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Semaine Sainte 2012 : Le Jeudi Saint

publié dans paroisse saint michel le 5 avril 2012


Le Jeudi Saint
2012

MBCF,
Vous me permettrez de vous parler encore, en ce Jeudi Saint, du sacerdoce catholique. C’est le jour de l’institution de l’Eucharistie. C’est le jour de l’institution du Sacerdoce. Lorsque NSJC dit à ses disciples : « Faites ceci en mémoire de moi », il instituait, nous dit le Concile de Trente, le sacerdoce catholique. Ces deux sacrements sont intimement liés, le sacerdoce prend son sens dans sa relation essentielle à l’Eucharistie qui n’est pas seulement sacrement mais qui est aussi sacrifice. Le prêtre se définit ainsi comme l’homme du sacrifice. Voilà son essence. Ainsi est-il celui qui donne les choses saintes, l’Eucharistie, le Saint Sacrifice. « Sacra » « dans », « sacra « dare ». Qui y-a-t-il de plus saint que la Sainte Eucharistie, que le Saint Sacrifice de la messe ?.

Le sacerdoce, c’est ainsi le « trésor » de mon cœur. C’est la « pierre précieuse » de mon cœur. C’est la « drachme » dont nous parle l’Evangile pour laquelle j’ai tout vendu pour l’acquérir et la posséder.

Ce bien réjouit mon intelligence, ma volonté, ma mémoire.

Ma mémoire, tout d’abord. Je me souviens du jour de mon ordination comme si c’était hier, un certain 17 octobre 1971, en la fête de sainte Marguerite Marie, qui était aussi, cette année là, le jour de la béatification de saint Kolbe. Je me souviens de celui qui m’a conféré ce sacerdoce, Mgr Lefebvre. A lui, à jamais ma reconnaissance. Je me souviens du lieu où j’ai reçu ce sacrement, dans la paroisse de Riddes, dont M l’abbé Epinay était le curé. Je me souviens de ma famille, qui avait fait le déplacement dans ce beau pays de Suisse, de ma mère, à qui je dois tout, qui venait de perdre son mari trois jours auparavant. Je me souviens du séminaire, Ecône, qui s’édifiait année après année, grâce au courage intrépide et généreux de Mgr Lefebvre. Quelle audace lui a-t-il fallu pour qu’à plus de 60 ans, il se lança dans cette œuvre sacerdotale, dans la construction importante et couteuse du séminaire. Je me souviens de mes amis, surtout de Mgr Tissier de Mallerais, à l’époque, bien sur, simple abbé et même séminariste. Nous avions passé une année ensemble à Fribourg. Il était édifiant de vertu et de bonté. On l’appelait « placide ». Il était, comme disent les belges, « très taiseux », ne disait mot. Je me souviens qu’en l’année jubilaire de 1975, nous nous sommes trouvés ensemble, sans que nous nous soyons donnés rendez-vous, agenouillés côte à côte, à la place saint Pierre, pour recevoir la bénédiction du souverain Pontife, Paul VI, alors qu’en cette année jubilaire, à Rome, les portes des Basiliques romaines nous étaient fermées, tout comme, à cette époque, le cœur du Pape. Qui donc a changé ? Je me le demande bien. Je me souviens qu’en ce jour d’ordination, le curé de Riddes avait, pour la cérémonie, remis son autel dans le bon sens. Il n’y toucha plus, si bien que, 25 ans après, pour mon jubilé sacerdotale, j’ai pu, sur le même autel, dans le bon sens, célébrer, entouré de tous les séminaristes d’Ecône et de son corps professoral, la sainte messe de toujours.

Oui ! Ce sacerdoce réjouit ma mémoire, mais aussi ma volonté et mon in telligence. La volonté est attirée par le bien. Son objet est le bien comme le vrai est l’objet de l’intelligence. Et le sacerdoce est le bien, un bien, un bien excellent, un vrai bien. Et ce bien réjouit mon âme, du matin au soir, mon intelligence. Je me complais en lui. J’aime cette activité sacerdotale. Jamais au chômage. Toujours en activité. Toujours en activité pour vous, pour vos familles, pour vos enfants. J’aime ce bien, ce sacerdoce, qui me permet de méditer plus à l’aise, que si j’étais resté dans le monde, les mystères divins, l’amour de Dieu, de son œuvre créatrice.

Qu’avait-il besoin de créer, Ne se suffisait-il pas à Lui-même ? Il est le bien suprême. Rien ne peut ajouter à sa gloire, à son bien, à son plaisir. S’Il crée, c’est pour se communiquer. « Bonum diffusivum sui ». Il crée pour se donner lui –même à contempler et à aimer. C’est pour se faire connaître. Et dans cette connaissance est la béatitude, nous dit déjà Aristote. J’en témoigne. Ce que reprendra plus tard saint Thomas, dans son traité sur les béatitudes. La création, œuvre divine, est comme le reflet de Dieu, de son être, de ce qu’il est. Cette création me permet de le connaître, de connaître son existence, son être. Comment un être contingent qui n’a pas en lui-même sa raison d’être pourrait-il être sans un être nécessaire et ultime qu’on appelle Dieu ? Comme il doit être beau et bon ce Dieu, puisque sa création est déjà si belle et si bonne, si généreuse ! Que de biens ne nous donne-t-elle pas ? Et la mer et la terre et le ciel…Que de biens en recevons-nous ! Or rien ne peut-être dans l’effet qui ne soit dans la cause. Ainsi puis-je déjà appréhender quelques perfections divines par ma seule raison : sa bonté, sa Providence. De quoi satisfaire mon esprit, épris, comme toute intelligence, de beau et de grand.

