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La semaine Sainte: le Vendredi Saint

publié dans paroisse saint michel le 20 avril 2011


Vendredi Saint

Le Chemin de Croix.
Méditation

Introduction.

La Passion, vous le savez, est l’œuvre essentielle de NSJC. Il est venu en ce monde pour offrir ce sacrifice rédempteur. Parce que le Verbe de Dieu s’est incarné en raison du péché de l’homme pour le réparer et faire ainsi renaître la Vie divine dans nos âmes, Il s’est offert en sacrifice de rédemption et de propitiation à son Père. Il restaurait ainsi la vie divine en tous ceux qui croiraient en Lui, la vie de charité par une participation, dans la foi, à sa propre vie divine, par une participation à la « grâce capitale » qui est en Lui. Le sacrifice du Calvaire apparaît ainsi comme l’unique fontaine de vie, la seule source de vie et de salut pour les hommes. Ce fut la prédication de saint Pierre : Il n’y a de salut qu’en Lui, qu’en son Nom, qu’en ce sacrifice : « Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel par lequel nous puissions être sauvés » que le nom de Jésus. Dès lors, Dieu nous communiquera cette vie nouvelle en perpétuant le Calvaire. Il n’y aura jamais qu’un Sacrifice, le sacrifice du Christ. Il n’y aura jamais qu’un seul Sauveur, le Christ Jésus. Il est la seule Victime expiatrice, la seule Victime agréable à Dieu et agréé de Dieu. Il est le seul Prêtre s’offrant en Victime sainte. Il n’y a qu’un sacrifice de la Croix, qu’Une Hostie, qu’un Prêtre, c’est Jésus lui-même, parce qu’il n’y aura jamais qu’un seul acte « théandrique », d’un homme et d’un Dieu tout à la fois, capable d’apaiser la justice de Dieu offensé par le péché originel et nos péchés personnels. Il n’y aura jamais qu’une messe. Notre messe n’est vrai sacrifice que parce qu’elle est le sacrifie du Christ qui s’offre éternellement à Dieu le père par les mains du prêtre.

Il faut donc donner dans nos cœurs au Mystère de la Croix toute sa valeur, toute sa place. Car la Croix, prolongée dans la messe, est essentielle dans l’économie divine de la Rédemption et dans son application aux âmes tout au long de l’histoire de l’Eglise.
Voilà pourquoi l’Eglise garde jalousement ce trésor et convie très régulièrement ses fidèles à méditer le chemin de la Croix et à assister à la sainte Messe…puisque, encore une fois, l’acte du sacrifice est la réalisation de la rédemption, celui qui glorifie Dieu infiniment et ouvre les portes du Ciel à l’humanité pécheresse. Voilà le sacrifice du Calvaire. Il est « rédempteur » parce qu’il est « théandrique », un acte divin et humain tout à la fois.
On ne peut qu’être frappé par l’insistance de NSJC durant toute sa vie terrestre sur son « heure » : « J’ai désiré d’un grand désir cette heure, celle de mon immolation ». Jésus est tendu vers sa Croix. « Le Mysterium Christi est avant tout le Mysterium Crucis », nous disait Mgr Lefebvre. La Croix de NSJC est ainsi au cœur du plan salvifique. « C’est pourquoi c’est dans cette relation de chaque âme avec Jésus crucifié que le jugement de Dieu sera porté. Si l’âme est dans une relation vivante avec Jésus crucifié, alors elle se prépare à la vie éternelle » (Mgr Lefebvre. Itin. Spiri)
« Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est jeté dehors… »

Parce que Jésus réalise parfaitement la volonté de Dieu en sa Passion, cette passion – que nous allons méditer – est l’objet des complaisances de son Père. Oui ! Le Père contemple son Fils avec amour non seulement lors de la Transfiguration, au Thabor, mais aussi dans sa Passion au Clavaire. Le Père enveloppe son Fils d’un regard infini d’amour, là, particulièrement au Calvaire, tout autant qu’au Thabor.

Pourquoi ?

Parce que Jésus, durant sa Passion, honore et glorifie son Père parce qu’il s’abandonne à tout ce que la justice et l’amour de son Père réclament de Lui. Il s’abandonne à sa sainte volonté ! A la Passion, le Fils épouse particulièrement la volonté de son Père. Pour reconnaître les droits de la majesté divine outragée par le péché et sauver le monde, le Fils s’offre à cette douloureuse passion. « Ut cognoscat mundus quia diligo Patrem »

Nous devons à notre tour nous unir à ce sentiment et adorer le Fils dans le don de lui-même.

