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Mgr Centene s’exprime sur les spectacles impliquant la personne du Christ

publié dans nouvelles de chrétienté le 26 novembre 2011


Au sujet des spectacles impliquant la personne du Christ

Entretien avec Mgr Raymond CENTENE, évêque de Vannes
pour le journal diocésain « Chrétiens en Morbihan »
(Parution du 26 novembre 2011)

1) Monseigneur, récemment la presse a fait mention du soutien que vous avez apporté auxmanifestants qui réagissaient à la pièce de théâtre « Sur le concept du visage du Fils de Dieu ». Qu’en est-il ?

Depuis quelques temps, un certain nombre de représentations artistiques utilisent des symboles religieux avec des intentions ou dans des contextes qui heurtent la sensibilité des croyants. Citons l’exposition en Avignon d’une photo d’un crucifix plongé dans un flacon d’urine ou le spectacle de Rodrigo Garcia « Golgota Picnic » programmé à Toulouse et à Paris, dans lequel le Christ en croix, la plaie du côté bourrée de billets de banque, est traité de « fou » de « chien de pyromane », de « messie du sida » et de « putain de diable ». Dans son spectacle « Sur le concept du visage du Fils de Dieu », Roméo Castellucci met en scène un vieillard incontinent et son fils, qui, par trois fois, le nettoie et change ses couches souillées. Cette déchéance est vécue sous le regard d’un immense portrait du Christ que des enfants bombardent de grenades1, avant que ne soit versé sur lui un liquide évoquant les excréments
dont s’est vidé le vieillard tandis qu’une odeur pestilentielle non moins évocatrice se répand dans la salle. Derrière la toile, des formes s’agitent jusqu’à la déchirer et la détruire. Une phrase inspirée du psaume 22 apparaît alors en lettres lumineuses : « you are my shepherd » (Tu es mon berger) pour devenir ensuite « you are not my shepherd » (Tu n’es pas mon berger). Et les médias de s’indigner non de la blessure infligée aux croyants mais du fait que certains d’entre eux disent publiquement leurs souffrances et leur incompréhension. En réponse à une lettre du président de l’Institut Civitas, adressée aux évêques de France, j’ai dit mon soutien et mes encouragements à ceux qui savent réagir « avec charité et fermeté » sans user « de violence aussi bien verbale que physique ».

2) Votre position était-elle isolée au sein de l’épiscopat français ?

Ma position me paraît s’inscrire dans la droite ligne du communiqué de Mgr Podvin, porteparole des évêques de France qui écrivait le 19 septembre dernier : « Ce n’est pas parce que le christianisme fut sociologiquement majoritaire qu’il doit être le fusible d’hystéries culturelles. De nombreux citoyens non chrétiens partagent notre colère. Si vous êtes de cet avis, ne demeurez pas impassibles ». Plusieurs évêques ont répondu à la lettre de Civitas. Pour l’un : « Oui, je vous encourage et j’encourage les chrétiens à manifester leurs réactions devant les spectacles provocants et insultants à l’égard de notre foi. » Pour un autre : « Tout comme vous, je ne peux que réprouver ces spectacles blasphématoires, Mgr Podvin a été chargé par notre Conférence de dire, en notre nom, notre réprobation tant sur leur contenu que sur leur financement. Nous ne pouvons qu’encourager les chrétiens à faire part de leurs sentiments. » Pour un autre encore : « Je crois qu’il est important de ne pas laisser l’inacceptable se banaliser. » Etc.

3) La façon dont les médias ont relaté les choses vous semble-t-elle positive ?

1 Cette scène, dans laquelle des enfants jettent des grenades en plastique sur le visage du Christ, prévue dans lescénario initial, a été jouée en Avignon, puis retirée des séances parisiennes suite aux protestations, avant d’être
réintroduite lors des représentations à Rennes.
2 Le lien entre l’Eglise et les médias n’est pas simple et peut être frustrant. L’Eglise dit une parole d’éternité, les médias sont dans l’immédiateté. L’Eglise cherche à promouvoir la communion, les médias se tournent vers des individualités diverses. L’Eglise vise à la fraternité et à la concorde, les médias s’arrêtent volontiers sur des points de divergence. Cela met en évidence des approches qui peuvent être différentes mais, dans le même temps, il y a le risque de faire oublier tout ce qui unit.

4) En apportant votre soutien à l’Institut Civitas, à l’origine des manifestations, ne craignezvous pas d’amalgames avec des courants que l’on qualifie d’extrémistes ou de fondamentalistes.

Pas plus que je n’ai craint d’autres types d’amalgames lorsque je me suis indigné du sort réservé aux Roms pendant l’été 2010. Si on s’interdit de penser parce que d’autres pensent un jour la même chose, que reste-t-il de la liberté de penser ? Ce qui compte, c’est ce qui est dit et pas qui le dit, c’est la véracité du propos plus que la qualité de celui qui le tient. Traiter de fondamentalistes ou d’extrémistes tous ceux qui sont blessés par ces créations artistiques et qui le disent relève d’un raccourci journalistique plus que de la vérité. Les réactions qu’elles ont suscitées, même si on a le droit de les trouver inappropriées, ne méritent pas d’être traitées d’une manière aussi simpliste sauf si l’on cherche à discréditer son interlocuteur avant même de l’avoir entendu. C’est alors une sorte de violence supplémentaire, une mise en demeure de se taire, un chantage à la réputation, un totalitarisme rampant et très sophistiqué dans lequel on est sommé d’être le geôlier de sa propre conscience, le censeur de sa propre raison. La Croix du 7 novembre 2011 indiquait : « Tous les évêques font le même constat : le cercle des catholiques exaspérés dépasse celui des groupuscules intégristes et activistes ». Dans le même numéro du quotidien, le cardinal Ricard s’inquiétait de ce que « leurs actions sont légitimées et justifiées par des catholiques désarçonnés par la sécularisation et qui ont le sentiment d’être bafoués » tandis que l’archevêque de Dijon y estime « qu’il est de la responsabilité de l’évêque comme pasteur de prendre en compte le désarroi du peuple catholique choqué par la violence de certaines agressions contre les symboles du christianisme. »

5) En fait, c’est donc à tous les chrétiens que votre message de soutien s’adresse ?

