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« Distinction et coopération » entre l’Etat et l’Eglise et non « séparation »

publié dans regards sur le monde le 10 mai 2011


Jean Madiran, dans un article de Présent, attire notre attention sur une lettre de Jean-Paul II, à l’épiscopat français, en date du 11 février 2005. Jean Madiran soulève le problème de l’historicité de cette lettre. Le problème est d’importance étant donné le sujet abordé dans cette lettre, à savoir le problème de la distinction ou de la séparation des pouvoirs entre l’Eglis et l’Etat. Il affirme que Jean-Paul II soutient la thèse de la « sépartion » des pouvoirs, ce qui est tout à fait contraire à la doctrine politique de l’Eglise. L’Eglise affirme que tout en étant distincts, ces pouvoirs ne peuvent être « séparés » mais bien au contraire « subordonnés » et « coordonnés.

Ce sujet étant très important surtout à une époque où l’on parle beaucoup de « laïcité », je vous donne un dossier complet sur ce sujet, le prenant dans la revue Ictus. C’est une bonne analyse.

Vous trouverez ainsi dans ce dossier

A- l’article de Jean Madiran de Présent soulevant le problème : « un point d’histioire »;

B- La lettrre de Jean-Paul II du 11 février 2005 posant un grave problème et quant à son historicité et la doctrine exprimée

C- un dossier complet sur cette question du pouvoir de l’Eglise et de l’Etat, leurs relations

A- Un point d’histoire

La lettre du 11 février 2005

 « En février 2005, après avoir combattu pendant cent années le fait, le concept et le mot de « Séparation » entre l’Eglise et l’Etat, l’Eglise a officiellement admis le mot, le concept et le fait comme étant désormais le vrai « principe de laïcité » selon la « doctrine sociale » catholique.

C’était pendant la tragique et douloureuse agonie du bienheureux Jean-Paul II.

On connaît mieux aujourd’hui les circonstances de cette agonie. Le dernier numéro de Daoudal-Hebdo nous en parle :

« A partir du début de février [2005], le Pape allait de mieux en mieux selon les communiqués. Alors qu’on voyait le contraire, de façon terrible. Le comble, ce fut ce scandaleux montage quand on mit un papier blanc dans les mains du Pape et qu’on diffusa par haut-parleur quelques mots qu’il était censé dire, pour montrer qu’il pouvait encore parler alors qu’il ne pouvait plus rien dire à haute voix. »

Daoudal-Hebdo nous rappelle la chronologie :

« Le 1er février 2005, le Pape est hospitalisé. On dit que c’est à cause d’une mauvaise grippe, et le 10 il est prétendument guéri et retourne au Vatican. Mais le 12, il a du mal à dire l’Angelus et le 24 il est de nouveau hospitalisé. Cette fois on doit pratiquer une trachéotomie pour lui permettre de respirer… »

Alors se pose la question de savoir comment insérer dans une telle chronologie ce que La Documentation catholique relatait dans son numéro 2331 du 6 mars 2005, page 202 :

« Le 11 février le pape Jean-Paul II a adressé [aux évêques français] une lettre à l’occasion de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Elle a été rendue publique le 12 février. »

Quelle rapidité ! Tout à fait inhabituelle. La lettre est en effet datée du 11 février. Elle est envoyée le même jour. Et elle est rendue publique, en France, dès le lendemain, le 12 février. On n’a jamais vu, en matière de documents pontificaux, une telle hâte.

puce_carreA l’époque l’authenticité de cette lettre pontificale avait été mise en doute par Henri Buttin dans un mémoire envoyé à une quinzaine de cardinaux et d’évêques. Il n’en reçut que de rares réponses, évasives et embarrassées. Aux arguments chronologiques qu’il invoquait s’ajoutait l’observation que le style du document ressemblait davantage au style ordinaire de l’épiscopat français qu’à celui des documents romains.

puce_carreCette lettre du 11 février 2005 contenait une radicale innovation, en rupture fort apparente avec le vocabulaire et la doctrine de l’Eglise. Au lieu de la « saine et légitime laïcité de l’Etat » selon Pie XII, qui comportait la distinction et la coopération entre l’Etat et l’Eglise, la lettre adoptait comme « principe de laïcité » la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Elle s’exprimait ainsi :