J’aime ce bien, ce sacerdoce, qui me permet, non seulement de méditer sur la création, mais aussi et surtout sur l’œuvre rédemptrice, sur le mystère de l’Incarnation, sur le mystère de la Rédemption.

Sur l’Incarnation ! Quel mystère. Quel beau mystère. Sa raison, c’est la manifestation de la charité de Dieu. « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ». L’Incarnation ! Epiphanie de la charité de Dieu. Voilà ce que mon âme sacerdotale, tout à loisir, a la joie de contempler et d’annoncer. Dans ce mystère, je vois juter l’amour de charité, l’amour de Dieu. Mais je vois aussi d’autres vertus que je dois aimer et imiter, l’esprit de pauvreté, l’esprit d’humilité, l’esprit d’obéissance. « Me voici o Père pour faire votre volonté » dira NSJC, je vois l’esprit de service. En venant sur la terre, le Verbe de Dieu s’est fait le « serviteur des serviteurs ». Nous allons le commémorer par le rite du lavement des pieds. Alors point d’orgueil. Point de suffisance dans ma vie sacerdotale. Et s’il en était autrement, de grâce, prévenez-moi à temps. Mais cette Incarnation, si elle est, quant à son principe, l’œuvre de la charité de Dieu, elle est aussi quant à sa fin, tout autant la manifestation de la charité divine, puisse qu’elle est la charité possédée : « afin que quiconque croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle ». Mais qu’est-ce donc que la vie éternelle sinon Dieu connu et possédé pour toujours, grâce à la foi. La foi a ainsi une double dimension : elle est sotériologique et eschatologique.

Mais c’est surtout le mystère de la Rédemption qui occupe mon cœur et mon intelligence. En ce mystère, je contemple, là encore, la charité du Fils. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ». C’est le mystère de la Croix. Je sais que NSJC a eu en son âme comme un poids qui l’incline vers la Croix. Et cet attrait qu’il eut de mourir entre ses bras, me révèle l’immensité de son amour. Voilà ce que je médite chaque jour. La charité de Dieu est vraiment la note essentielle de l’Evangile. C’est la Bonne Nouvelle. Jésus nous aime à ce point qu’alors même que nous étions pécheurs, il s’est offert en sacrifice d’agréable odeur à son Père. Nul de toutes les créatures ne pouvait réparer le péché originel en raison de sa malice infinie. Pour réaliser cela, cette réparation, Dieu le voulant…O Justice divine que j’adore ! il nous fallait une personne d’une dignité infinie pouvant poser des actes d’une infinie bonté. Et voilà pourquoi Dieu nous envoya son Fils, né d’une Femme, la Vierge Marie, pour nous racheter du péché originel, pour offrir la rançon, le prix de la délivrance. Ce prix ne fut rien d’autre que son sang. Aussi pouvons-nous dire que c’est à grand prix que nous avons été rachetés. C’est ainsi chaque jour ce mystère rédempteur que je célèbre dans la sainte Messe. « Faites ceci en mémoire de moi ». Jésus dit cette phrase après avoir consacré d’abord son corps puis ensuite son sang. Double consécration du corps et du sang du Christ – « ceci est mon corps », « ceci est mon sang » – double consécration qui réalise sacramentalement l’immolation de NSJC, son sacrifice. Voilà ce que je célèbre chaque jour. Chaque jour, je renouvelle le sacrifice du Christ pour le salut des vivants et des morts.

Voilà aussi ce que vous aimez, vous aussi, mes bien chers fidèles, dans le prêtre. Vous ne cherchez pas l’homme mondain. Cela vous fait horreur. Vous ne recherchez pas en lui, le « politique », le « social ». Il y a en bien assez ailleurs. Vous ne recherchez pas la « culture », encore qu’il faille qu’il en ait un peu. Vous ne recherchez même pas « la civilisation », elle n’est qu’une conséquence. Vous recherchez, en lui, l’homme de Dieu. Vous recherchez en lui un « autre Christ ». Vous recherchez le Bon Pasteur, capable de vous conduire sur de bons pâturages, capables de vous montrer « le chemin du ciel », comme le disez le saint Curé d’Ars au jeune pasteur qui lui montrait le chemin d’Ars. Vous vous approchez de lui pour qu’il vous donne les sacrements, chaque dimanche, la sainte Eucharistie, le saint Sacrifice de la Messe, pour qu’il vous rappelle chaque dimanche, la loi de Dieu, mieux l’amour de Dieu. Ah ! Qu’il en vive lui-même, de cette charité pour qu’il ait un cœur de feu capable d’enflammer aussi vos cœurs. Qu’il vous fasse aimer NSJC. Car il est le principe et la fin de toutes choses. Qu’il vous donne le baptême afin que vos enfants puissent connaître la vie éternelle. Qu’il donne le catéchisme à vos enfants, qu’il leur donne l’enseignement pour qu’ils puissent confesser que NSJC est « le Christ, le Fils du Dieu vivant, venu dans le monde » comme le confessa sainte Marthe à la demande du Christ « Crois-tu cela ? », alors qu’il s’en allait ressusciter son frère Lazare. Voilà ce que vous recherchez dans un prêtre. Un homme de foi. Un homme de charité. Un homme de convictions théologales. Un homme qui ose parler du Christs sans peur et sans reproche. Un homme qui aime l’Eglise romaine et qui veut en garder les traditions apostoliques. Un homme enfin qui aime Notre Dame, la Vierge Marie, la Mère de Dieu qui sut se tenir sans faiblesse au pied de la Croix. « Stabat Mater dolorosa juxta crucem lacrimosa ». Amen.

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