Le Pivain – : « Ce blâme, abondamment et tristement repris dans les rangs de la Fraternité Saint-Pierre, spécialement à la suite de la déclaration motivée du Père Abbé du Barroux de poursuivre dans cette voie, est venu troubler la sérénité d’un grand nombre de fidèles ».

 

De vous à moi, je n’en suis pas mécontent.

Que n’ai-je pas entendu sur ce voyage romain, chez moi !!! Il ne fut pas, finalement, si inutile que cela…

 

Ainsi, la Fraternité Saint-Pierre se trouve aujourd’hui « à la croisée des chemins », inquiète, agitée. « Cette inquiétude se généralise en ce moment », écrivent nos signataires. Les fidèles sont dans l’expectative. Ils « se demandent quelle route elle prendra ». Nous aussi.

On ne joue pas indéfiniment avec le feu sans se brûler…

 

C’est le moment de la conclusion.

 

Quelles vont être les demandes de la supplique ? Nous allons le savoir d’ici quelques lignes. Mais auparavant, l’abbé Le Pivain, dans un ultime effort de synthèse, précise la position des demandeurs : « Nous vénérons la Tradition liturgique latine. Nous remercions Rome de nous en avoir laissé le libre usage. Pour autant, nous ne remettons pas en cause l’orthodoxie du Novus Ordo Missae. Mais nous affirmons refuser – pour nous – le bi-ritualisme : nous ne voulons pas d’un biritualisme qui aggraverait la situation »… Sans nous définir pour autant « être prêtre pour un rite ». Nous le sommes « pour l’Église et pour les âmes ».

 

Attention, cette phrase est périlleuse !

 

Enfin, la conclusion arrive.

« Nous vous supplions… d’intervenir… et nous vous demandons le report du Chapitre prévu pour l’été prochain, l’envoi d’un visiteur canonique pour la Fraternité tout entière qui puisse rendre compte de l’exacte vérité, la nomination urgente d’un Administrateur Apostolique qui prenne en main la destinée de notre Société. L’Église est mère ».

 

Elle est aussi « maîtresse… ». C’est du joli tout ça !

 

§-4 La réaction romaine

 

Qu’a fait Rome devant cette supplique ? Que va faire Rome devant une telle situation ?

 

Rome a interdit la tenue du Chapitre Général. Il est reporté sine die. Ils sont tous – semble-t-il – convoqués au Vatican en novembre prochain… Monsieur l’abbé Bisig nous l’apprend dans sa Lettre aux Amis et Bienfaiteurs. Des auditeurs libres seront-ils autorisés ? Je suis candidat… mais je ne le pense pas !

 

Lettre de la Commission Pontificale Ecclesia Dei

Protocole N. 512/9

Rome, 13 juillet 1999

 

Très Révérend Père Joseph Bisig,

Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre

 

Cher Monsieur l’abbé,

Vous n’ignorez sûrement pas l’action entreprise par un groupe de prêtres de la Fraternité Saint-Pierre qui ont présenté un recours formel au Saint-Siège ce 29 juin dernier. Dans ce recours, ils déclarent leur opposition sur les points suivants :

 - la direction actuelle de la Fraternité en matière liturgique et vis-à-vis de la mise en œuvre des lignes directrices du second concile du Vatican,

- la convocation du Chapitre Général prévu pour cette année, dans la manière de préparer l’élection des participants à cette élection qui, d’après les opposants, est destinée à perpétuer cette direction en l’insérant définitivement dans les constitutions,

- la manière de gouverner la Fraternité, qui tend à réduire au silence toute voix opposée à la direction actuelle et qui n’encourage pas la compréhension mutuelle entre les membres, mais qui comporte le danger que la Fraternité ne s’isole totalement dans l’Église.

Étant donné le nombre important de signatures de ce recours, équivalent à environ un tiers de membres incardinés de l’institut, et, étant donné la gravité des problèmes invoqués, il est impossible que cette Commission pontificale ne prenne cette action en considération. Les faits énumérés dans la lettre de recours s’ajoutent à d’autres venus récemment à la connaissance

de cette Commission pontificale.

Pour ces raisons, cette Commission pontificale a décidé d’agir sans délai, de façon à éviter toute conséquence négative ou dommageable à la Fraternité elle-même et pour œuvrer à  l’intégration des fidèles traditionalistes dans la réalité de l’Église.

La racine de ces présentes difficultés semble être le manque de confiance dans la hiérarchie de l’Église à tous les niveaux, du Saint-Siège aux évêques. Peut-être y a-t-il comme fondement de cette attitude un certain dédain/défiance de l’œuvre du second Concile du Vatican qui implique par-dessus tout, la liturgie réformée par le Pape Paul VI à la fin de ce Concile. Le refus de toute concélébration de la messe célébrée suivant le rite actuel en est malheureusement la manifestation. Comme cela est bien connu, un tel manque de confiance a été à l’origine du schisme de Mgr Lefebvre et persiste encore. C’est notre devoir de prendre les mesures préventives pour éviter une évolution similaire dans votre institut.

Ayant consulté la Congrégation pour la doctrine de la foi et avec son agrément, cette Commission pontificale exerçant l’autorité du Saint-Siège sur la Fraternité Saint-Pierre, en vertu des facultés qui lui ont été données pour cela par le Souverain Pontife Jean-Paul II, a décidé ce qui suit :

1 – L’autorisation donnée le 3 mars 1999 (Prot. 443/99) de pouvoir anticiper le Chapitre général de la Fraternité Saint- Pierre d’un an et de le tenir durant l’été de la présente année, est reportée.

2 – Une assemblée de tous les membres incardinés de la Fraternité sera convoquée durant l’automne 1999, à Wigratzbad, Rome ou même quelque part ailleurs. Cette assemblée aura comme but la discussion des questions disputées d’ecclésiologie et de liturgie, dans un libre-échange d’idées sous la présidence du Cardinal Président de la Commission ou son délégué. Le Cardinal Président prendra, à la fin, les dispositions pour le futur, non seulement pour le futur du gouvernement de la Fraternité mais aussi pour la pratique liturgique, qui gardera certainement l’identité liturgique, garantie par indult, accordée à la Fraternité au moment de sa fondation.

3 – En attendant cette assemblée – qui ne requiert aucune publicité ou discussion antécédente parmi les prêtres et encore moins parmi les séminaristes – vous êtes tenu de ne traiter que les affaires courantes de l’Institut et de vous abstenir de tout changement qui n’est pas strictement nécessaire.

Cette Commission pontificale espère que, comme Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale, vous collaborerez avec elle pour rétablir la paix interne de la Fraternité et pour garantir en elle, un développement sain qui, tout en maintenant sa spécificité, donnera la possibilité de trouver sa place parmi les autres instituts de vie consacrée et de vie apostolique.

Veuillez accepter, M. le Supérieur Général, l’expression de ma

haute considération.

Angelo Cardinal Felici, Président

Camillo Perl, Secrétaire

 

 

 

Monsieur l’abbé Bisig semble toujours, aujourd’hui, à la tête des troupes. Il a publié une belle lettre que vous pourrez lire, in extenso.

 

§-5 Réponse de M l’abbé Bisig

 

Lettre de M l’abbé Bisig

 

Lettre de Monsieur l’abbé Bisig

aux membres et amis de la Fraternité Saint-Pierre

Chers membres et amis de la Fraternité,

 

Aujourd’hui, la plupart d’entre vous sont au courant des récents développements de notre Institut. Le but de cette lettre est de vous informer avec précision, pour prévenir votre inquiétude, due à la circulation de nombreuses rumeurs. L’ennemi de l’homme est toujours prêt à troubler les eaux et à causer confusion et découragement. Il y a deux événements dont je souhaiterais vous entretenir.

Il s’agit d’abord du Protocole 1411-99, issu de la Congrégation pour le Culte Sacré, en réponse à certaines questions sur l’usage du Nouvel ordo Missae (N.O.M.) par les prêtres attachés à la liturgie romaine traditionnelle. Ensuite, la tenue du Chapitre Général de la Fraternité, prévue ce mois d’août et qui sera remplacée par la convocation d’une assemblée plénière pour le mois de novembre prochain. Tout d’abord, laissez-moi vous assurer de notre engagement à maintenir l’intégrité des principes fondateurs et des buts de la Fraternité Saint-Pierre. Ces principes, basés sur le Protocole d’accord du 5 mai 1988, signé par le Cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre, comprennent un ministère sacerdotal exercé pour le bien de l’Église entière, par l’utilisation des livres liturgiques du rite romain de 1962. Les raisons à cela sont doubles : l’une, que nous pouvons dire positive, et l’autre, négative.