Mais nous devons aussi aimer cette passion parce que c’est là, plus qu’ailleurs qu’éclatent toutes les vertus de NSJC. Elles se manifestent en sa Passion. Son amour immense pour son Père, sa charité pour nous, sa haine du péché, le pardon des offenses, des injures –marque éminemment chrétienne- éclate surtout là dans les paroles prononcées sur la Croix, la patience, la force, l’obéissance à l’autorité légitime, la compassion : toutes ces vertus éclatent d’une façon héroïque dans ces jours de douleur.

Là, dans sa Passion, se trouve par excellence l’exemplaire de notre vie, notre modèle. Voilà pourquoi nous devons aimer le Chemin de la Croix.

Mais nous avons encore une autre raison d’aimer méditer la Passion. C’est là qu’éclate, mieux qu’ailleurs, l’immense amour de NSJC.

Pourquoi donc fallait-il tant de souffrances en sa Passion. Il pouvait – parce que Homme-Dieu – nous sauver par un seul acte d’amour. Non il ne le voulut pas. Pourquoi ? Saint Bernard nous en donne une belle raison : « Il a pris sur lui, dit-il, la plus lourde peine afin que l’homme lui fut redevable du plus grand amour. La difficulté de la Rédemption devait être un avertissement pour la créature que la facilité de sa condition première n’avait pas rendue assez reconnaissante. Que disait en effet l’homme ingrat ? Il disait : j’ai été créé gratuitement mais je n’ai coûté aucune peine à mon créateur. Il a prononcé une simple parole et j’ai été créé…Il n’y a rien de bien extraordinaire. Ainsi donc rabaissant le bienfait de la création, l’impiété humaine trouvait un motif d’ingratitude, là où il fallait reconnaître un motif d’amour….Mais (là dans la Rédemption) il est manifeste que Dieu a payé pour l’homme un prix énorme : maître, il s’est fait esclave ; riche, il s’est fait pauvre ; Verbe, il s’est fait chair ; et Fils de Dieu, il n’a pas dédaigné d’être le fils de l’homme. Souvenez vous que si vous avez été faits de rien, vous n’avez pas été racheté s de rien…l’œuvre de votre salut a demandé trente année entière de labeur, enduré avec quelle patience ! L’ignominie de la Croix, l’horreur de la mort sont venues s’ajouter aux servitudes de la chair et aux tentations de l’Ennemi ! Il le fallait. C’est ainsi Seigneur que tu as sauvé les hommes en multipliant ta propre miséricorde ».

Première station : Jésus est condamné à mort par Pilate.

« Jésus est debout devant le gouverneur romain : stetit ante praesidem (Mt 27 11)
« Stare » c’est l’attitude du militaire, du chef. Jésus est debout parce qu’il est le chef de toute la race humaine qu’Il va racheter par son immolation.
Les princes des prêtres, les pharisiens, son propre peuple l’entourent comme des taureaux furieux tout autant que nos propres péchés. Les uns et les autres crient par leur clameurs et exigent tumultueusement la mort du juste : « Tolle Tolle Crucifige eum »
Pilate leur livre la victime pour qu’elle soit attachée à la croix !

Que fait Jésus ? Il est debout. S’il est debout c’est parce qu’il est notre chef. Certes il rend témoignage de la vérité. Il est Roi Il est le Fils de Dieu. Mais il s’abaisse intérieurement devant l’arrêt prononcé par Pilate. Il lui reconnaît un pouvoir authentique.

Mais Jésus se livre plus qu’il n’est livré. Car il y a dans l’âme de Jésus comme une inclination à la Croix, il y a dans son âme comme « un vif penchant » à souffrir pour notre salut tant il nous aime. « En effet toutes les fois qu’on lui parle de sa dignité de Fils de Dieu, il rejette cette pensée qui lui donne quelque complaisance pour ne considérer que l’avilissement où sa mort et sa passion le devaient réduire » (Louis Chardon). C’est que la mort pour notre salut était le principal objet de sa pensée. « Jésus met sa grandeur dans les tourments de sa passion et l’amour qu’il a de la Croix ne peut permettre à aucune autre pensée d’altérer l’attrait que la grâce lui donne de mourir entre ses bras » (L Chardon) La vie lui est à charge tant qu’il ne la donne point pour le salut des hommes. (L Chardon). C’est pourquoi il se livre plus qu’il n’est livré…à ses bourreaux.