« Le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s’il est bien compris, appartient aussi à la doctrine sociale de l’Eglise. Il rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs. »

Cette séparation jusqu’alors vivement condamnée par l’Eglise devenait au contraire une nécessité, et il s’agissait explicitement du « principe de laïcité » auquel notre « pays » est officiellement « très attaché » ; donc, le « principe républicain » de notre Constitution, auquel notre épiscopat manifeste, depuis lors, en commun avec les autres religions, une adhésion « sans réserve » et sans cesse renouvelée.

puce_carreIl y a là un problème qui n’a pu être omis, on le suppose, dans la « liste des éléments à éclaircir » qu’a eu à examiner le procès en béatification. Préfet de la congrégation romaine pour la cause des saints, le cardinal Angelo Amato l’assurait au Figaro (23-24 avril) : « Dans le cas de Jean-Paul II, toutes les questions qui pouvaient laisser une ombre ont trouvé une réponse claire. » La question de l’authenticité de la lettre pontificale du 11 février 2005 a donc dû être clairement traitée, on le saura un jour.

JEAN MADIRAN

 B- LETTRE DU PAPE JEAN-PAUL II AUX ÉVÊQUES DE FRANCE

À Mgr Jean-Pierre RICARD
Archevêque de Bordeaux et Président de la Conférence des Évêques de France  et à tous les Évêques de France

1. Au cours de vos visites ad limina, chers Frères dans l’Épiscopat, vous m’aviez partagé vos préoccupations et vos joies de pasteurs, faisant apparaître les relations positives que vous entretenez avec les Responsables de la société civile, ce dont je ne peux que me réjouir. Lors de nos rencontres, j’avais eu l’occasion d’aborder avec vous la question des rapports avec les Autorités civiles, dans la perspective du centième anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État. J’avais d’ailleurs évoqué directement la question de la laïcité dans le discours que j’avais adressé aux évêques de la province de Besançon, le 27 février 2004.

2. En 1905, la loi de séparation des Églises et de l’État, qui dénonçait le Concordat de 1801, fut un événement douloureux et traumatisant pour l’Église en France. Elle réglait la façon de vivre en France le principe de laïcité et, dans ce cadre, elle ne maintenait que la liberté de culte, reléguant du même coup le fait religieux dans la sphère du privé et ne reconnaissant pas à la vie religieuse et à l’Institution ecclésiale une place au sein de la société. La démarche religieuse de l’homme n’était plus alors considérée que comme un simple sentiment personnel, méconnaissant de ce fait la nature profonde de l’homme, être à la fois personnel et social dans toutes ses dimensions, y compris dans sa dimension spirituelle. Cependant, dès 1920, on sait gré au Gouvernement français lui-même d’avoir reconnu d’une certaine manière la place du fait religieux dans la vie sociale, la démarche religieuse personnelle et sociale, et la constitution hiérarchique de l’Église, qui est constitutive de son unité.

Le centième anniversaire de cette loi peut être aujourd’hui l’occasion de réfléchir sur l’histoire religieuse en France au cours du siècle écoulé, considérant les efforts réalisés par les différentes parties en présence pour maintenir le dialogue, efforts couronnés par le rétablissement des relations diplomatiques et par l’entente scellée en 1924, souscrite par le Gouvernement de la République, puis décrite dans l’encyclique de mon Prédécesseur le Pape Pie XI, en date du 18 janvier de cette année-là, Maximam gravissimamque. Dès 1921, après des années difficiles, sur l’initiative du Gouvernement français, étaient déjà engagées de nouvelles relations entre la République française et le Siège apostolique, qui ouvraient la voie à un cadre de négociation et de coopération. Dans ce cadre, put s’engager un processus de pacification, dans le respect de l’ordre juridique, tant civil que canonique. Ce nouvel esprit de compréhension mutuelle permit alors de trouver une issue à un certain nombre de difficultés et de faire concourir toutes les forces du pays au bien commun, chacune dans le domaine qui lui est propre. D’une certaine manière, on peut dire que l’on avait ainsi déjà atteint une sorte d’entente au jour le jour, qui ouvrait la voie à un accord consensuel de fait sur les questions institutionnelles de portée fondamentale pour la vie de l’Église. Cette paix, acquise progressivement, est devenue désormais une réalité à laquelle le peuple français est profondément attaché. Elle permet à l’Église qui est en France de remplir sa mission propre avec confiance et sérénité, et de prendre une part toujours plus active à la vie de la société, dans le respect des compétences de chacun.