 

Positivement, le Saint-Siège a voulu que nous servions l’Église en rendant témoignage de la Tradition éternelle de la liturgie romaine à une époque de rapides changements liturgiques.

Négativement, le Saint-Siège nous a permis d’entamer une étude sereine et ouverte des objections et réserves que nous émettions vis-à-vis de certaines réformes liturgiques entérinées après le Concile Vatican Il. Grâce à une large et généreuse application du Motu Proprio de Jean-Paul II, « Ecclesia Dei Adflicta», le Saint- Siège a jusqu’ici béni le travail de la Fraternité et des autres membres attachés à la liturgie romaine traditionnelle.

En dépit de cette générosité, la Fraternité Sacerdotale Saint- Pierre a subi ces dernières années des pressions de plus en plus fortes pour obtenir, sinon qu’elle célèbre le N.O.M., du moins, qu’elle permette à ses membres de le faire dans des circonstances particulières.

En tant que Supérieur de la Fraternité, j’ai toujours découragé ces tentatives en de multiples occasions : fidélité à notre mission propre à l’intérieur de l’Église, préservation de la tranquillité et de la paix parmi nos fidèles et nos membres, consolidation et identité de notre apostolat, unité de notre vie et discipline communautaire selon nos constitutions.

 

Notre engagement dans la liturgie romaine traditionnelle a été l’occasion pour certains, de donner du crédit au soupçon non fondé selon lequel la Fraternité rejetterait la validité du N.O.M. De plus, certains évêques et des conférences épiscopales ont insisté pour obliger à limiter sévèrement l’activité pastorale de la Fraternité, à cause de notre préférence pour le maintien de l’ancien rite liturgique dans notre ministère.

 

Finalement, à une époque où la concélébration est devenue la principale (parfois même la seule) expression de l’unité ecclésiale, notre volonté de vivre dans l’unité avec tous les catholiques, selon les anciens us et rites, a été vite mal interprétée.

 

Suite à ces difficultés et malentendus, certains de nos prêtres, particulièrement en France, ont exprimé le désir de célébrer occasionnellement le N.O.M. Bien qu’ils aient été poussés essentiellement par le zèle apostolique, au regard de ce que l’on pourrait considérer comme une limitation injuste de leur ministère face aux vastes besoins des fidèles, les supérieurs de la Fraternité ont découragé une telle initiative, dans le souci du bien commun de notre institut.

 

Je crois que notre mission particulière au service de la hiérarchie et des fidèles n’est plus tant l’expansion quantitative de notre apostolat que le témoignage qualitatif de l’héritage liturgique immémorial de l’Église.

 

Cette situation a conduit des prêtres, dont un petit groupe de nos membres, à soumettre, sans m’en informer, un recours officiel à la Commission Ecclesia Dei, le 29 juin de cette année.

 

Après cet exposé de la situation, deux points nous intéressent maintenant :

· la « Réponse officielle » de la Sacrée Congrégation pour le Culte Divin, en date du 3.7.99, Protocole 1411-99,

· la tenue du Chapitre Général de la Fraternité, remplacé par la convocation en assemblée plénière de tous nos membres, à Rome, au cours du mois de novembre.

 

Pour le bien de l’Église et de notre Fraternité, j’ai entrepris des démarches appropriées et légitimes pour engager les autorités compétentes à reconsidérer toutes ces mesures. En réalité, notre désir le plus vif est que l’assemblée plénière de novembre soit l’occasion d’un échange honnête et respectueux de nos difficultés concernant certaines réformes liturgiques.

Nous devons comprendre la nécessité d’un dialogue à la fois sérieusement théologique et fraternellement ouvert, dans le but d’assurer que les points de vue légitimes de toutes les parties soient pris en considération et harmonisés dans une politique commune.

Je continuerai à faire tout mon possible pour protéger l’identité et le caractère de l’ouvrage que la Fraternité réalise pour le compte de l’Église entière. Je demande vos prières pour moi-même, pour nos membres et pour ceux de l’Église qui ont des responsabilités envers la Fraternité.

Avec confiance, je dépose nos besoins et nos espoirs aux pieds de la Vierge Mère, de notre patron, l’apôtre Pierre, et de son Successeur, le Saint-Père. La défense de notre identité et de la mission de la Fraternité dépend de notre désir d’être fidèles à l’Église, aux membres et aux fidèles qui nous ont confié leurs vocations et leurs intentions.

 

Cependant, une défense ferme de nos convictions ne peut exister sans une humble soumission à la Providence et au Magistère de l’Église. Les épreuves, quand elles sont vécues avec le désir d’obéir à la volonté de Dieu, sont une formidable occasion de purification et de progrès. C’est dans cette perspective, que nous entrevoyons nos difficultés présentes. Puisse tout ceci être pour nous, l’occasion de renouveler notre engagement dans l’étude et le dialogue avec d’autres qu’intéressent ces questions auxquelles nous sommes mêlés de par notre mission propre. Que ceci soit une occasion de faire connaître et aimer davantage la liturgie romaine et d’enrichir les autres par la fidélité à notre vocation et aux règlements particuliers. Que cela soit aussi un événement qui renforce notre unité, laquelle ne peut être que le résultat d’une mission loyale et d’une vie sainte. Enfin, que cela soit l’occasion d’approfondir notre expérience et notre amour du mystère de l’Église, l’Épouse immaculée de Notre glorieux Seigneur, Jésus-Christ.

Sincèrement vôtre en Jésus-Christ,

J. Bisig

 

§-6 : Appréciations !

 

 

Les choses vont aller très vite, peut-être trop vite. Les décisions du Cardinal Medina vont être au cœur des débats… Seront-elles « reconsidérées » comme le demande l’abbé Bisig ? Seront-elles maintenues ? Il va falloir qu’ils se prononcent.

 

La question qui se pose – la seule – est la suivante : vont-ils accepter le bi-ritualisme ?

Rome le veut pour qu’ils arrivent enfin, un jour, à dire la Nouvelle Messe… habituellement. Et ce sera, de nouveau, le monoritualisme mais en faveur du rite de Paul VI. L’Église a légiféré…

S’ils refusent, ils tombent dans la désobéissance. S’ils acceptent, ils sont infidèles à leur déclaration première.

 

Nous connaissons les arguments qui vont être défendus ou utilisés. Ils sont présentés – brièvement – dans la lettre de Monsieur l’abbé Bisig… Ils viennent d’être publiés plus largement sous la plume du Révérend Père de Blignières dans sa revue Sedes sapientiae, n° 68 de l’été 1999.

 

Cet article a dû être écrit courant juin. Il aborde les trois questions posées au Cardinal Medina. Il donne des réponses radicalement différentes de celles du Cardinal.

À la première question : « Un prêtre, membre d’une communauté qui jouit du pouvoir de célébrer la Messe selon le rite en vigueur avant le renouvellement liturgique du Concile Vatican II, voulait savoir si le Missel romain promulgué par le Souverain Pontife, Paul VI, pouvait être librement utilisé lorsqu’il célèbre le Sacrifice eucharistique pour le bien des fidèles, ne serait-ce qu’occasionnellement dans une paroisse où est célébrée la Messe selon le missel de Paul VI ? ».

 

Rome répond « oui ». L’abbé de Blignières répond « non » en raison des « actes fondateurs » qui consacrent ces communautés au mono ritualisme. Rome s’est engagée à respecter cela. Les fondateurs aussi, les membres sont liés. Je résume la pensée « de nos abbés ».

Nous la développerons plus tard.

 

À la deuxième question : « Les supérieurs – de quelque dignité qu’ils soient – des communautés qui bénéficieraient de l’Indult permettant d’utiliser le Missel romain de 1962 pour la célébration du Sacrifice eucharistique, peuvent-ils interdire aux prêtres de leur institut l’usage du Missel romain d’après le Concile, alors que ceux-ci célèbrent pour le bien des fidèles, même si occasionnellement, dans une communauté où le Missel romain est utilisé ? ».

 

Rome répond « non ». Le Révérend Père de Blignières et toutes les autorités de ces communautés devraient répondre « oui ». C’est là surtout que les choses vont se compliquer. Vont-ils oser braver l’ordre romain ?