Il s’humilie en obéissant jusqu’à la mort. Il accepte volontairement pour nous la sentence de condamnation afin de nous rendre la vie, « De même que la désobéissance d’un seul, Adam, a entraîné la perte d’un grand nombre, ainsi l’obéissance d’un seul, le Christ Jésus, les établira dans la justice ». (Rm 5 19)

Nous devons nous unir à Jésus dans son obéissance. Nous devons accepter la volonté signifiée de Notre Dieu mais aussi la volonté de bon plaisir de Dieu. Pour ce faire, regardons le Christ en cette première station, en son agonie : que votre volonté soit faite. Que sa volonté trouve en nous toujours un cœur docile et ouvert. Acceptons toujours la volonté de Dieu. Ayons toujours un cœur soumis, sans réserve, sans murmure au bon plaisir divin.

Deuxième station : Jésus est chargé de sa Croix.

« Pilate leur livra Jésus pour être crucifié et ils l’emmenèrent portant sa croix »

Est-ce bien Pilate qui livra Jésus aux Juifs qui l’emmenèrent portant sa Croix ?
Le Problème est complexe.
Il fut livré par Son Père. C’est saint Paul qui l’enseigne : « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous » (Rm 8 32). La Passion est ici l’œuvre du Père.

Mais ailleurs, comme plus haut, il est dit qu’Il s’est livré Lui-même : « Il nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous » (Eph 5 2). La Passion est ici l’œuvre du Fils.
Mais il est dit aussi qu’il fut livré par Judas : « Que voulez-vous me donner et je vous le livrerai ». Elle est l’œuvre de Judas.
Et il fut livré aussi par les Juifs à Pilate qui dit à Jésus : « Tu m’as été livré par ton peuple et tes pontifes (Jn 18 35).
Mais il fut aussi livré par Pilate aux Gentils : « Il le leur livra pour être crucifié » (Jn 19 16). Aussi est-elle l’oeuvre de Pilate.
Si l’acte fut identique chez les uns et chez les autres, les motifs de cet acte furent différents selon les personnes. Livrer peut, en effet, être pris en bonne ou mauvaise part, selon les circonstances et l’intention. « Le Père a livré le Christ et lui-même s’est livré pour nous, mais par amour, et c’est pourquoi ils en sont loués, tandis que Judas a livré Jésus par cupidité, les Juifs par jalousie, Pilate par respect humain à l’égard de César et c’est pourquoi ils en sont blâmés »

Jésus a dit : « Si le Père m’aime, c’est que je donne ma vie pour la reprendre. On ne me l’ôte pas, je la donne de moi-même ; j’ai le pouvoir de la donner et le pouvoir de la reprendre. Tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père » (Jn 10 17-18. Jésus veut souligner là le caractère volontaire de sa Passion et veut écarter tout soupçon d’opposition entre son Père et lui.
Le Père a livré son Fils à la Passion parce qu’Il a pré ordonné de toute éternité la passion du Christ à la libération du genre humain. Il lui a inspiré la volonté de souffrir pour nous en lui infusant la Charité. Enfin il ne l’a pas protégé de la souffrance mais l’a exposé à ses persécuteurs.

Le motif décisif et déterminant de la Passion du Christ n’est autre que le trop grand amour de charité dont le Sauveur a voulu en accord avec son Père nous donner le témoignage en la nature humaine qu’il avait librement assumée. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». (Jn 15 13) et le Christ a voulu ainsi donner ce témoignage du plus grand amour au genre humain tout entier.

Sachons lui en être reconnaissant comme nous le demande Saint Bernard. Ce n’est pas pour rire que je t’ai aimé.

Acceptons nos croix en union avec Lui, comme Lui pour être de dignes disciples de ce bien aimé chef. Malgré la lourdeur de sa Croix, l’amour qu’il porte à son Père n’est en rien diminué. Alors imitons le lorsque l’heure de la souffrance sonne pour nous. « Si quelqu’un veut être mon disciple qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Ne soyons pas de ceux que saint Paul appelle les « ennemis de la croix de Jésus ». Rien ne pacifie tant l’âme qui souffre que cet abandon entier « au bon plaisir de Dieu ».