3. Le principe de laïcité, auquel votre pays est très attaché, s’il est bien compris, appartient aussi à la Doctrine sociale de l’Église. Il rappelle la nécessité d’une juste séparation des pouvoirs (cf. Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, nn. 571-572), qui fait écho à l’invitation du Christ à ses disciples: «Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu» (Lc 20, 25). Pour sa part, la non-confessionnalité de l’État, qui est une non-immixtion du pouvoir civil dans la vie de l’Église et des différentes religions, comme dans la sphère du spirituel, permet que toutes les composantes de la société travaillent ensemble au service de tous et de la communauté nationale. De même, comme le Concile œcuménique Vatican II l’a rappelé, l’Église n’a pas vocation pour gérer le temporel, car, «en raison de sa charge et de sa compétence, elle ne se confond d’aucune manière avec la communauté politique et n’est liée à aucun système politique» (Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 76 § 2; cf. n. 42). Mais, dans le même temps, il importe que tous travaillent dans l’intérêt général et pour le bien commun. C’est ainsi que s’exprime aussi le Concile: «La communauté politique et l’Église, quoique à des titres divers, sont au service de la vocation personnelle et sociale des mêmes hommes. Elles exercent d’autant plus efficacement ce service pour le bien de tous qu’elles recherchent davantage entre elles une saine coopération» (Ibid., n. 76 § 3).

4. L’application des principes de la Doctrine sociale de l’Église a permis, entre autres, de nouveaux développements dans les relations entre l’Église et l’État en France, jusqu’à parvenir, ces dernières années, à la création d’une instance de dialogue au plus haut niveau, ouvrant la voie d’une part au règlement des questions en suspens ou des difficultés qui peuvent se faire jour dans différents domaines, et, d’autre part, à la réalisation d’un certain nombre de collaborations dans la vie sociale, en vue du bien commun. Ainsi, peuvent se développer des relations confiantes qui permettent de traiter les questions institutionnelles, en ce qui concerne les personnes, les activités et les biens, dans un esprit de coopération et de respect mutuel. Je salue aussi toutes les collaborations qui existent de manière sereine et confiante dans les municipalités, dans les collectivités locales et au sein des régions, grâce à l’attention des élus, du clergé, des fidèles, et des hommes et des femmes de bonne volonté. Je sais l’estime dans laquelle vous tenez les responsables de la Nation et les liens que vous avez avec eux, étant toujours prêts à apporter votre concours à la réflexion, dans les domaines qui engagent l’avenir de l’homme et de la société, et pour un plus grand respect des personnes et de leur dignité. Avec vous, j’encourage les fidèles laïcs dans leur désir de servir leurs frères et sœurs par une participation toujours plus active à la vie publique, car, comme le dit le Concile Vatican II, «la communauté des chrétiens se reconnaît réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire» (Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 1). En raison de leur statut de citoyens, comme leurs compatriotes, les catholiques de France ont le devoir de participer, selon leurs compétences et dans le respect de leurs convictions, aux différents domaines de la vie publique.