 

À la troisième question : « Un prêtre, membre d’un Ordre qui bénéficie de l’Indult, (NB : ces communautés relevant d’Ecclesia Dei (adflicta) sont maintenant des Ordres… Félicitations, Messieurs !) peut-il sans inconvénient concélébrer une Messe dite selon le rite romain d’aujourd’hui ? ».

Rome répond « oui ». Le Révérend Père de Blignières répond « non ». Et ses arguments sont très serrés. Accepter la concélébration ? « Cela conduirait à une division interne et externe des instituts « Ecclesia Dei », à une diminution de leur recrutement, au découragement et à la dispersion des fidèles qui ont fait confiance au Saint-Siège en 1988. Cela serait payer de beaucoup de désordres et de divisions ce qui doit être un geste de paix et d’union » (p. 29).

 

Quelle sera l’issue de ce « colloque » de novembre à Rome ?

Quelles seront les solutions pratiques adoptées ?… À tous, je leur dis… Mais relisez donc le discours du Pape, du 26 octobre 1998.

Relisez donc l’échange de lettres entre Monsieur de Saventhem et Mgr Ré.

Mgr Ré, Substitut de la Secrétairerie d’État, donne la vraie pensée des autorités ecclésiastiques. Elles n’en dévieront pas. Elle est reprise par le Cardinal Medina dans son texte du 3 juillet.

 

Comment résumer la pensée du Cardinal Mesina?

 

Première affirmation : la réforme liturgique issue du Concile Vatican II est un succès.

« Il convient d’observer en premier lieu que le rite romain tel qu’il a été réformé par le pape Paul VI, conformément à la Constitution sur la liturgie du deuxième Concile œcuménique du Vatican, est désormais reçu et appliqué avec fruit par la très grande majorité des fidèles ».

 

Deuxième affirmation : « La loi générale demeure l’usage du rite rénové depuis le Concile ».

 

Les autorités ecclésiales ne veulent pas instituer le bi-ritualisme et surtout pas l’égalité des deux rites. Mgr Pican me le rappelait le 24 juin dernier lors de notre entretien. Mais n’avez-vous donc pas vu la grande différence entre l’enseignement du 24 octobre, du Cardinal Ratzinger et les propos du Pape, le 26 octobre, rédigés vraisemblablement par le même Mgr Ré. Relisez-les.

 

Il doit peut-être y avoir une opposition entre la Congrégation de la doctrine de la foi et la Secrétairerie d’État… Je le pense.

 

Le bi-ritualisme est possible pour le Cardinal, il l’a justifié, mais vous n’êtes pas d’accord pour ce bi-ritualisme-là. Mgr Ré ne veut pas, non plus, du bi-ritualisme. Il l’a fait dire au Pape.

La loi générale – la loi unique – c’est la Nouvelle Messe, l’ancien rite est, tout au plus, concédé… pour un temps…

 

Il le confirmait déjà en 1994 à Monsieur de Saventhem :

 

« Par le Motu Proprio Ecclesia Dei, l’usage du Missel romain approuvé en 1962, a été concédé à certaines conditions. Les diverses dispositions prises depuis 1984 avaient pour but de faciliter la vie ecclésiale d’un certain nombre de fidèles, sans pérenniser pour autant, les formes liturgiques antérieures. La loi générale demeure l’usage du rite rénové depuis le Concile, alors que l’usage des rites antérieurs relève actuellement des privilèges qui doivent garder le caractère d’exception ».

 

C’est clair.

 

Enfin, regardez du côté du Pape jean-paul II. Il n’a jamais dit « l’ancien rite » et à l’occasion du Jubilé de l’An 2000, il se propose de célébrer le Sacrifice de la Messe dans tous les rites que connaît la Chrétienté, à l’exception du rite romain dit de saint Pie V. Il a refusé et refusera toute supplique dans ce sens.

Pour savoir, généralement, d’où vient le vent, il suffit de regarder un brin d’herbe…

Mais il y a ici, plus qu’un brin d’herbe ! La crise est profonde, la victoire se remportera sur le terrain et nullement en chambre à force d’arguments. Les arguments ont tous été donnés. Il faut aujourd’hui les faire triompher… par l’action. (D’où mon action en Normandie que j’ai relaté dans mon livre : l’enjeu de l’Eglise : la messe ».)

 

 

Section II : La Fraternité saint-Pierre en réunion générale à Rocca di Papa : du 8 au 11 février 2000

 

§-1 le colloque à Rocca di Papa

 

Ils se sont réunis, enfin, à Albano – non pas dans notre maison mais dans quelques hôtels de la ville –, prêtres, diacres de la Fraternité Saint-Pierre, les 8, 9, 10 et 11 février 2000. De fait, ce fut tout près d’Albano, à Rocca di Papa.

 

Quatre jours de palabres, dirait le père Marziac. Cette réunion fut précédée d’une neuvaine de prières. Je m’y suis uni très volontiers.

 

Nous avons tout intérêt à ce que la Fraternité Saint-Pierre reste fidèle à ses statuts, à ses fondateurs, comme ils disent, « au patrimoine de leurs traditions propres », c’est-à-dire à la messe catholique, exclusivement. Ils n’ont peut-être pas fait le choix des sacres… Mais ils ont juré leur grand Dieu qu’ils restaient fidèles à la Messe dite de saint Pie V. Ils le veulent. Et c’est heureux. Et c’est beaucoup. Il faut les y encourager et les aider. C’est, du moins, mon point de vue et par cette aide, ce soutien, cette estime, refaire – si la Providence le permet – « le front commun ».

Et pourquoi pas – de fait – avec eux, en premier. Ils ont reçu le sacerdoce des mains de Mgr Lefebvre. Nous avons un père commun. Nous avons lutté ensemble pendant de nombreuses années. Des amitiés se sont nouées et la fidélité en amitié est une belle chose. Tout cela reste dans les mémoires. De nombreuses choses nous unissent… Ne l’oublions jamais…

Un  « Front commun » est plus que jamais nécessaire devant l’ennemi en place.

Chacun gardant son originalité propre…

 

Leur colloque à Rocca di Papa était, en effet, chose difficile et périlleuse.

Le Vatican les a soumis à une terrible épreuve. Comment en sortiraient-ils ? Allaient-ils se battre, se diviser davantage qu’ils ne l’étaient déjà ? Monsieur l’abbé Bisig – comme mis injustement et imprudemment « aux arrêts » par Rome – allait-il retrouver son autorité ? Pourrait-il gouverner, s’imposer de nouveau ? Ne devrait-il pas donner sa démission, coiffé par un administrateur apostolique ?

Toutes ces questions étaient légitimes. Le Vatican aurait voulu faire « sauter la Société Saint-Pierre » qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Quelle imprudence ! Mgr Perl et surtout Mgr Calkins ont mal agi, vraiment.

 

Pour l’instant rien n’a filtré – officiellement – des conversations qu’ils eurent ensemble… sinon le communiqué de presse de Monsieur l’abbé Bisig, du 12 février, publié à l’issue de la réunion. La Fraternité Saint-Pierre sort relativement confortée de ce « convent ».

 

Il est à noter que le Cardinal Felici, président de la Commission Ecclesia Dei Adflicta – il va se retirer très prochainement de cette Commission – n’était pas présent. C’est bien.

Un communiqué fut donc rendu public à la fin du colloque – le 12 février dernier – signé du seul abbé Bisig. C’est bien. Il est apaisant.

 

Communiqué de presse

du Supérieur de la Fraternité Saint-Pierre

 

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre a tenu une assemblée générale à Rome, du 8 au 11 février 2000. Elle a été convoquée par le Saint-Siège à cause de certaines difficultés internes. À la fin de quatre jours de discussion et de réflexion, un accord a été trouvé comme base de réconciliation qui permettra une unité plus grande.

Les prêtres et diacres présents se sont engagés à se pardonner les manquements à la charité et à rester fidèles à l’idéal de la Fraternité Saint-Pierre et de ses fondateurs. Un comité – à nommer par le Supérieur Général – sera chargé de trouver des solutions aux problèmes existants et en référera au Chapitre général qui se réunira, comme prévu, au cours de cet été. Comme cela a été indiqué dans la lettre du 13 juillet 1999 de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le Supérieur Général retrouve donc les pleines facultés que le droit de l’Église lui accorde.