Troisième station : Jésus tombe une première fois.

« Il sera un homme de douleur et il connaîtra la faiblesse ». Cette prophétie d’Isaïe s’accomplit à la lettre. Jésus épuisé par les souffrances de l’âme et du corps, succombe sous le poids de la Croix : la toute puissance tombe de faiblesse. Par elle, il expie nos péchés, il répare les révoltes de notre orgueil et « relève le monde impuissant à se sauver ». De plus il nous méritait à ce moment la grâce de nous humilier de nos fautes, de reconnaître nos chutes. Il nous méritait la grâce de la force qui soutient notre faiblesse. Reconnaissons devant Dieu l’étendue de notre faiblesse. Autant Dieu accable le superbe, autant l’humble aveu de notre infirmité attire sa miséricorde. Implorons sa miséricorde lorsque nous sentons que nous sommes faibles : Miserere mihi Domine quoniam infirmus sum.

Quatrième station : Jésus rencontre sa Très sainte Mère.

Le jour est venu pour la Vierge Marie où doit se réaliser pleinement en elle la prophétie de Siméon : un glaive percera votre cœur. Elle veut plus que jamais entrer dans les sentiments de son Fils et partager sa souffrance, à cette heure où Jésus va consommer son sacrifice. Elle se rend au calvaire. Sur la route, elle le rencontre. Quelle immense douleur de le voir dans cet affreux état. Leurs regards se croisent et l’abîme des souffrances de Jésus appelle l’abîme de la compassion de sa Mère. Que ne ferait-elle pas pour lui ?
Cette rencontre fut une source de douleur pour Jésus en voyant la profonde douleur en laquelle son état plongeait l’âme de sa Mère Mais également de joie, en la pensée que ses souffrances allaient payer le prix de tous les privilèges dont elle était et devait être comblée.

Marie aussi apaise sa souffrance en s’unissant à la volonté du Père qui est aux Cieux. Elle comprenait que la volonté du Père était ce sacrifice de son Fils pour la salut du monde. Or toute sainteté n’est-elle pas l’abandon à la volonté de Dieu. Marie s’abandonne à la volonté de Dieu et offre son Fils en victime sainte. Elle s’associe à la volonté du Fils qui veut aussi satisfaire la volonté du Père. Union parfaite des cœurs. Union parfaite de sainteté. Compassion parfaite de Marie à la passion de son Fils. Notre Dame de compassion ! Priez pour nous. Imprimez en notre cœur les images de la passion de votre Fils. Que sa Passion soit pour nous « l’aiguillon de notre amour » toujours, chaque jour. Comme le dit encor saint Bernard : « que l’œuvre de notre rédemption ne quitte jamais la mémoire des hommes rachetés ». Il faut se souvenir du mode selon lequel s’accomplit la Rédemption et le fruit qui en résulte. Le mode c’est la via dolorosa. Le fruit c’est le ciel. i.e. « C’est notre âme remplie de Dieu ». Et si la méditation du mode de la Rédemption engendre la contrition de mon âme, la méditation de la Rédemption dans son fruit, dans son terme est « le germe de la sainte espérance », dit encore saint Bernard. « Toutes deux sont nécessaires à nos progrès : car si l’amour ne l’accompagne, l’espérance reste mercenaire ; et l’amour est tiède si l’on n’en espère aucun fruit ».

Cinquième Station : Simon le Cyrénéen aide Jésus à porter sa Croix.

« Comme ils sortaient, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon qu’ils réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus ».