5. Le christianisme a joué et joue encore un rôle important dans la société française, que ce soit dans les domaines politique, philosophique, artistique ou littéraire. L’Église en France compte aussi, au vingtième siècle, de grands pasteurs et de grands théologiens. On peut dire que ce fut une période particulièrement féconde, même pour la vie sociale. Henri de Lubac, Yves Congar, Marie-Dominique Chenu, Jacques et Raïssa Maritain, Emmanuel Mounier, Robert Schuman, Edmond Michelet, Madeleine Delbrêl, Gabriel Rosset, Georges Bernanos, Paul Claudel, François Mauriac, Jean Lacroix, Jean Guitton, Jérôme Lejeune, autant de noms qui ont marqué la pensée et la pratique françaises, et qui demeurent comme des grandes figures reconnues, non seulement de la communauté ecclésiale, mais aussi de la communauté nationale. Ces personnes, ainsi que de nombreux autres catholiques, ont eu une influence décisive sur la vie sociale dans votre pays et, pour certains, dans la construction de l’Europe; tous fondaient leur démarche intellectuelle et leur action sur les principes évangéliques. Parce qu’ils aimaient le Christ, ils aimaient aussi les hommes et ils s’attachaient à les servir. Il appartient aujourd’hui aux catholiques de votre pays de marcher sur la voie de leurs devanciers. On ne peut pas non plus oublier la place importante des valeurs chrétiennes dans la construction de l’Europe et dans la vie des peuples du continent. Le christianisme a en grande partie façonné le visage de l’Europe et il revient aux hommes d’aujourd’hui d’édifier la société européenne sur les valeurs qui ont présidé à sa naissance et qui font partie de sa richesse.

La France ne peut que se réjouir d’avoir en son sein des hommes et des femmes qui puisent dans l’Évangile, dans leur démarche spirituelle et dans leur vie chrétienne, des éléments et des principes anthropologiques promouvant une haute idée de l’homme, principes qui les aident à remplir leur mission de citoyens, à tous les niveaux de la vie sociale, pour servir leurs frères en humanité, pour participer au bien commun, pour répandre la concorde, la paix, la justice, la solidarité et la bonne entente entre tous, en définitive pour apporter avec joie leur pierre à la construction du corps social. À ce propos, il convient que vous preniez soin aujourd’hui de développer toujours davantage la formation des fidèles à la Doctrine sociale de l’Église et à une réflexion philosophique sérieuse, notamment les jeunes qui se préparent à exercer des charges importantes dans des postes de décision au sein de la société; ils auront alors à cœur de faire rayonner les valeurs évangéliques et les fondements anthropologiques sûrs dans les différents domaines de la vie sociale. C’est ainsi que, dans votre pays, l’Église sera au rendez-vous de l’histoire. Les chrétiens sont conscients qu’ils ont une mission à remplir au service de leurs frères, comme le dit un des plus anciens textes de la littérature chrétienne: «Si noble est le poste que Dieu leur a assigné, qu’il ne leur est pas permis de déserter» (Lettre à Diognète, VI, 10). Cette mission comporte aussi pour les fidèles un engagement personnel, car elle suppose le témoignage par la parole et par les actes, en vivant les valeurs morales et spirituelles, et en les proposant à leurs concitoyens, dans le respect de la liberté de chacun.

6. La crise des valeurs et le manque d’espérance que l’on constate en France, et plus largement en Occident, font partie de la crise d’identité que traversent les sociétés modernes actuelles; ces dernières ne proposent bien souvent qu’une vie fondée sur le bien-être matériel, qui ne peut indiquer le sens de l’existence, ni donner les valeurs fondamentales pour faire des choix libres et responsables, source de joie et de bonheur. L’Église s’interroge sur une telle situation et souhaite que les valeurs religieuses, morales et spirituelles, qui font partie du patrimoine de la France, qui ont façonné son identité et qui ont forgé des générations de personnes depuis les premiers siècles du christianisme, ne tombent pas dans l’oubli. J’invite donc les fidèles de votre pays, dans la suite de la Lettre aux catholiques de France que vous leur avez adressée il y a quelques années, à puiser dans leur vie spirituelle et ecclésiale la force pour participer à la res publica, et pour donner un élan nouveau à la vie sociale et une espérance renouvelée aux hommes et aux femmes de notre temps. «On peut penser à bon droit que le destin futur de l’humanité est entre les mains de ceux qui sont en état de donner aux générations à venir des raisons de vivre et d’espérer» (Concile Vatican II, Constitution pastorale Gaudium et spes, n. 31). Dans cette perspective, des relations et des collaborations confiantes entre l’Église et l’État ne peuvent avoir que des effets positifs pour construire ensemble ce que le Pape Pie XII appelait déjà «la légitime et saine laïcité» [Allocution à la colonie des Marches à Rome, 23 mars 1958: La Documentation catholique 55 (1958), col. 456], qui ne soit pas, comme je l’évoquais dans l’Exhortation apostolique post-synodale Ecclesia in Europa, «un type de laïcisme idéologique ou de séparation hostile entre les institutions civiles et les confessions religieuses» (n. 117). Ainsi, au lieu de se situer en antagonisme, les forces sociales seront toujours plus au service de l’ensemble de la population qui vit en France. J’ai confiance qu’une telle démarche permettra de faire face aux situations nouvelles de la société française actuelle, en particulier dans le contexte pluriethnique, multiculturel et multiconfessionnel de ces dernières années.