Rome, le 12 février 2000.

Joseph Bisig

 

Comme vous pouvez le constater, Monsieur l’abbé Bisig retrouve son autorité. Et c’est bien ainsi. Le danger de voir un administrateur pontifical remplacer « le Père Bisig » est écarté.

De nouvelles élections pour le Chapitre Général ne semblent pas être organisées. C’est dire que les seize « trublions » – Monsieur l’abbé Le Pivain à leur tête – n’y seront pas représentés non plus. C’est ce qui les faisait tant « enrager » voilà quelques mois. Il semble bien aussi que Monsieur l’abbé Bisig sera encore candidat au poste de Supérieur Général, l’été prochain. On prend plaisir au pouvoir… Le temps et l’expérience en facilitent l’exercice.

 

Mais ce communiqué, malheureusement, ne dit pas tout… On peut le comprendre… Un compromis a été trouvé, « un accord » comme ils l’écrivent.

 

Et c’est là le drame. Et c’est là que l’on voit l’importance du mauvais exemple de Dom Gérard et de sa déclaration devant le Cardinal Ratzinger, le 24 octobre 1998.

 

Un compromis a été trouvé. Lequel ? Le voici !

 

Monsieur l’abbé Bisig autorise tous ses prêtres à concélébrer dans le nouveau rite, dans la Nouvelle Messe, le Jeudi-Saint, autour de l’Évêque pour la Messe Chrismale.

C’était la demande expresse du Vatican, exprimé clairement par Mgr Perl devant les laïcs d’Una Voce, réunis en décembre 1999 à Rome.

 

Et, en contrepartie, tous les prêtres sont obligés – solennellement – d’abandonner l’usage du droit à concélébrer dans le nouveau rite, ce que leur a reconnu pourtant le Cardinal Medina (prot 14 11.99, voir section  I) dans toutes les autres occasions de l’année liturgique.

 

Là, on reconnaît la pensée du Père de Blignières qu’il avait clairement exposée dans sa revue Sedes Sapientiae, n° 68. Certes, il ne parlait pas de concélébration le Jeudi-Saint, à la Messe Chrismale – solution qu’il rejetait courageusement – mais seulement d’« assistance à la Nouvelle Messe avec la réception de la communion dans sa célébration, revêtu de la tenue de chœur et de l’étole » (Sedes Sapientiae n° 68, p. 26-27).

Vraiment, il n’y a pas grande différence entre les deux cas… Dans les concélébrations actuelles, les prêtres sont bien souvent seulement en aube et en étole, et participent à la Sainte Communion.

La différence, vous dis-je, n’est pas grande.

 

Je pensais bien qu’ils allaient se faire avoir et qu’ils finiraient par concéder la concélébration le Jeudi-Saint lors de la Messe Chrismale.

C’est fait. Monsieur l’abbé Bisig a limité la chose à une seule fois par an, à la Messe Chrismale. C’est l’accord. Les seize dissidents ont dû se plier. Ils avaient demandé le droit de concélébrer autant que cela était nécessaire avec les évêques et les prêtres… et cela pour des raisons d’efficacité pastorale. Ils ont dû se soumettre… Pour combien de temps ?

 

Mais le Saint-Siège va-t-il accepter une telle limitation dans le fond et la forme ? Selon la lettre du Cardinal Medina (Prot 14), on peut en douter. Mais le Vatican est très pragmatique.

Aujourd’hui, il a accepté… Gageons qu’il continuera sa pression et qu’il obtiendra satisfaction tôt ou tard, malheureusement. Car si on lâche sur le principe une fois – cela est fait – pourquoi ne pas lâcher deux fois, trois fois et finalement toujours…

 

Il leur reste une chance de dire clairement leur choix : c’est le  prochain Chapitre Général. Pour l’heure, ils ont  cédé sur ce qu’ils avaient juré de garder toujours, pour l’honneur de la foi….

 

Ce compromis est grave.

C’est un compromis typiquement libéral car le principe de la célébration de la messe de Paul VI est introduit, accepté de tous.

J’imagine volontiers le déchirement de certains. Dès lors, on ne pourra plus affirmer que la Fraternité Saint-Pierre célèbre exclusivement l’ancienne Messe.

Ah ! Malheur !

 

Il ne nous reste plus qu’à attendre aussi la réaction des fidèles, des fidèles de Versailles et, tout particulièrement, de ceux d’Una Voce.

 

Ils vous défendirent joliment, Messieurs !

Ils vous donnèrent même courage, relevant le défi romain. Je dirais même : ils vous permirent de vous maintenir dans l’être.

J’en félicite Monsieur Michael Davies, son président international. Il fut en cette affaire, un bel avocat, un défenseur de votre cause, un « vrai lion ».

 

Mais que va-t-il faire maintenant, lui qui, dans sa déclaration à la presse le 13 février dernier, affirmait clairement qu’il ne soutiendrait ni financièrement, ni moralement une association qui utiliserait le nouveau rite.

 

Voyez sa déclaration :

Fédération Internationale Una Voce

Praesidium 13 février 2000

 

Communiqué de Presse.

 

Au nom de la Fédération Internationale Una Voce, je désire exprimer ma satisfaction du résultat de l’Assemblée Générale de la FSSP qui s’est tenue à Rome du 8 au 11 février 2000. Nos membres peuvent retirer une grande satisfaction du fait que l’abbé Bisig n’a pas été remplacé comme Supérieur Général ou coiffé par un Administrateur Apostolique comme nombre de commentaires l’avaient prédit avec confiance, et nous pouvons également être encouragés par le fait que le Chapitre Général de la Fraternité se tiendra comme prévu cet été. Dans une lettre à Michael Davies, l’abbé Bisig précise que, même si les problèmes posés par le Protocole 14 11 demeurent toujours, l’Assemblée a assuré une base d’unité qui sauvegardera l’identité liturgique spécifique de la Fraternité.

 

Les membres de notre association dispersés dans le monde ont prié précisément pour une telle conclusion de l’assemblée et par-dessus tout, afin que, à son terme, l’abbé Bisig demeure Supérieur Général. Nous devrions redoubler de prière afin que le futur Chapitre général confirme l’engagement de la Fraternité à la célébration exclusive selon le Missel de 1962. Notre Fédération est engagée vis-à-vis de ce Missel et ne donnera aucun support moral ou financier à une société sacerdotale, utilisant un rite de la Messe subséquent à cette date. En attendant, et comme un geste de support vis-à-vis de l’abbé Bisig et de notre confiance dans le pouvoir de la prière, j’exhorte de manière pressante tous nos membres à contribuer aussi généreusement qu’il est possible, à la construction du séminaire américain qui est une source de grand espoir pour les catholiques de langue anglaise.

Michael Davies. Président

 

Ainsi, Monsieur l’abbé Bisig n’a pas dû dire à Michael Davies toute la vérité. Son information a dû être partielle. Que va-t-il faire maintenant le compromis dévoilé ?

Et de vous à moi, il était difficile à la Fraternité Saint-Pierre de ne pas accepter la concélébration, au moins le Jeudi-Saint. Les pressions étaient trop fortes, les enjeux trop grands : ne serait-ce que de garder la paix avec la Rome « conciliaire » – ce qui, à l’époque, leur a fait lâcher Mgr Lefebvre ; les soucis pastoraux trop impératifs. Ils ne seront acceptés dans les diocèses qu’à cette condition : la concélébration le Jeudi-Saint. Mgr Decourtray l’avait dit à Monsieur l’abbé Pozzetto (FSSP) alors qu’ils étaient tous les deux à Lyon.

 

§-2 : Fallait-il aller à Rocca di Papa ?

 

Mais, alors, Messieurs, accepter le principe même de la réunion à Rome dans les conditions actuelles – que vous connaissiez parfaitement – était dangereux et pouvait être fatal.

Monsieur l’abbé Tournyol du Clos, membre fondateur de votre institut, vous l’a dit, vous l’a expliqué, vous l’a écrit. Lui, ne voulut pas vous suivre à Rome. Il a bien fait. Vous auriez dû suivre son sage conseil. Il ne faut jamais combattre sur le terrain de l’ennemi, celui que vous impose l’ennemi. Vous auriez dû réagir, refuser.

Vous pouviez imposer votre terrain, votre « jeu ». Nous sommes là (la FSSPIEX)  et tant que nous serons là, vous serez… respectés.