Les chrétiens meurtris par ces attitudes ne sont pas ces intellectuels habitués à épiloguer sur le sens improbable d’une toile cubiste, ce sont les petits, les humbles, les jeunes, les convertis, d’où la véhémence dont est empreinte l’expression de leur sincérité. C’est à eux que mon message s’adresse d’abord. Mais ils ne sont pas les seuls à être choqués. Le porte-parole des évêques de France affirmait dans son communiqué du 19 septembre « de nombreux citoyens non chrétiens partagent notre colère ».

6) Pourquoi des non chrétiens partagent-ils cette même indignation ?

Parce qu’au-delà de l’irrespect avec lequel sont traités les symboles du christianisme et des blessures que cela suscite chez les croyants, ce débat soulève une question anthropologique beaucoup plus profonde. C’est la question de la place du sacré dans nos sociétés et de son rôle dans l’humanisation. Depuis la nuit des temps, c’est le sens du sacré et de la transcendance qui a permis à l’humanité de s’élever au-dessus des instincts de l’animalité. Il n’y a pas de civilisation qui ne l’ait eu pour compagnon de route et c’est lui qui a permis l’émergence de la culture par laquelle « l’homme devient plus homme » selon la belle expression de Jean-Paul II. C’est encore le rôle régulateur du sens du sacré qui a permis à la force du droit de prévaloir sur le droit de la force et, partant, de vaincre la barbarie. Lorsque l’Evangile évoque un juge inique, il le décrit comme quelqu’un « qui ne respecte pas Dieu et se moque des hommes ».
Le second terme découle du premier. La négation du sacré met en péril l’homme lui-même et le sens de sa vie, si bien que l’on a pu dire « après la mort de Dieu, la mort de l’homme ». De ce point de vue-là, le vieillard incontinent de Castellucci illustre bien cette déchéance de l’humanité, fille du nihilisme, et Pascal ne l’aurait pas désavouée comme illustration de la « misère de l’homme sans Dieu ». « Tu n’es pas mon berger ».

7) Comment pourriez-vous définir le sacré ?

C’est l’Être ou l’ensemble des valeurs sur lesquels l’homme ne peut pas mettre la main. Ce qui est intangible. Ce qui est digne d’un respect absolu, qui ne peut être ni enfreint ni violé. Dans l’économie chrétienne, l’Incarnation du Verbe de Dieu donne à l’homme cette valeur rappelée avec force par la phrase de saint Irénée : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». L’homme est capable de Dieu, Capax Dei, l’humanité est le réceptacle de la
personne divine. Le visage du Christ devient alors visage de l’humanité. Pilate ne s’y trompe pas lorsqu’à la sortie du prétoire il présente le Christ en ces termes : « Ecce homo » (Voici l’homme). Désormais, comme nous le chantons parfois « tout homme est une histoire sacrée, l’homme est à l’image de Dieu ». Dénier à l’homme cette image revient à le désacraliser, bafouer l’image de Dieu revient à bafouer l’homme et à le réduire au liquide excrémentiel qui sort du vieillard incontinent dans la pièce de Castellucci. Lorsqu’on voit des enfants lancer des grenades sur le visage du Christ, c’est d’abord un visage d’homme qu’ils bombardent. Mesure-t-on pleinement l’impact de cette scène ?

8) Le respect du sacré marque donc la limite de la liberté de l’artiste ?

Non, le respect du sacré fonde la liberté de l’artiste comme il fonde toute liberté. En effet, c’est en respectant le sacré que la liberté de l’artiste participe de la sacralité et devient souveraine. S’il n’y a pas de sacré, la liberté de l’artiste elle-même perd sa sacralité. Elle cesse d’être intangible, elle devient elle-même objet de contestation et elle s’autodétruit. Il faut alors mettre un cordon de CRS autour d’un théâtre et des policiers en civil dans la salle pour qu’une pièce puisse être jouée parce que le droit de la force a prévalu sur la force du droit. Quand le droit de la force prévaut sur la force du droit, les premières victimes sont les faibles et les petits. Liberté se conjugue avec responsabilité et les artistes ne sont pas dispensés de réfléchir aux conséquences à long terme de leurs créations.

9) Mais alors, comment réagir si la limite est franchie ?

Face à ses persécuteurs, le Christ a ordonné à Pierre de remettre son épée au fourreau et il a renoncé à faire appel aux « légions d’anges » qui auraient pu le défendre. Mais il n’a pas caché son indignation en évoquant ceux qui scandalisent les tout-petits. Comme Lui, nous devons être capables de nous indigner lorsque sont attaquées arbitrairement des valeurs dont  la remise en cause risque de peser lourd sur l’avenir de l’humanité dans ce qu’elle a de plus vulnérable. Je crois que le sens du sacré est une de ces valeurs qui protègent l’homme et plus particulièrement les petits, les humbles, les sans-voix. Les chrétiens doivent réfléchir à tout cela et s’investir dans tous les lieux où le devenir de notre société se pense et se prépare pour y proposer le Christ qui est « le Chemin la Vérité et la Vie », conscients que c’est la vérité qui rend libre (Cf Jn 8,32).

Propos recueillis par Philippe JOSSE
Délégué Diocésain à la Communication
Rédacteur en chef de « Chrétiens en Morbihan »

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