Reconnaître la dimension religieuse des personnes et des composantes de la société française, c’est vouloir associer cette dimension aux autres dimensions de la vie nationale, pour qu’elle apporte son dynamisme propre à l’édification sociale et que les religions n’aient pas tendance à se réfugier dans un sectarisme qui pourrait représenter un danger pour l’État lui-même. La société doit pouvoir admettre que des personnes, dans le respect d’autrui et des lois de la République, puissent faire état de leur appartenance religieuse. Dans le cas contraire, on court toujours le risque d’un repliement identitaire et sectaire, et de la montée de l’intolérance, qui ne peuvent qu’entraver la convivialité et la concorde au sein de la Nation.

En raison de votre mission, vous êtes appelés à intervenir régulièrement dans le débat public sur les grandes questions de société. De même, au nom de leur foi, les chrétiens, personnellement ou en associations, doivent pouvoir prendre la parole publiquement pour exprimer leurs opinions et pour manifester leurs convictions, apportant de ce fait leurs contributions aux débats démocratiques, interpellant l’État et leurs concitoyens sur leurs responsabilités d’hommes et de femmes, notamment dans le domaine des droits fondamentaux de la personne humaine et du respect de sa dignité, du progrès de l’humanité qui ne peut pas être à n’importe quel prix, de la justice et de l’équité, ainsi que de la protection de la planète, autant de domaines qui engagent l’avenir de l’homme et de l’humanité, et la responsabilité de chaque génération. C’est à ce prix que la laïcité, loin d’être le lieu d’un affrontement, est véritablement l’espace pour un dialogue constructif, dans l’esprit des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, auxquelles le peuple de France est fort justement très attaché.

7. Je sais que vous êtes très attentifs à la présence de l’Église dans des lieux où se posent les grandes et redoutables questions du sens de l’existence humaine. Je pense – pour n’en nommer que quelques-uns particulièrement significatifs – au cadre hospitalier où l’assistance spirituelle aux malades et au personnel constitue une aide de premier plan, ainsi qu’au domaine éducatif où il importe d’ouvrir les jeunes à la dimension morale et spirituelle de leur vie, pour leur permettre de développer leur personnalité intégrale. En effet, l’éducation ne peut se limiter à une formation scientifique et technique, mais elle doit prendre en compte tout l’être du jeune. C’est dans cette perspective que travaille l’Enseignement catholique, dont vous êtes responsables dans vos diocèses. Je sais son souci d’être une instance partenaire de la démarche éducative dont les Autorités civiles ont la charge, mais aussi son désir de maintenir dans le corps enseignant et dans son enseignement la spécificité qui lui est propre. Il revient pour sa part à l’État, dans le respect des règles établies, de garantir aussi aux familles qui le souhaitent la possibilité de faire donner à leurs enfants la catéchèse dont ils ont besoin, en prévoyant notamment des horaires convenables pour cela. D’autre part, sans dimension morale, les jeunes ne peuvent qu’être tentés par la violence et par des comportements qui ne sont pas dignes d’eux, comme on le constate régulièrement. À ce propos, je voudrais rendre hommage aux nombreux saints et saintes éducateurs, qui ont marqué l’histoire de vos Églises particulières et de la société en France. Il me plaît de rappeler les deux derniers de vos compatriotes que j’ai eu l’occasion de canoniser, Marcellin Champagnat, qui a largement contribué à l’éducation de la jeunesse dans les campagnes françaises, et Léonie Aviat, qui s’est attaché à venir en aide aux pauvres et qui a créé des écoles pour les jeunes filles en milieu urbain. Je sais que vous prenez soin de former des prêtres, des religieux et des religieuses, et des laïcs, pour qu’ils soient des témoins et des compagnons de leurs frères, attentifs à leurs interrogations et capables de les soutenir dans leur démarche humaine et spirituelle. À ce propos, je salue le travail courageux des enseignants et des éducateurs auprès des jeunes de votre pays, connaissant la délicatesse et l’importance de leur mission.