Alors un peu de courage !

Si nous disparaissions, vous seriez vite absorbés… Voyez la lettre de Monsieur l’abbé Tournayol du Clos. Il m’a demandé de la publier parce que j’ai une large diffusion. Je l’ai déjà mis sur mon site, Le Combat Catholique. Elle est noble, elle est belle.

 

 

De l’abbé Tournyol du Clos

Assistant

Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre.

À Monsieur l’abbé Bisig

Supérieur Général

Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre.

Beyrouth, le 6 février 2000.

 

Monsieur le Supérieur Général

 

Veuillez trouver, ici, succinctement exposées et telles que vous les connaissez déjà, les raisons de mon absence à l’Assemblée du mois de février 2000.

Après la façon inique dont votre propre autorité a été bafouée par les instances mêmes qui, face à une conspiration, auraient dû la défendre, je ne puis, par ma présence, donner ma caution, fut-elle passive et muette, à un affrontement imposé par la même autorité. Je n’accepte pas non plus de me prêter à une manœuvre dont le but évident consiste en l’exploitation de différends internes depuis longtemps encouragés.

En effet, pas davantage que je n’ai approuvé la déloyauté de nos confrères, les accusations auxquelles ils se sont livrés contre vous et leur trahison vis-à-vis de nos actes fondateurs, je ne saurais aujourd’hui me faire complice de l’éclatement savamment programmé de notre Institut par les autorités chargées de le protéger.

Je refuse de me rendre complice du mépris dans lequel sont tenus : nos choix, nos fidélités, nos constitutions, nos vocations sacerdotales, et jusqu’à nos paroissiens.

1. Mépris de nos choix : ceux auxquels nous avons tout sacrifié : la Messe, le Catéchisme, l’Écriture. Et le Rite tridentin dont la forme exprime plus adéquatement que le rite réformé la foi de l’Église au Sacrifice rédempteur, sa transcendance absolue, et sa place dans notre vie, notre apostolat et la conversion des âmes. Dites-moi quelle aurait été notre réaction s’il s’était trouvé quelqu’un, en 1988, pour nous demander la concélébration dans le nouveau rite que l’on tente de nous imposer aujourd’hui ?

 

2. Mépris de nos engagements : ceux que nous avaient dicté l’honneur – pas le nôtre, celui de l’Église – c’est-à-dire la fidélité et l’obéissance que nous n’avons cessé de lui montrer. Sans parler du mépris de nos constitutions, engageant l’autorité de l’Église à notre égard, mises à mal – ainsi que vous ne l’ignorez guère – par le non-respect de notre droit propre qui stipule le seul rite traditionnel. Et je voudrais savoir aussi pourquoi il nous est interdit de célébrer la Messe selon ce même rite, constitutif

de notre société, à Saint-Pierre de Rome ? Si nous ne sommes pas catholiques, qu’on nous le dise.

 

3. Mépris de nos séminaristes. Je n’insiste pas sur la crise qui n’a pas fini de cribler notre malheureux séminaire d’Allemagne et qui menace celui d’Amérique.

 

4. Mépris de nos paroissiens : scandaleux mépris. Plus fidèles que leurs inqualifiables « chapelains » aux textes fondateurs de notre Fraternité, abandonnés sans réconfort aucun au sabotage d’une minorité de conjurés, désorientés, par le silence qui vous était imposé. Et à qui, dans ces circonstances terribles, nous n’avons eu à offrir que le lamentable spectacle de la division. Sans parler du mépris de nos bienfaiteurs, ceux qui assurent aujourd’hui les frais (somptuaires) de ce rassemblement ; les mêmes qu’on sollicite pour construire des séminaires à la sortie desquels nous ne sommes plus en mesure de garantir l’exclusivité de la messe saint Pie V Eh ! quoi ? Faudra-t-il un nouveau Néron pour nous aider à distinguer le bien du mal, rendre au sel sa saveur, et purifier dans

le sang des martyrs un cléricalisme qui n’a rien à envier aux Pharisiens de l’Évangile ?

Je ne me ferai pas complice de cette vilenie. Je saisis aussi l’occasion pour vous rappeler quelques points d’échanges passés, voire de controverses, sur lesquels il est plus que jamais d’actualité d’apporter des solutions :

1/ Amélioration de la communication interne.

2/ Approfondissement de l’esprit de la Fraternité.

3/ Explication de notre option en matière de liturgie.

4/ Exercice du pouvoir.

Vous priant pour leur expliquer ma défection, de faire état des lignes qui précèdent auprès des participants de votre assemblée,

je vous prie,Monsieur le Supérieur Général, de trouver ici, l’expression de tout mon respect. In Christo.

C’est une belle lettre, noble. Ils leur restent la possibilité de se ressaisir… lors de le36

+ur  Chapitre général.

Una Voce va peut-être encore les aider… En effet, comme le dit joliment Monsieur de Lassus, de l’Action Familiale et Scolaire, l’affaire de la Messe – votre affaire – est aussi l’affaire des laïcs.

 

 

Section III : la réalité du compromis : la lettre de  l’abbé Recktenwald.

 

 

Vous vous souvenez du compromis : Ils se sont engagés à ne « pas faire usage du droit de célébrer selon le Missel de Paul VI excepté lors de la concélébration à la Messe Chrismale du Jeudi Saint ».

 

Ce compromis, il existe. Je ne me suis pas trompé en vous en parlant plus haut. Eux-mêmes le confirment. Il fut révélé en Allemagne par le journal allemand Kirchliche Umschau quelques jours après leur réunion de février. Il devait pourtant rester secret. Ce ne fut pas le cas. Aussi, ont-ils cru devoir donner quelques éclaircissements sur cet accord. Ils nous sont donnés par la plume de Monsieur l’abbé Recktenwald, un des fondateurs allemands de la Fraternité Saint-Pierre. Je les publie intégralement. Ils valent la peine d’être lus.

 

§-1 Le texte de M l’abbé Recktenwald.

 

Éclaircissements sur le résultat de l’Assemblée générale de la Fraternité Saint-Pierre tenue du 8 au 11 février 2000 à Rocca di Papa près de Rome.

Par l’abbé Recktenwald

 

L’Assemblée générale de la Fraternité Saint-Pierre s’est tenue du 8 au 11 février à Rocca di Papa, afin de trouver une solution au conflit interne, culminant avec le recours de 16 membres. Elle a abouti à une solution que nous ne voulions faire connaître qu’après un temps de mûrissement et d’entérinement. Sa publication prématurée et non autorisée dans un certain organe de presse rend toutefois, dès maintenant, nécessaire quelques explications sur la nature de la solution trouvée.

 

Le cœur du compromis entre les auteurs du recours, qui insistaient sur une célébration casuelle dans le nouveau rite, et le reste de la Fraternité Saint-Pierre (du nombre desquels les supérieurs, la majorité et tous les fondateurs) se réduit à la déclaration de l’engagement de ne pas faire usage du droit de célébrer selon le Missel de Paul VI, excepté lors de la concélébration à la Messe chrismale du Jeudi-Saint.

 

Afin de comprendre la nature de ce compromis, l’on doit prendre en considération la base de départ.

 

La réponse officielle de la Congrégation pour le culte divin du 3 juillet 1999 a établi que, selon le point de vue du droit de l’Église, tout prêtre de la Fraternité Saint-Pierre a le droit de célébrer, occasionnellement, selon le nouveau rite. Le Supérieur Général n’a pas le droit de l’interdire.

D’un autre côté, l’idée fondamentale de la fondation était et demeure : en fondant la Fraternité Saint-Pierre, les prêtres voulaient établir une société qui célèbre exclusivement l’ancien rite. Rome a donné la possibilité de cette réalisation en acceptant le droit (non en imposant l’obligation) de célébrer la Messe dans l’ancien rite. Selon la réponse de la Congrégation du culte divin ce droit n’enlève pas le droit de célébrer casuellement selon le nouveau rite.

