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Trois textes fameux de Jean Madiran

publié dans regards sur le monde le 18 avril 2012


Trois textes fameux de Jean Madiran

A-le premeir sur François Brigneau: il était le meilleur

B-deux autres sur le MASDU ou la situation de l’Eglise dans le monde.

 

 

A- Il était le meilleur

Notre presse de réfractaires et de contre-révolutionnaires vient de perdre son doyen. Parmi nous, depuis plus d’un demi-siècle, il était le meilleur. Il était aussi romancier, historien, et orateur de meetings. Mais c’est dans le journalisme, je crois, qu’il avait davantage le don, l’imagination, le mot juste et la formule qui frappe. Aucune rubrique, de l’éditorial politique au reportage du Tour de France, ne lui était étrangère, et dans chacune, il inventait une manière, un style inédit. Pour faire la chronique de la télévision, il avait créé le commentaire anticipé des programmes annoncés, afin de n’être jamais en retard auprès des téléspectateurs, c’est une invention qui a été beaucoup imitée. Il aimait l’écriture, il aimait la mise en pages, il
aimait l’esprit d’équipe et l’improvisation, il aimait ce métier, il l’avait appris sur le tas, il savait qu’il y excellait. Brasillach avait distingué son talent et pressenti la puissance de feu de sa forte personnalité, il lui avait donné cette sorte d’encouragement qui peut être décisif dans une destinée. Il l’avait retrouvé voisin de prison et avait consacré à « l’ami têtu » une strophe
dans Le Testament d’un condamné qu’il écrivait à Fresnes après sa condamnation à mort.

C’est une strophe dont le murmure à mi-voix vient accompagner aujourd’hui le départ de François Brigneau :

Cher Well, notre sainte colline,
Le petit peuple du marché,
La rue grouillante où l’on chemine,
Les charrettes des maraîchers,
Ils sont à toi, ami têtu,
Qui dans l’ombre toujours devines
Ce que l’espoir jamais battu
Malgré l’apparence dessine

La sainte colline est la colline Sainte-Geneviève, « Well » est l’abréviation d’Emanuel (Allot), les charrettes des maraîchers et la rue grouillante, quelques-uns peut-être s’en souviennent, était la rue Mouffetard. L’âme de François Brigneau fut marquée pour toujours par le souvenir de Robert Brasillach, et par l’atmosphère de ces temps-là.

La génération de François Brigneau a eu vingt ans pour l’entrée dans la Seconde Guerre mondiale, suivie en 1940 par le désastre militaire le plus grand de l’histoire de France. Et puis il y eut la divine surprise du maréchal Pétain, « travail-famille-patrie », le pays réel de la France française. Ce fut la génération des « quarante millions de pétainistes », bientôt submergés, disséminés, voire exécutés avec ou sans jugement. François Brigneau, longuement emprisonné sans motif et sans preuve, fut libéré après avoir été torturé d’une manière particulièrement immonde et cruelle. A vingt-six, à trente ans, il avait le sentiment d’avoir complètement fait l’expérience de la vie. Elle ne faisait que commencer, mais toute sa vie, malgré l’extrême diversité de ses œuvres littéraires et politiques, il a gardé en lui quelque
chose de « l’homme qui a connu tout cela ». Son admiration filiale pour le Maréchal, sa ferveur pour Brasillach, son horreur du gaullo-communisme, sa méditation sur Israël, – vieilles histoires, diront peut-être quelques étourdis, – ont constitué une grande part de son enracinement personnel.

Ecrivain, journaliste, polémiste, il ne fut pas un homme de cabinet. Je le vois du côté de Montaigne (frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui) plutôt que de Pascal (demeurer en repos dans une chambre). Il était un cycliste homologué. Il fut un marin breton naviguant à la voile d’un bout à l’autre de la Méditerranée. Il était un fin cuisinier pour ses amis, – et un
franc buveur, un gai luron, plein de farces et de drôleries, pas au point cependant d’effacer un mince filet persistant de mélancolie. J’essaie de me répéter ce qu’il écrivait en 1992 à la mort d’Arletty : « Elle vient de nous quitter, discrètement, pour ne pas nous faire de chagrin. »
J’essaie… Eh bien, ça ne marche pas.

JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 7580
du Jeudi 12 avril 2012
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Le MASDU, c’est fini (1)

Deux témoignages concordants
• Dans la « post-modernité » où sont entrées les démocraties occidentales, la perspective moderniste n’est plus de faire de l’Eglise un MASDU.
Le MASDU, Mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle, est l’appellation créée par l’abbé Georges de Nantes pour qualifier l’état d’esprit de la démocratie chrétienne au début de la seconde moitié du XXe siècle. Depuis lors cette expression était plus ou moins devenue d’usage courant.

Mais la démocratie chrétienne s’est perdue dans les sables du laïcisme, le plus clair de ce qui en a survécu s’est dissous dans le parti socialiste, selon l’exemple canonisé de Jacques Delors, « incarnation des options de Vatican II ».

C’est ainsi que l’Eglise a perdu toute influence dans la plupart des démocraties occidentales.

La laïcisation ne cherche donc plus à séduire ou annexer le catholicisme, le temps semble enfin venu de donner à l’Eglise le coup de grâce par la destruction sociologique des deux institutions qui survivent encore : l’ordination sacerdotale et le mariage.

Transfigurer l’Eglise en MASDU n’intéresse quasiment plus personne car la démocratie universelle ne recherche plus une animation spirituelle, son aspiration idéologique est désormais de combattre ouvertement ce qui subsiste de spiritualité. D’où la constatation que fait, dans la revue Catholica, son directeur Bernard Dumont :
« La société postmoderne n’est guère accueillante, elle va même au-delà de l’indifférence de masse envers la religion, particulièrement dans les pays d’ancienne chrétienté européenne. Elle est même en pleine guerre culturelle, avec pour armes le discours sophistique, la manipulation sémantique, l’intimidation, la corruption morale, l’exclusion, sans cependant omettre la contrainte légale. »
A quoi s’ajoute que tout cela est en permanence mis en œuvre par la puissance massive d’une Education nationale et d’une télévision qui fabriquent des générations successives de plus en plus apatrides, irréligieuses et illettrées.

• Le concile Vatican II (1962-1965) a été universellement compris dans l’Eglise – à tort ou à raison, c’est une autre question – comme une incitation à se mettre à l’écoute des démocraties occidentales et de leur intention d’établir avec l’ONU une démocratie universelle.

Nous avons sur ce point, en ce printemps 2012, deux témoignages formels, et concordants, celui du cardinal-archevêque de New York et celui du cardinal-archevêque de Paris, l’un et l’autre présidents de leur conférence épiscopale.

• Le cardinal-archevêque de Paris, dans la perspective des festivités qui célébreront le 50e anniversaire de l’ouverture de Vatican II, a déclaré dans La Croix du 26 mars : « Le Concile nous a engagés dans une relation de dialogue avec le monde, et non pas dans une relation de condamnation du monde. » Or ce monde démocratique est celui du gigantesque génocide par les avortements en masse ; il est celui de la promotion morale et juridique de l’homosexualité et de l’enseignement aux enfants d’une égale légitimité de toutes les orientations sexuelles. Donc, avoir une relation de dialogue et nullement de condamnation avec « le monde » tel qu’il est aujourd’hui, c’est instaurer une relation non plus de condamnation sévère mais de dialogue respectueux avec le génocide, avec la promotion de l’homosexualité et avec la dépravation scolaire des enfants. Vraiment, c’est nul.

• Le cardinal-archevêque de New York, plus clairement encore, a déclaré au Wall Street Journal le 31 mars 2012 : « Vers le milieu des années soixante nous avions le sentiment que ce que le Concile enseignait d’abord et avant tout, c’est que nous devions être copains avec le monde, et que la meilleure chose que l’Eglise pouvait faire, c’était de devenir de plus en plus comme tout le monde. » Devenir comme tout le monde démocratique de la dépravation
scolaire des enfants, de la promotion homosexuelle, et du gigantesque génocide !

• Un demi-siècle de cette attitude conciliaire, post-conciliaire et hyper-conciliante n’a servi ni l’Eglise ni le monde démocratique.
Celui-ci n’a pas arrêté son génocide, il n’a pas suspendu sa promotion de l’homosexualité ni diminué sa dépravation morale et sa mutilation intellectuelle des enfants. Celle-là a connu la chute catastrophique du nombre de ses prêtres, de la pratique de ses fidèles, du poids de son influence sur la société.