8. J’ai souhaité que l’année 2005 soit pour toute la communauté ecclésiale une Année de l’Eucharistie. Dans la Lettre apostolique que j’écrivais à ce sujet, je rappelais que «la « culture de l’Eucharistie » promeut une culture du dialogue et donne à cette dernière force et nourriture. On se trompe lorsqu’on pense que la référence publique à la foi peut porter atteinte à la juste autonomie de l’État et des Institutions civiles, ou bien que cela peut même encourager des attitudes d’intolérance» (Lettre apostolique Mane nobiscum Domine, n. 26). Je vous invite donc tous, chers Frères dans l’Épiscopat, ainsi que l’ensemble du clergé et des catholiques de France, à puiser dans l’Eucharistie la force pour donner un témoignage renouvelé des authentiques valeurs morales et religieuses, pour poursuivre un dialogue confiant et des collaborations sereines avec tous au sein de la société civile, et pour se mettre au service de tous.

Au terme de cette lettre, je voudrais vous exprimer et exprimer à tous vos compatriotes ma reconnaissance pour ce qui a déjà été accompli dans le domaine social et ma confiance en l’avenir d’une bonne entente entre toutes les composantes de la société française, entente dont vous êtes déjà les témoins. Que tous vos compatriotes sachent que les membres de la communauté catholique en France souhaitent vivre leur foi au milieu de leurs frères et sœurs, et mettre à la disposition de tous leurs compétences et leurs talents ! Que personne n’ait peur de la démarche religieuse des personnes et des groupes sociaux ! Vécue dans le respect de la saine laïcité, elle ne peut qu’être source de dynamisme et de promotion de l’homme. J’encourage les catholiques français à être présents dans tous les domaines de la société civile, dans les quartiers des grandes villes comme dans la société rurale, dans le monde de l’économie, de la culture, des arts, comme de la politique, dans les œuvres caritatives comme dans le système éducatif, sanitaire et social, avec le souci d’un dialogue serein et respectueux avec tous. Je souhaite que tous les Français travaillent main dans la main à la croissance de la société, afin que tous puissent en bénéficier. Je prie pour le peuple de France; ma pensée va en particulier aux personnes et aux familles touchées par les difficultés économiques et sociales. Qu’une solidarité toujours plus grande puisse s’instaurer pour que nul ne soit laissé à l’écart ! Qu’en cette période, une attention plus grande soit portée aux personnes qui n’ont pas de toit, ni de nourriture !

Je garde en mémoire les différentes visites que j’ai eu la joie d’accomplir sur la terre bien-aimée de France, et notamment mon inoubliable pèlerinage à Lourdes, lieu particulièrement cher aux fidèles de votre pays et plus largement à toutes les personnes qui veulent se confier à Marie. J’ai pu mesurer la profondeur humaine et spirituelle de la démarche d’hommes, de femmes et d’enfants français qui viennent à la grotte de Massabielle, témoignant ainsi du travail pastoral que vous réalisez dans vos diocèses, avec les prêtres, les religieux et religieuses, et les laïcs engagés dans la mission de l’Église.