 

Dans cette situation, le Supérieur Général ne peut pas juridiquement intimer la réalisation de l’idée fondatrice ; il ne restait comme seule alternative que les membres s’obligent librement eux-mêmes. Au cours de l’Assemblée générale la solution s’est faite dans ce sens. La seule exception à cette « auto-obligation » est la concélébration, une fois par an, lors de la Messe chrismale du Jeudi-Saint. Cette concélébration reste libre, et chaque membre de la Fraternité Saint-Pierre peut décider sur ce point selon sa conviction. Le Kirchliche Unischau, qui est proche de la Fraternité Saint-Pie X, écrit que le Supérieur général aurait permis aux membres la concélébration du Jeudi-Saint. « Permettre » veut dire « concéder le droit ». Mais ils possèdent déjà ce droit. Le Supérieur Général ne peut ni permettre ni défendre la concélébration. L’opinion que le Supérieur Général aurait pu et dû exclure les membres célébrant selon le nouveau rite, dénote une conception naïve et peu réaliste du droit canon. Une expulsion n’est possible qu’à la suite d’un délit reconnu par le Code. Mais ce n’est pas le cas ici, où il s’agit de l’usage d’un droit accordé par le droit de l’Église.

 

Le compromis trouvé est relativement le meilleur. Il assure à nos prêtres le droit de la célébration individuelle accordée par Vatican II (Constitution sur la liturgie n° 57, § 2, 2) contre la pression de concélébrer. Et il donne aux fidèles qui viennent à nos messes l’assurance d’assister à la Messe selon le Missel de 1962 ainsi que d’être préservés des surprises liturgiques. La pratique liturgique locale ne sera pas changée du fait que tel ou tel prêtre (surtout en France) concélèbre avec l’Évêque à la Messe chrismale. Par ailleurs, il s’agit d’un compromis que seuls peuvent refuser catégoriquement et absolument ceux qui considèrent le nouveau rite comme mauvais en soi, comme le fait la Fraternité

Saint-Pie X. Cette opinion est intenable du point de vue ecclésiologie et n’a jamais été prouvée de manière convaincante par la Fraternité Saint-Pie X.

 

Enfin, le compromis trouvé ne glisse pas dans le bi-ritualisme ni n’implique un recul de nos réserves et de nos critiques de la réforme liturgique, qui seront exprimées comme auparavant d’une manière sobre, loyale et motivée par une grande sollicitude pour l’Église ».

 

 

 

Ce texte confirme bien, entre autres, que les considérations du Père Basile du Monastère du Barroux, publiées dans La Nef de janvier 2000, ont été prises en compte, dès février 2000, par les prêtres de la Fraternité Saint-Pierre lors de leurs débats romains… Les pauvres !

 

Je vous assure que cela n’a pas dû être drôle, leur affaire.

 

Voyez vous-même. Il écrit : « Le Kirchliche Umschau… affirme que le Supérieur Général aurait permis aux membres la concélébration du Jeudi Saint. « Permettre » veut dire « concéder le droit »… Le Supérieur Général ne peut ni permettre, ni défendre la concélébration. L’opinion que le Supérieur Général aurait pu ou dû exclure les membres célébrant selon le nouveau rite, dénote une conception naïve et peu réaliste du droit canon. Une expulsion n’est possible qu’à la suite d’un délit reconnu par le Code. Mais ce n’est pas le cas ici, où il s’agit de l’usage d’un droit accordé par le droit de l’Église ».

 

Autrement dit, le Cardinal Medina, le 3 juillet1999, adit le droit de l’Église en matière liturgique. Un point, c’est tout. Fermez le ban. Mais avec de tels principes, ils ne pourront plus interdire la célébration dela Nouvelle Messedans leur pèlerinage de Chartres….

L’abbé Recktenwald ne pose pas un instant la question de « l’équivocité » de la Messe, de sa nocivité, de son orientation dans un sens protestant comme le dit Dom Guillou. Le mal peut-il être l’objet d’un droit ? Ils oublient les âmes et la loi fondamentale du Droit de l’Église : « Supra lex, salus animarum ».

 

 

Section IV : Le chapitre Général de Juillet 2000

 

Rome intervient brutalement, unilatéralement, par la plume du Cardinal Castrillon  Hoyos lors du Chapitre Général qui s’est tenu, du 4 au 14 juillet  2000, à Wigratzbad, en Allemagne.

 

§-1 L’intervention du cardinal Castrillon Hoyos.

 

LETTRE DU CARDINAL HOYOS

 

Frères très aimés dans le Christ.

 

Votre Fraternité tient en ce moment son Chapitre général. En tant que nouveau Président de la Commission Pontificale « Ecclesia Dei », j’aurais aimé être parmi vous et vous parler moi-même. Ceci n’étant pas possible à cause des engagements que j’avais pris il y a longtemps, je vous écris cette lettre.

Le Chapitre général de votre Fraternité est un moment privilégié pour regarder ensemble, comme des frères, vers l’auguste Personne de Jésus-Christ, notre Sauveur et unique Seigneur. C’est un moment privilégié de communion trinitaire, dans laquelle se fortifie la communion dans l’Église du Seigneur et la communion entre nous, comme des frères. En tant que disciples de Jésus, nous devons tous tendre à la perfection, mais avec les priorités que le Maître lui-même nous a révélées. La priorité absolue c’est l’amour de Dieu et l’amour de nos frères, comme signes distinctifs de notre famille de foi. L’amour de Dieu s’exprime dans la prière, dans la célébration de la foi, dans le maintien des certitudes concernant la vie morale et dans les expressions disciplinaires, qui les protègent et les garantissent : tel est le domaine spécifique de votre particularité dans l’Église. Le maintien des nobles traditions dans la célébration du culte divin en est la note caractéristique.

 

Depuis ma nomination, en avril dernier, j’ai étudié les dossiers de votre Institut, j’ai parlé avec plusieurs d’entre vous et j’ai lu les nombreuses lettres qui me sont parvenues ; aussi, me suis-je informé auprès des personnalités romaines, qui connaissent depuis des années votre situation. Après tout cela, je veux vous faire part maintenant de mes réflexions et de mes décisions.

 

Il n’est pas possible de nier que votre Institut vit depuis un certain temps une grave crise. Une première tentative de résoudre cette crise a été faite en février dernier avec l’assemblée générale de Rocca di Papa: elle a élaboré, comme vous le savez, un accord qui cherchait à concilier les exigences du Droit universel de l’Eglise avec le caractère particulier de votre Institut et à surmonter ainsi vos divisions. Cet accord est devenu, malheureusement, lui-même l’objet de nouvelles controverses entre ceux qui l’acceptent et ceux qui le rejettent. Néanmoins, les supérieurs ont demandé à la Commission Pontificale d’approuver cet accord et d’en faire une loi particulière pour vous. Après mûre réflexion et consultation des experts, je constate que cela n’est pas possible. La raison en est l’évidence de la situation juridique en cette matière, à savoir : un prêtre jouissant du privilège de célébrer selon

l’ancien Missel de 1962, ne perd pas le droit de faire usage aussi du Missel de 1970, officiellement en vigueur dans l’Église latine; aucun Supérieur, inférieur au Souverain Pontife, ne peut empêcher un prêtre de suivre la loi universelle promulguée par le Législateur Suprême, c’est-à-dire de célébrer dans le rite réformé par le Pape Paul VI. Une limitation de l’usage de ce droit peut être librement décidée par un prêtre, mais jamais devenir la règle générale dans un Institut. Elle ne peut pas non plus être imposée aux séminaristes ou être la raison pour leur refuser l’ordination.

Vous n’ignorez pas que ce dernier point est d’une grande actualité pour vous, en ce moment, où un nombre non négligeable de séminaristes et même de prêtres, a l’intention de quitter votre Institut, si cette règle leur était imposée, ce qui, en réalité, n’est pas possible. Il est donc urgent de prendre des décisions pour éviter une explosion de votre Fraternité et la perte de vocations, si précieuses en notre temps.

 

1. La première décision est d’ordre juridique: vos Constitutions, approuvées « ad experimentum », laissent ouverte la question du nombre possible de mandats pour un Supérieur Général. Il semble raisonnable de le limiter à deux mandats de 6 ans, soit à un maximum de 12 ans, assimilant ainsi la Fraternité à la majorité des autres Instituts de l’Église. L’autorité compétente du Saint-Siège limite donc la charge du Supérieur Général de la Fraternité Saint-Pierre, à deux mandats de 6 ans successifs.

 

Cette Commission Pontificale remercie le Révérend Père Bisig qui a exercé cette charge pendant 12 ans, de tout ce qu’il a fait pour la Fraternité, qui lui doit sa consolidation et son expansion en plu sieurs pays pendant la période initiale de son histoire, fruit de son zèle ardent et de son désir de sainteté personnelle et communautaire. Par son expérience, il restera toujours une colonne et un pilier de votre Fraternité et aidera, j’en suis sûr, son successeur par ses bons conseils.