C’est dire combien Jésus est épuisé…bien qu’il soit le Tout puissant, il veut que sa sainte humanité chargée de tous nos péchés éprouve le poids de la justice et de l’expiation. Mais il veut que nous l’aidions à porter sa croix. Simon nous représente tous et c’est à nous tous que Jésus le Christ demande de partager ses souffrances. On n’est son disciple qu’à cette condition : « Si quelqu’un veut marcher sur mes traces, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Le Père a décidé qu’une part des douleurs serait laissée au corps mystique de son Fils, qu’une portion de l’expiation serait subie par ses membres. Jésus le veut ainsi et c’est pour signifier ce décret divin qu’il accepte l’aide du Cyrénéen
Mais en ce même temps il nous a mérité les grâces de la force pour soutenir généreusement les épreuves. Il a mis dans sa Croix la douceur qui la rend supportable. Je pense à cet instant à tous le martyrs de l’Eglise primitive. Aux martyrs de l’Eglise de Rome. Je pense à Sainte Cécile ? Je pense aux martyrs de Lyon, à Saint Polycarpe, à Sainte Blandine, à Saint Ignace d’Antioche. Je pense à tous les martyrs, à tous les catholiques d’Afrique, d’Asie, aux martyrs du communisme, du troisième Reich. Ils font mon admiration. Je pense à tous les martyrs de l’Islam. Ils ont fait l’Eglise. Ils en ont assuré la fondation. Ils en ont assuré la croissance. « Sang des martyrs, semence de chrétienté », disait Tertullien. Aussi nul doute que la Chine s’ouvrira tôt ou tard à la parole de Dieu comme l’empire païen romain s’ouvrit après trois siècles de souffrances. . Par le Christ souffrant ou sanglant, l’Eglise a été fondée. Il en sera toujours ainsi. Soyons reconnaissants à tous ces martyrs du monde entier.

Sixième Station : Une femme essuie le visage de Jésus.

Une femme, prise de compassion, s’approcha de Jésus et lui essuya sa face.

Isaïe avait prédit de Jésus souffrant qu’il n’aurait plus ni forme ni beauté qu’il serait rendu méconnaissable. Mais comment en pouvait-il être autrement au milieu des soldats brutaux qui s’acharnaient sur lui, crachats, couronnement d’épines, coups divers l’avaient défiguré. Le Christ Jésus a voulu souffrir tout ceci pour expier nos fautes. « Il a voulu nous guérir par ses meurtrissures », nous dit Isaïe.
Comme le linge a purifié son visage, sa Passion nous a redonné la grâce qui fait de nous des enfants de Dieu. « Nous devons lui être semblable puisque telle est la forme même de notre prédestination ». Tout défiguré qu’il est par nos péchés, Jésus dans sa Passion demeure le Fils bien aimé, objet de toutes les complaisances de son Père. Nous lui sommes semblables en cela si nous gardons en nous la grâce sanctifiante qui est le principe de notre similitude divine. Nous lui sommes semblables encore en pratiquant les vertus qu’il manifeste durant sa Passion, en partageant l’amour qu’il porte à son Père et aux âmes, sa patience, sa force, sa mansuétude, sa douceur…au milieu des souffrances personnelles, au milieu de la haine, son obéissance.

« le Christ s’est humilié en se faisant obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la Croix » (Ph 2 8). L’obéissance est un signe d’humilité, une manière de s’humilier, car c’est le fait des orgueilleux de suivre leur propre volonté et de rechercher les grandeurs pour n’être soumis à personne et dominer ainsi à leur guise. L’obéissance est incompatible avec l’orgueil. L’obéissance est en fin de compte, dépendance et soumission à l’égard de Dieu. Telle fut l’obeissance de Jésus : « Non pas ce je veux, mais ce que tu veux », dit-il au jardin des Oliviers. Et son obéissance fut grande, lui qui n’a pas refusé de mourir, de la mort même de la Croix, de toutes les plus ignominieuse. Le Christ est le parfait modèle d’obéissance.

Septième station : Jésus tombe une seconde fois.

NSJC tombe une seconde fois. « Dieu a placé sur ses épaules tous les péchés du monde. Ce sont nos péchés qui l’écrasent. Il les voit dans toutes leur multitude et leur détail. Il les fait siens au point que Saint Paul dit de lui, qu’il s’est fait péché. Il n’est plus qu’un péché vivant. « Pro nobis peccatum fecit. ». Il tombe d’épuisement.
Evoquons ici les paroles de Jésus à la confidente de Paray le Monial, sainte Marguerite Marie lors de sa Sainte Agonie :
« C’est ici où j’ai plus souffert intérieurement qu’en tout le reste de ma Passion, me voyant dans un délaissement général du Ciel et de la terre, chargé de tous les péchés des hommes. J’ai paru devant la sainteté de Dieu qui, sans égard à mon innocence, m ‘a froissé en sa fureur, me faisant boire le calice qui contenait tout le fiel et l’amertume de sa juste indignation ; comme s’il eût oublié le nom de Père, pour me sacrifier à sa juste colère. Il n’y a point de créature qui puisse comprendre la grandeur des tourments que je souffris alors. C’est cette même douleur que l’âme criminelle ressent, lorsqu’elle paraît devant le tribunal de la Sainteté divine qui s’appesantit sur elle, la froisse et l’opprime et l’abîme en sa juste rigueur. »
N’oublions jamais nos misères. Ne nous laissons jamais aller à l’orgueil. Nous demeurons toujours faible. Seule la vertu divine qui découle de lui nous rend fort.

