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Une critique de Jean Madiran de l’oeuvre de Mgr Bruno Gherardini

publié dans nouvelles de chrétienté le 5 mai 2011


Jean Madiran, dans Présent de mercredi 4 mai et vendredi 6 mai 2011, consacre deux articles à l’oeuvre de Mgr Bruno Gherardini  sur le Concile Vativan II. Il en reconnait le mérite surtout dans le deuxième article (B : « Une certaine logique ). Mais dans le premier qu’il intitule « Timide et dans le coin », il est amené à rétablir un point de vérité: avant les études de Mgr Bruno Ghérardini sur le Concile, la collection Itinéraires et ses collaborateurs,  dès la cloture du Concile, en avait déjà montré les faiblesses. Il n’avait pas attendu ce prélat romain, qui malgré sa dignité, oublie un peu vite les premières études. Mgr Bruno Gherardini fit l’objet d’un colloque de SiSiNoNo en France cette année …Là aussi on ne rappela pas le travail de Jean Madiran et ses amis et tout particulièrement le travail de M l’abbé de Nantes, pourtant tout à fait essentiel.

Heureusement Jean Madiran rappelle notre histoire. Il veille toujours très attentif…

A- Timide et dans un coin ?

 

 En 2009, Mgr Bruno Gherardini avait publié un livre utile et important, traduit l’année suivante en français sous le titre : Vatican II, un débat à ouvrir. A ouvrir ? Un discorso da fare ? Le débat existait depuis longtemps. Il avait atteint dès 1965-1966 une intensité certaine : la revue Itinéraires était publiquement condamnée par l’épiscopat français pour avoir énoncé l’idée que le Concile devait être interprété à la lumière de la tradition catholique, et non pas la tradition catholique révisée (relue, disait Congar) à la lumière pastorale de Vatican II.

Mgr Gherardini a eu néanmoins en 2009 l’impertinence de commencer son livre par ces deux phrases : « Oui, un débat à ouvrir, car celui-ci n’a pas vraiment commencé. Ou du moins il n’a été ouvert que timidement et dans les coins. » Merci pour « les coins », merci pour « timidement ».

 A la page suivante, Mgr Gherardini consent une exception à son verdict ravageur, il reconnaît tout de même le Iota unum de Romain Almerio, paru en 1985, qui est en effet un livre très estimable. Mais enfin, avant 1985, avait paru L’Hérésie du XXe siècle, c’était en 1968 et ce n’était pas tellement « timide », puisque les premiers mots en étaient : « L’hérésie du XXe siècle est celle des évêques », et que 300 pages plus loin la conclusion se terminait par : « Vous êtes des misérables. » Et ce n’était pas non plus « dans un coin », car Mgr Marcel Lefebvre saluait ce livre avec éclat et le recommandait avec un grand retentissement. Il y eut aussi, dès les années 1969- 1970, les analyses et contestations du dominicain Roger-Thomas Calmel, de Louis Salleron, de Marcel De Corte, d’Alexis Curvers. Il y a eu, de mars 1977 à mars 1978, le débat public avec Congar sur « le Concile en question », dont le futur cardinal se retira finalement, sans doute par soumission à un oukase d’exclusion prononcé par ses supérieurs.
Et puis il y avait eu, premier de tous à poser les bonnes questionsthéologiques et à indiquer la vraie solution catholique, oui, il y avait eu l’abbé Georges de Nantes.

 Quel que soit le jugement que l’on porte sur la suite de son action,on doit reconnaître le fait : l’abbé de Nantes, dès le début, avant même le Concile, avait posé la bonne question du MASDU et la bonne question de l’hétérogénéité avec le Magistère traditionnel ; et il avait indiqué la vraie solution : l’appel du pape (pastoral) au pape (doctrinal). La « disqualification » dont il fut victime en 1969 fut un épisode tristementexemplaire, où apparaît clairement le système qui, pendant quarante ans, a été mis en œuvre contre toute argumentation contestataire : l’argument d’autorité prononçant le rejet sans réfutation.