 

2. La deuxième décision est la suivante: vous savez qu’en 1991, le Cardinal Innocenti, alors Président de cette Commission Pontificale, avait nommé l’abbé Bisig, Supérieur Général pour une autre période de trois ans, malgré un vote différent du Chapitre Général ; la situation conflictuelle de votre Fraternité exige maintenant une semblable intervention de l’autorité supérieure, devant le danger qu’une élection pourrait être source de divisions encore plus profondes :

 

Je nomme donc Supérieur Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, l’abbé Arnauld Devillers pour un mandat de six ans. L’abbé Devillers remplit les conditions requises et connaît bien votre Fraternité de l’intérieur. Il a une longue expérience comme Responsable du district d’Amérique du Nord, qu’il a fondé et auquel il a donné une solide implantation dans de nombreux diocèses américains, toujours en bonne collaboration avec les évêques concernés. Sa première tâche sera de rendre la paix à votre Fraternité en travaillant à maintenir et même à renforcer sa spiritualité commune et à fortifier son esprit de famille.

 

3. La troisième décision concerne le séminaire de Wigratzbad: avec celui situé aux États-Unis, il est le berceau des vocations futures ; il faut donc lui donner la possibilité de former des prêtres en toute tranquillité et paix, et de leur donner une solide formation théologique et pastorale. Pour cette raison, sera nommé un nouveau Recteur du Séminaire International Saint- Pierre de Wigratzbad.

Celui-ci s’adonnera à cette charge de formation ensemble avec le corps des professeurs, qu’il choisira d’un commun accord avec le Supérieur Général. Il est important que les séminaristes trouvent ici une atmosphère spirituelle, un bon esprit entre étudiants, des professeurs à la hauteur de leur charge, et un esprit ecclésial exemplaire qui évite soigneusement tous les extrémismes. Vous savez bien que votre séminaire est observé par beaucoup de gens dans l’Église et qu’il doit être exemplaire sous tous les aspects.

 Il faut, avant tout, éviter et combattre un certain esprit de rébellion contre l’Église actuelle qui trouve facilement des adhérents parmi les jeunes étudiants déjà enclins, comme tous les jeunes, vers des

positions extrêmes et rigoureuses. Il faut, par contre, cultiver l’amour envers l’Église Catholique et son Pasteur Suprême, et être attentifs à son Magistère. On ne peut pas vivre dans l’Église et en même temps s’en distancer. Le Supérieur Général choisira également un Recteur du Séminaire américain, pour lequel valent naturellement les mêmes observations faites pour Wigratzbad.

 

Je souhaite que tous les membres de la Fraternité acceptent ces décisions avec soumission et humilité. Que tous se gardent d’organiser, à nouveau, des groupes de pression ou de résistance contre la ligne de conduite du Supérieur Général. Je promets que la Commission Pontificale sera, dorénavant, plus présente dans les séminaires et autres maisons de la Fraternité et veillera attentivement sur leur bon état et pourra même intervenir nouvellement, si nécessaire.

 

Quant à la liturgie, tout reste comme il doit être: votre Fraternité a le privilège de célébrer selon les livres liturgiques de 1962 dans ses propres chapelles et églises. Les prêtres de l’Institut célèbrent normalement selon ce rite, mais ils ont le droit – il n’est pas nécessaire de le répéter – de célébrer aussi selon les livres en vigueur dans des cas spéciaux, qui ne seront pas fréquents, mais qui sont laissés à la décision raisonnable et discrète des prêtres.

 

J’encourage à la concélébration avec l’Évêque du lieu, surtout pour la Messe Chrismale; de cette manière, vous manifestez visiblement, votre union avec le Pasteur de cette Église locale, qui est aussi votre Pasteur et avec son Presbyterium, dont font partie également les prêtres, qui sont membres d’Instituts de Vie Consacrée ou de Sociétés de Vie Apostolique – comme votre Fraternité – qui ont une charge pastorale dans ce diocèse.

 

D’autre part, il est clair qu’aucun prêtre n’est forcé de faire usage de ce droit. Ainsi devra se créer une atmosphère de liberté et de confiance en ce domaine, ce qui est à l’opposé de toute exclusion et de tout extrémisme liturgique. La « Fraternité Saint-Pierre », comme le dit son nom, ne peut être qu’une famille de frères qui s’acceptent réciproquement avec amour fraternel et qui sont insérés entièrement dans la grande famille de l’Église Catholique Romaine, où il y a une place légitime pour les Catholiques de sensibilité traditionnelle, que je défendrai de toutes mes forces.

 

Je vous confie encore une réflexion personnelle: vous ne devez pas voir dans l’aspect rituel, le centre de toute l’Église et mettre cet aspect au même plan que les fondements mêmes, comme l’unité dans la vraie foi, la discipline commune sous la hiérarchie apostolique et la liturgie, qui est la célébration des mystères de la foi. Le rite n’est pas encore la célébration elle-même, mais il en est une forme possible.

 

En outre, n’oubliez pas que le rite réformé par le Pape Paul VI, est le rite universel de l’Église latine. Votre charge n’est pas de combattre cet état des choses ou de parler de ce rite comme étant de moindre valeur, mais d’aider les fidèles, qui sont attachés au rite antérieur, à se retrouver mieux dans l’Église. S’il est vrai que l’aspect rituel est une aide importante pour le maintien du Sacré si menacé dans l’Église d’aujourd’hui par la sécularisation, celui-ci ne se maintient pas avec une seule forme du rite, comme quelques-uns pourraient le croire, mais il faut maintenir le Sacré dans tous les rapports avec Dieu. Votre charge est de le faire en célébrant selon ……………………………………….. (1)

moyens. Cependant, vous ne devez pas donner une suprématie à la forme de liturgie que vous avez le privilège de célébrer, mais il faut la voir plutôt comme la contribution caractéristique de votre Institut à l’œuvre commune de l’Église. Votre contribution doit entrer dans cette harmonie de sainteté de l’Église, où il y a certainement de la place pour des complémentarités, mais pas pour des oppositions. En faisant ainsi, vous contribuez en même temps à cette nouvelle évangélisation à laquelle le Saint-Père nous appelle tous.

J’invoque sur vous tous la protection de la Sainte Vierge Marie, la Reine des Apôtres, et la plénitude des bénédictions célestes, que vous accordent Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.

 

Rome, le 29 juin 2000

Danó, cardinal Castillón-Hoyos

 

1 – Il manque une phrase dans le texte original transmis

 

Ils en sortent  tout assommés. Leur déclaration, à l’issue du Chapitre, en est la preuve. Une déclaration sombre, lourde, sans espérance. Vous pourrez la lire.

 

§-2 : Déclaration du Chapitre Général de la Fraternité Saint-Pierre

 

Sachant que le Seigneur afflige ceux qu’Il aime avec des croix et des épreuves, le Chapitre Général, qui détient dans l’Institut l’autorité suprême selon les constitutions (CIC, can. 631) souhaite communiquer aux fidèles les mesures que la Commission Ecclesia Dei a prises concernant la Fraternité Saint-Pierre, et qui ont été communiquées dans une lettre du Cardinal Castrillon Hoyos lue par le Secrétaire de la Commission,Mgr Camille Perl.

 

Dans sa lettre, le Cardinal décide de limiter les mandats du Supérieur Général à deux mandats successifs de six ans. Il déclare qu’il va nommer lui-même le nouveau Supérieur Général, en la personne du Père Arnaud Devillers, Supérieur du District d’Amérique du Nord, dans l’espoir de résoudre la situation de crise actuelle. « Sa première tâche sera de restaurer la paix de votre Fraternité, en travaillant à conserver votre spiritualité commune, et à la renforcer encore, ainsi que de renforcer votre esprit de famille ». Le Cardinal demande également que le nouveau Supérieur change les recteurs de deux séminaires. Il laisse au Chapitre le soin d’élire le Conseil Général de la Fraternité, c’est-à-dire au moins deux assistants et deux conseillers.