Huitième station : Jésus parle aux femmes de Jérusalem.

« Jésus était suivi d’une grande foule de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Se tournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants, car des jours viendront où l’on dira : Bienheureux celles qui furent stériles…Et les hommes crieront aux montagnes : tombez sur nous…Car si le bois vert est ainsi traité, que fera-t-on du bois sec » ?

Jésus nous rappelle ici qu’il est « un pontife saint, innocent, pur, séparé des pécheurs ». Il ne fait que se substituer aux pécheurs. On parlera en théologie de substitution vicaire. Et pourtant voyez de quelles atteintes rigoureuses la divine justice le frappe. Si la justice réclame de lui une expiation si étendue, quelle sera la force des coups contre les coupables qui auront obstinément refusé jusqu’au dernier jour d’unir leur part d’expiation aux souffrances du Christ ? Ce jour là la confusion de l’orgueil humain sera si profonde, le supplice de ceux qui n’auront pas voulu de Dieu, si terrible que ces malheureux, rejetés de Dieu pour toujours, grinceront des dents de désespoir. Ils demanderont aux collines de les couvrir comme si elles pouvaient les dérober au regard de Dieu.
Implorons la miséricorde de Jésus pour le jour où il viendra non plus en victime mais en juge souverain « à qui le Père a remis toutes puissance ». Jour redoutable !

En ce jour,
Le monde et sa puissance seront réduits à néant !.
Le Monde et son orgueil seront confondus !
Le monde et son laïcisme seront détruits !
Le monde et son rationalisme seront déconsidérés !
Le monde et son hédonisme seront anéantis
Le monde et son irrévérence seront rejetés. Tout confessera le Christ et son Royaume éternel.
Le monde et son libéralisme seront foulés aux enfers.
Le monde et sa violence seront à jamais refusés.
Un règne d’amour sera enfin établi.

Neuvième station : Jésus tombe une troisième fois.

« Dieu, disait Isaïe, en parlant de Jésus durant sa Passion, a voulu le briser par la souffrance. C’est l’heure !
Il est écrasé par la justice divine.
Il s’affale tout de long. Ce que c’est que la justice divine ! Qui pourra la mesurer, la comprendre. Pour cela il faut contempler Jésus dans sa troisième chute. Mais tout également, ce que c’est la charité de Jésus ! Elle éclate dans la Passion comme nulle part ailleurs.

A qui voulait attribuer la Passion du Christ à la charité plutôt qu’à l’obéissance, saint Thomas répondait : « Mais c’est tout un » ; c’est par obéissance que le Christ a accompli les préceptes de la charité et c’est par amour qu’il a obéi au commandement de son Père. Son obéissance procédait de son amour pour son Père et pour nous. Il y a donc pleine harmonie entre ces deux affirmations : le Christ est mort par amour et le Christ est mort par obéissance. Et de toute façon, les œuvres de toutes les vertus morales ne sont méritoires devant Dieu que pour autant qu’elles sont faites en esprit d’obéissance à la volonté divine, c’est-à-dire dans un esprit de charité. L’une ne va pas sans l’autre. La charité est en effet une amitié entre Dieu et nous et l’amitié entre amis commande une même volonté. En accomplissant l’acte de la Passion, le Christ accomplissait l’acte de charité le plus parfait dans la plus parfaite des obéissances. L’obéissance est un même vouloir. Idem velle. Idem nolle. « Père, que votre volonté soit faite ! Quel amour !

Dixième station : Jésus est dépouillé de ses vêtements.

« Ils se sont partagé mes vêtements et ils ont tiré ma robe au sort ». C’est la prophétie du psalmiste. Jésus est dépouillé de tout et mis dans la nudité d’une pauvreté absolue. Il ne dispose pas même de ses vêtements. Les soldats se les partageront et jetteront sa tunique au sort. Jésus s’abandonne à ses bourreaux comme victime pour nos péchés.
Unissons l’offrande de nous- mêmes au sacrifice du Christ, au dépouillement du Christ.
Le dépouillement de nous-mêmes !
Ce dépouillement est une condition de notre naissance à la vie divine, à notre nouvel être. Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi.