Il conviendrait d’y arrêter son attention plutôt que de tourner la page sans en tirer la moindre
leçon.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 7581
du Vendredi 13 avril 2012

Le MASDU, c’est fini (II)

• Le cardinal-archevêque de New York, Timothy Dolan, président de la Conférence épiscopale des Etats-Unis, est dans une situation homologue à celle, en France, du cardinal Vingt-Trois.
La différence, c’est que le cardinal Dolan se souvient du « milieu » et de « la fin des années soixante ». Il avait quinze ans en 1965, quand s’est clos Vatican II, il avait vingt ans et il était séminariste en 1970 quand a été arbitrairement interdite la messe traditionnelle. Il rappelle, nous l’avons vu hier, qu’à cette époque on lui avait fait croire, ainsi qu’à ses collègues et confrères, que l’essentiel du Concile consistait à « être copains avec le monde » et à « devenir de plus en plus comme tout le monde » (le monde démocratique). Le résultat en fut d’être pris à contre-pied en 1968 par l’encyclique Humanae vitae de Paul VI : elle a été accueillie dans les conférences épiscopales et dans le clergé par le sentiment qu’« on aurait mieux fait de ne pas parler de cela, c’est une chose trop dure à assumer ».
C’est ainsi, précise le cardinal Dolan, que « nous avons manqué la chance d’avoir une voix morale cohérente dans l’une des plus brûlantes questions du jour ». Ce fut, dit-il, « une
laryngite sur les problèmes de la chasteté et de la morale sexuelle » (entretien avec le Wall Street Journal, 31 mars 2012).

• Peu après (en 1975 pour la France) commençait la promotion de l’avortement, fruit direct de la mentalité contraceptive. La « laryngite [du clergé et de son épiscopat] sur les problèmes de la chasteté et de la morale sexuelle » fit que l’Eglise perdit cette bataille sans l’avoir vraiment livrée, et depuis bientôt quarante ans préfère parler d’autre chose que de l’épouvantable génocide qui dépasse maintenant le milliard de victimes dans le monde, et qui continue de plus belle. « Cela devrait nous interpeller, s’est écriée Marine Le Pen, qu’il y ait en France 220 000 avortements par an » : elle a dû constater comme nous le constatons que, dans l’univers politico-médiatique, personne ne s’en soucie. Seulement pour la France, le génocide
dépasse sans doute sept millions de victimes, sept millions d’enfants assassinés dans le sein de leur mère, et il poursuit son cours. Il n’y a aucun candidat à l’élection présidentielle qui soit un catholique pratiquant mais il y a en France des hommes politiques qui le sont et qui le disent, pourtant ils ne disent rien du génocide dont ils sont les contemporains et les complices muets. On n’y peut rien ? On pourrait au moins organiser en permanence des prières de pénitence et de réparation, comme ne le font pas la plupart de nos évêques, mais comme le font quelques laïcs sans mandat et sans soutien, tel le docteur Dor, et comme l’a fait Michel Doublier-Villette, décédé le 13 mars dernier.
Une Eglise frappée d’une persistante « laryngite sur les problèmes de la chasteté et de la morale sexuelle », une Eglise qui assiste impassible au génocide, est une Eglise qui a perdu ainsi toute visibilité civique.

• Et cela ouvre la voie à son assassinat sociologique. Le coup de grâce vise à s’opérer, sous anesthésie médiatique, par une lente désubstantiation des deux institutions naturelles et surnaturelles que la démocratie moderne n’a pas encore neutralisées : l’ordination sacerdotale et le mariage.
La désubstantiation du mariage est la conséquence inévitable – et probablement la raison principale – de la promotion morale et juridique de l’homosexualité, du « mariage » homosexuel, de l’adoption d’enfants par des couples homosexuels.
La désubstantiation de l’ordination sacerdotale est la conséquence inévitable – et probablement la raison principale – de la revendication du mariage des prêtres, de l’ordination des femmes, des messes sans prêtre, de l’eucharistie aux non-catholiques et aux complices actifs ou passifs du génocide par avortements en masse.

• Le cardinal Dolan ne le cache pas : « Nous devons nous préparer à des temps difficiles », dit-il. Il brave en face les crimes du président Obama :
« Nous proclamons, comme l’enseignait Augustin, que si une chose est mauvaise, même si tout le monde la fait, elle est mauvaise ; et si une chose est bonne, même si personne ne la fait plus, elle est toujours bonne. Comme saint Thomas More, nous sommes prêts à nous mouiller, et même à perdre notre tête, même si cela se heurte aux demandes du Roi de redéfinir le mariage. »

Redéfinir le mariage, redéfinir l’ordination sacerdotale, en cela consiste la désubstantiation que manigance désormais la démocratie universelle.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 7582
du Samedi 14 avril 2012

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