Le Chapitre Général doit admettre qu’il a reçu l’annonce de ces mesures avec stupéfaction et un grand souci. En conséquence, il a décidé de former un recours administratif devant les autorités compétentes. Il connaît le souci du Cardinal pour l’unité de la Fraternité. Cependant, ce Chapitre souhaite manifester sa volonté de voir la Fraternité conserver la ligne qui était la sienne à sa fondation. Pour ceux qui ne sont pas d’accord avec cette ligne, le Chapitre Général a officiellement demandé une séparation paisible. Pour cette raison, il a donné au nouveau Supérieur Général l’instruction d’employer toutes les mesures dont il dispose – dans le cadre juridique donné par le Cardinal – pour rester fidèle à la spécificité (de la FSSP) qui lui est propre, et pour réaliser son but par l’observance fidèle des traditions spirituelles et liturgiques, en conformité avec les dispositions du Motu Proprio Ecclesia Dei du 2 juillet 1988, et dans l’esprit du protocole du 5 mai 1988, signé entre le Cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre.

 

Le Chapitre a élu les assistants et les conseillers du Supérieur Général : les abbés Patrick du Faÿ, Jean-Marc Fournier et José Calvin-Torralbo comme assistants, et les abbés Bernard Deneke et John Berg comme conseillers.

Dans l’esprit d’obéissance à l’Église qu’il a toujours maintenu – tout particulièrement dans les séminaires – et à cause des claires menaces qui pèsent sur la Fraternité Saint-Pierre, le Chapitre Général, bien conscient de soucis légitimes de ses amis, leur demande leurs prières et leurs sacrifices, pour que dans ce moment particulièrement difficile, notre institut reste fidèle aux intentions de ses fondateurs.

 

Nous diffusons ce texte pour permettre à ceux d’entre vous qui ne parlent pas l’anglais d’en prendre connaissance rapidement. Poussés par l’actualité, en quelque sorte, nous préférerions avoir d’autres textes à diffuser, par exemple sur la beauté de la liturgie tridentine.

 

§-3 Commentaire.

 

 

Cette fois, Rome ne laisse rien dans l’incertitude et l’équivoque. Tout est clair.

Le Cardinal met, enfin, ses hommes en place, ceux que connaît bien Mgr Perl. Et c’est Monsieur l’abbé Devillers qui prend les commandes, d’office. Point besoin d’élection générale.

Ah, les démocrates ! Il remplace Monsieur l’abbé Bisig que l’on remercie gentiment pour ses loyaux services. La Rome conciliaire sait, cette fois, qui elle met à la tête.

Ce n’est pas Monsieur l’abbé Denis Le Pivain, « le grand fauteur de trouble », c’eût été trop choquant. Il était trop impliqué dans la rébellion de la fin de l’année dernière. Pourtant, c’est leur homme. Croyez-moi. Elle met quelqu’un d’un peu plus prudent et souriant… Qui, pense-t-elle, pourra faire l’union des cœurs… Ce n’est pas certain… Quoi qu’il en soit, il a donné assez de preuves de soumission à la pensée actuelle du Vatican.

 

Le Cardinal, ensuite, destitue les supérieurs de deux séminaires. Il décrit même les qualités des futurs directeurs. Rome tient la main du nouveau supérieur. À monsieur l’abbé Devillers d’en tenir compte. Le pauvre abbé du Faÿ n’est pas très récompensé de son dévouement à la tête du séminaire de Wigratzbad. La « machine révolutionnaire » ne fait pas de sentiment. Elle écrase !

Avec les nouveaux directeurs, le corps professoral sera aussi changé. Il aura surtout « à combattre un certain esprit de rébellion contre l’Église actuelle qui trouve facilement des adhérents parmi les jeunes étudiants déjà enclins, comme tous les jeunes, vers des positions extrêmes et rigoureuses. Il faut, par contre, cultiver l’amour envers l’Église catholique et son Pasteur suprême et être attentif à son magistère ». « On ne peut vivre dans l’Église et en même temps s’en distancer ». Le bon apôtre !

 

Le Vatican leur laisse libre choix des assistants et des conseillers… C’est important, il est vrai, mais secondaire, croyez-moi ! Monsieur l’abbé Denis Coiffet, le dernier supérieur du District de France, est lui aussi remercié, le pauvre ! Il était trop ferme… Et comme, semble-t-il, il n’y a plus d’hommes capables de faire l’unité du District de France, le supérieur général, en assumera directement, seul, la charge.

 

C’est une erreur… Mais Monsieur l’abbé Denis Le Pivain, de connivence avec Monsieur l’abbé Devillers, s’en chargera. Au début, très discrètement. Je gage fort qu’à Notre-Dame-des-Armées, à Versailles, le jour n’est pas loin où Mgr Thomas viendra dire la Nouvelle Messe et concélébrera solennellement avec notre abbé. Ce dernier a annoncé, du reste, sa concélébration, le Jeudi-Saint, à la cathédrale dans le nouveau rite. Il n’avait, du reste, pas besoin de nous le dire…

 

Enfin, Rome assure qu’elle va suivre l’évolution des choses avec attention. On peut lui faire confiance sur ce point ! Et comme « ils » ne sont pas sûrs de mettre la paix dans les cœurs et qu’ils craignent encore des difficultés, le Cardinal Castrillon-Hoyos prévient « qu’il pourra intervenir nouvellement, si nécessaire ».

 

Les hommes mis en place, le Cardinal en arrive à l’aspect doctrinal et disciplinaire.

« À leur sensibilité traditionnelle » – ça m’agace ce mot sans cesse répété – est concédée l’ancienne Messe. Encore ? Oui, encore ! « Quant à la liturgie, tout reste comme il doit être : votre Fraternité garde le privilège de célébrer selon les livres liturgiques de 1962 dans ses propres chapelles et églises. Les prêtres de l’Institut célèbrent normalement selon ce rite ».

Le Cardinal Castrillion Hoyos s’engage même sur l’honneur – Pardi ! – « de les défendre de toutes ses forces ». Mais il rappelle le droit qu’a tout prêtre, selon la législation nouvelle précisée ces derniers mois par le Cardinal Medina – législation que nous nous permettons de contester légitimement – « de célébrer aussi selon les livres en vigueur ». Il casse ainsi l’accord de février – si péniblement mis au point entre eux à Rocca di Papa – où tous, d’un commun accord, s’engageaient à ne pas user de ce droit, hors la Messe Chrismale du Jeudi-Saint.

Mais le Cardinal Castrillon Hoyos croit bon de les tranquilliser… Il faut gagner les dernières hésitations : l’usage de ce droit, son exercice, ne se fera que dans « des cas spéciaux qui ne seront pas fréquents ». Ah! Bon! Mais comment iront-ils faire de l’apostolat dans les diocèses…! C’est pourtant leur but ! Et faites attention! Le Cardinal leur dit que cet usage est laissé à la seule décision raisonnable et discrète des prêtres… Encore que nul ne soit forcé « d’en faire usage ».

 

Enfin ceux qui pensent encore trop comme Mgr Lefebvre, le Cardinal leur livre quelques réflexions personnelles.

« Vous ne devez pas voir dans l’aspect rituel, le centre de toute l’Église et mettre cet aspect au même plan que les fondements mêmes comme l’unité dans la vraie foi, la discipline commune sous la hiérarchie apostolique et la liturgie qui est la célébration des mystères de la Foi ».

N’oublierait-il pas, notre Cardinal, le bel axiome : « Lex orandi, lex credendi » qui fait toute l’importance du culte liturgique! « Le rite n’est pas encore la célébration elle-même mais il en est une forme possible ».

 

Nous, nous acceptons tous les rites, Éminence : le rite lyonnais, cartusien, ambrosien… pourvu qu’il soit clairement catholique et non équivoque. C’est précisément là toute la question.

Il poursuit : « En outre, n’oubliez pas que le rite réformé par le Pape Paul VI est le rite universel de l’Église latine » Et que fait-il donc du rite immémorial de l’Église? Le rite dit de saint Pie V. Qu’il n’est pas « de moindre valeur que le rite ancien et qu’en conséquence, il ne vous appartient pas de le critiquer ».

Acceptez donc le pluralisme liturgique… et aidez vos fidèles à vivre paisiblement dans la communion ecclésiale. C’est votre devoir et votre charge. Et que pense-t-il alors des critiques particulièrement fortes du Cardinal Stickler ?…

Ah, quelle confusion !

Tout cela n’est pas bon. Je crains de profonds découragements pour plusieurs d’entre eux.

 

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