Et c’est en toute liberté que le Christ accepta sa Passion.
Bien souvent les adversaires du Christ avaient voulu L’arrêter pour le condamner, mais en vain car son heure n’était pas encore venue. (Jn 7 30, 44 ; 8 20 ; 10 39). Le Prince de ce monde ne pouvait rien contre Lui (Jn 14 30), mais l’Ecriture s’accomplirait. Le Bon Pasteur a donné sa vie pour ses brebis de manière entièrement libre, à l’heure de son choix

Onxième station : Jésus est attaché à la Croix.

« Ils le crucifièrent et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu ».
Jésus se livre à ses bourreaux « comme un agneau sans ouvrir la bouche ». La torture de ce crucifiement des mains et des pieds est inexprimable. Qui pourrait dire surtout les sentiments du cœur sacré de Jésus au milieu de ces tourments ? Il devait répéter sans doute la parole qu’il avait dite en entrant dans le monde : « Père, vous ne voulez plus d’holocaustes d’animaux ; ils sont insuffisants pour reconnaître votre sainteté…mais vous m’avez donné un corps. Jésus aussi regarde son Père et avec un incommensurable sentiment d’amour, il livre son corps pour réparer les insultes faites à la majesté éternelle. On le crucifie entre deux larrons. Il a voulu être mis au rang des scélérats. Il a voulu reconnaître les droits souverains de la sainteté de Dieu.
Il se livre aussi pour nous. Il s’est offert pour nous racheter. Quelle révélation de l’amour de Jésus pour nous. Il n’aurait pu faire davantage d’autant que ce don de lui-même est fait en toute liberté.

Douxième station : Jésus meurt sur la Croix.

« Et criant d’une voix puissante, Jésus dit : Père je remets mon esprit entre vos mains. Et ayant dit ces paroles, il expira ». Après trois heures de souffrances indicibles, Jésus meurt. La seule oblation digne de Dieu. L’unique sacrifice qui rachète le monde et sanctifie les âmes. Ce sacrifice est accompli. Le Christ avait promis que « quand il aurait été élevé sur la croix, il attirerai t tout à lui ».
Nous sommes à Lui à un double titre
-comme créatures tirées du néant par lui et pour lui
-comme des âmes rachetées par son sang.
Une seule goutte de son sang aurait suffi pour nous sauver, car tout en lui a une valeur infinie, Il est Dieu ; mais, parmi tant d’autres raisons, il l’a voulu répandre jusqu’à la dernière goutte en faisant percer son cœur afin de nous manifester l’étendue de son amour. Et c’est pour nous tous qu’il l’a versé. Chacun peut donc dire en toute vérité la brûlante parole de saint Paul « il m’a aimé et s’est livré pour moi ».

Ne restons pas insensible à tant d’amour.
« Je ne vous parlerai plus longtemps. Le Prince de ce monde vient, et il ne peut rien contre moi. Mais pour que le mopnde sache que j’aime mo Père, j’agis selon le commandement de mon Père. Levez-vous et partons d’ici » (JN 14 30-31)
Le Seigneur veut nous faire comprendre que la cause de sa mort doit être pour nous une cause de consolation. Autre chause, en effet, de mourir pour une faute que l’on a commise, – et cette mort est une cause de douleur – autre chsoe es de mourir par devoir et par généroité, en pratiquant la vertu – et cette mort est une cause de consolation. Or le seigneur nous montre à ce propos que ce ne sont pas nos péchés qui ont été la cause de sa mort, mais bien les vertus d’obéissance et de charité. Le prince de ce monde a pénétré dans le cœur de Judas pour l’inciter à trahir le Christ, en celui des Juifs pour qu’ils le tuent, mais sur le Christ il ne pouvait rien, car il n’y a en Lui aucun péché. La cause de sa mort ne fut pas le péché. La vraie cause de sa mort est à chercher ailleurs. Le Christ a enduré la mort pour un double motif : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Le péché n’ a été que l’occasion de la mort du Christ. Sachez que j’aime mon Père d’un amour éfficace : je meurs parce qu’il m’en a donné le commandement. Mon obéissance est causé par mon amour. Cet ordre, le Père ne l’a pas donné au Verbe comme tel, mais au Fils de l’homme, i.e ; au Verbe incarné, en lui inspirant de mourir pour le salut des hommes. Si je meurs, ce n’est pas par nécessité, mais par amour et par obéissance.