 Le débat a donc été dissymétrique : d’un côté, une contestationmotivée de ce qui était fait au nom du Concile, et de l’autre, en réponse, une disqualification définitive des auteurs de la contestation, de leurs œuvres passées et même de leurs œuvres futures. L’argument d’autorité a toujours été en vigueur dans l’Eglise, c’est bien normal, mais l’anomalie était dans l’absence d’explication. Cela viciait le débat, cela ne le supprimait pas. Il existait dans l’exclusion. Et tout l’essentielavait été dit quand, en 1985, le Iota unum venait en quelque sorte couronner vingt années d’une discussion des erreurs issues du Concile. Cette discussion était privée du droit de cité dans l’Eglise, elle a été artificiellement traitée comme n’existant pas, jusqu’à Bruno Gherardini pour qui elle n’a pas existé non plus. Son ignorance (involontaire ?) avait entraîné une volontaire réserve à l’égard de sa personne et de sonlivre. Cela ne signifie pas que l’on doive être inattentif au développement ultérieur de son propos, qu’il commente lui-même dans le dernier numéro de la revue Catholica. On aimerait toutefois quel’examen critique de l’événement conciliaire trouve enfin sa place à l’intérieur d’une perspective plus vaste : celle de l’hérésie que le
XXIe siècle reçoit en héritage du siècle précédent, l’évanouissement de la loi naturelle, l’aveuglement de la raison, avec toutes les conséquences inévitables sur le temporel et sur le spirituel, sur le pastoral et sur le doctrinal.

JEAN MADIRAN

            B- Une certaine logique

 

puce_carreMgr Bruno Gherardini a publié cette année un autre ouvrage que celui de 2009-2010 dont nous parlions hier. Celui de 2009-2010, l’auteur le résumait ainsi : « Il est pour une lecture de Vatican II qui s’insère dans le contexte de toute l’histoire de l’Eglise et des vingt conciles qui le précèdent ; pour une utilisation de ses documents éclairée par la critique ; pour la réaffirmation de son caractère pastoral et non dogmatique.

 « Il est contre la “vulgate interprétative” postconciliaire qui depuis environ cinquante ans l’absolutise comme le seul concile, comme le commencement d’une nouvelle Eglise… »

 « En sa conclusion, le livre implore une intervention du Saint-Siège afin de clarifier cette question cruciale. »

 

puce_carreLe nouvel ouvrage que Mgr Gherardini a publié cette année (en italien, et non encore traduit en français) est intitulé Quaecumque dixero vobis, et il s’en explique dans un entretien avec la revue Catholica. Il y apparaît que sa « lecture » et son « utilisation » des textes conciliaires se sont développées, selon leur propre logique, dans un sens qui se rapproche de plus en plus de leur mise en cause directe. « Avant toute autre considération, dit-il, vient celle-ci » :

 « Si un concile a besoin d’être interprété, cela signifie que ses énoncés, ou une partie d’entre eux, ne sont pas clairs. »

 Conséquence :

 « Si les textes ne sont pas clairs, ils ne peuvent en rien orienter la vie chrétienne. »

 Mais ils peuvent la désorienter :

 « Affirmer, sans plus, qu’il y a continuité, voire renouveau dans la continuité, ne suffit pas à faire exister cette continuité. »

 La visible rupture post-conciliaire avec le Magistère traditionnel est un fait. Ce fait ne résulte pas d’abord d’interprétations postérieures au Concile ; il ne résulte pas simplement d’« amphibologies » de certains textes conciliaires. « Il n’y a aucune amphibologie, assure Mgr Gherardini, dans le préambule de la Constitution dogmatique Dei Verbum qui se présente comme suivant la trace des conciles de Trente et de Vatican I : il s’agit d’un engagement solennel, d’une décision sans “mais” ni “si”. » Or cet engagement a été « non seulement non tenu, mais encore renversé », « il s’agit d’un retournement », et Mgr Gherardini précise en quoi : « Non pas deux sources de la Révélation, mais une seule ; unification de l’Ecriture, de la Tradition et du Magistère ; inversion de la source lointaine et de la source prochaine de la foi. »

Donc c’est le texte lui-même qui est alors en cause, « le texte ne se situe pas dans le prolongement homogène de l’enseignement traditionnel ».

puce_carreEt ce n’est pas tout. Mgr Gherardini place la rupture avant les textes : « La rupture a commencé avec le Concile lui-même et son refus des schémas préparatoires qui, eux, étaient placés sous la bannière de la continuité homogène. »

En effet, cet épisode a été bien connu en son temps, puis oublié. Ces schémas préparatoires avaient été établis, comme base de discussion, selon les indications de Jean XXIII. Ils ont été rejetés sans examen, en violation du règlement, par une sorte de coup d’Etat.

On devrait donc examiner si ce coup d’Etat initial n’aurait pas, dans le déroulement ultérieur du Concile, imposé la pression permanente de sa logique subversive, non pas peut-être comme un maître tout-puissant, – mais au moins comme un interlocuteur dont on ne pouvait plus éviter de tenir compte.

JEAN MADIRAN

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