Treizième station : Le corps de Jésus est descendu de la Croix et remis à sa Mère.

Le corps meurtri de Jésus est rendu à sa Mère.
Quelle douleur pour Marie.
Jamais Mère n’a aimé son enfant comme Marie a aimé Jésus.
Cela suffit à notre méditation en cette station.

Quatorzième station : Jésus est déposé dans le tombeau.

« Joseph d’Arimathie ayant descendu de la croix le corps de Jésus, l’enveloppas d’un linceul et le déposa dans un sépulcre taillé dans le roc où personne n’avait encore été mis ».

Sachons voir dans le mystère de notre rédemption « et la sévérité de Dieu qui n’a pas voulu remettre le péché sans satisfaction, ce que l’Apôtre exprime en disant : « Il n’a pas épargné son propre Fils (Rm 8 32) et aussi sa bonté, car l’homme ne pouvait satisfaire par aucune de ses souffrances et Dieu lui donna un libérateur, ce que l’Apôtre exprime en disant : « Il l’a livré pour nous tous, – « Dieu nous l’a donné comme victime de propitiation en son propre sang, moyennant la foi » (Rm 3 25)
Et c’est ainsi que l’amour rédempteur nous révèle tout ensemble une double dimension morale, l’une à l’occasion de l’autre : celle de la gravité du péché, celle aussi de la miséricorde divine. Le péché, c’est la haine de Dieu, la haine de l’amour, la mort de Dieu dans l’âme. Pouvait-il nous manifester davantage la malice du péché qu’en lui permettant d’occasionner la mort du Christ en Croix. Et voilà que le rachat du péché est devenu le témoignage de l’amour divin au-delà de toute vraisemblance, car il n’y a pas de plus grande miséricorde que de donner son sang et sa vie pour ses ennemis, et Dieu est mort pour nous pécheurs. « Heureuse faute qui nous a mérité un tel et si grand Rédempteur, ose chanter la liturgie de la Veillée pascale.
Ainsi la Rédemption est à la fois une affaire de justice et une affaire d’amour.
De justice, car Dieu n’a pas voulu pardonner le péché sans une satisfaction et quelle satisfaction ! quelle peine ! quelle souffrance !
D’amour, car Dieu nous donna en son Fils, le Verbe fait chair le seul qui pouvait satisfaire d’une manière condigne. Et c’est pourquoi il faut dire que sans cette justice, cette rigeur de Dieu, nous n’aurions pas connu cette miséricorde, maqis sans cette miséricorde, nous n’aurions jamais connu cette justice et c’est la miséricorde qui domine et l’emporte , car la justice s’exerce là en dehors et au-delà de ses peropres exigences<. En dehors : la justice ne peut rien contre l’innocence.
Au-delà, car la plus petite souffrance du Christ aurait encore suffi au rachat de tous les péchés du genre humain. Car plus l’amour croit, moins la peine est nécessaire, et l’amour du Sauveur était infini de valeur. Jésus pouvait donc nous racheter sans souffrir. Il est donc urgent de confesser que le Verbe dans sa chair sacrée ne pouvait être victime que de son propre amour miséricordieux. La rédemption est une expiation d’amour. C’est la miséricorde, et elle seule qui prévient, englobe et détermine le sacrifice du calvaire. Ainsi la rédemption est-elle l’expression sensible et sanglante du primat de l’amour divin sur l’ordre de la justice. Ce sera le dernier mot sur ce mystère de la Rdémption qui esst un mystère d’amour

« On l’ensevelit, dit saint Jean, à la manière des Juifs, avec des linges et des aromates ». Mais le corps de Jésus uni au Verbe ne devait pas connaître la corruption. Il resta à peine trois jours dans le tombeau et par sa propre vertu, Jésus sortira, triomphant de la mort, resplendissant de vie et de gloire et la « mort n’aura plus d’empire sur lui ».
Et nous, qui, « par notre baptême, avons été ensevelis avec lui pour mourir au péché, vivons, désormais, comme Lui, pour Dieu ».
Vivons pour Dieu ! Qu’il en soit ainsi !

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