En vous confiant à l’intercession de Notre-Dame de Lourdes, que nous honorons tout particulièrement en ce jour et qui est vénérée dans de nombreux sanctuaires de votre terre, et de tous les saints de votre pays, je vous accorde, ainsi qu’à tous les fidèles de vos diocèses, une affectueuse Bénédiction apostolique.

Du Vatican, le 11 février 2005.

IOANNES PAULUS II

C- Dossier: L’Etat chrétien et la doctrine de l’Eglise.

Le concept d’Etat chrétien continue de susciter l’étonnement, voire la réprobation. Or, il ne s’agit pas d’une simple querelle de mots : c’est tout le contenu et la finalité de l’action des catholiques en politique qui est en cause.

La doctrine sociale de l’Eglise – qui donne les principes de toute action politique des catholiques – ne repose-t-elle pas non seulement sur la loi naturelle (fondement qui la rend accessible et applicable par tous les hommes de bonne volonté) mais aussi sur la Révélation ? Dans ces conditions, le caractère spécifiquement chrétien que doit revêtir l’action politique des catholiques n’est-il pas incontestable ?

Pour éclairer cette question, nous allons d’abord rappeler quel est le rôle de l’Etat, de quelle nature sont les relations entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel et quel est l’enseignement de l’encyclique « Quas primas ».

Extrait de Permanences n°333

Quel est le rôle de l’Etat ? Quelle fin doit-il poursuivre ?

Pour déterminer si un Etat chrétien est une réalité possible et souhaitable, rappelons d’abord quel est le rôle de l’Etat [1].

Pour ce faire, nous nous appuierons sur le traité « De Regno » ou « De Regimine Principium » (vers 1267) que Saint Thomas d’Aquin consacra à la politique pour éclairer Hugues II de Lusignan, le jeune roi de Chypre qui l’avait interrogé.

Saint Thomas montre que, comme le navire est dirigé vers le port (fin externe) par le pilote, ainsi « l’office de celui qui gouverne sera non seulement de conserver intacte la chose en elle-même (la cité), mais en plus de la conduire à sa fin ».

Quelle est donc cette fin de la société ? « Il faut porter le même jugement sur la fin de toute la multitude et sur celle de l’individu ».

En effet, si cela n’était pas le cas, la fin de l’homme pris individuellement serait contraire à celle de la société, ou du moins contrariée par elle car l’homme serait tiraillé entre deux fins différentes. Ceci serait contraire à l’harmonie de l’homme [2] et à celle voulue et établie par Dieu entre l’ordre de la grâce et l’ordre de la nature. Mais c’est justement cet écartèlement de l’homme qui se produit pratiquement (d’où la détresse spirituelle et la fuite dans les sectes de beaucoup de nos concitoyens) quand l’Etat n’est pas chrétien et ignore la vraie fin humaine.

Or, nous dit le Docteur angélique, « si une telle fin, soit de l’homme, soit de la multitude, était corporelle, si c’était la vie et la santé du corps, elle regarderait la fonction du médecin. Si cette fin ultime était l’affluence des richesses, l’économe serait une sorte de roi de la multitude . Si le biende connaître la vérité était quelque chose de tel que la multitude puisse y atteindre, le roi aurait la fonction de docteur. Or il apparaît que la fin ultime d’une multitude rassemblée en société est de vivre selon la vertu. En effet, si les hommes s’assemblent, c’est pour mener ensemble une vie bonne, ce à quoi chacun vivant isolément ne pourrait parvenir. Or une vie bonne est une vie selon la vertu ; la vie vertueuse est donc la fin du rassemblement des hommes en société ».

Puis Saint Thomas précise encore la finalité de la société : « Mais puisque l’homme, en vivant selon la vertu, est ordonné à une fin plus haute, qui consiste dans la jouissance de Dieu, comme nous l’avons déjà dit plus haut, il faut que la fin de la multitude soit la même que celle d’un seul homme. La fin ultime de la multitude rassemblée en société n’est donc pas [seulement] de vivre selon la vertu, mais, par la vertu, de parvenir à la jouissance de Dieu ».

« Le bien commun temporel n’est donc [pas] autre que le vrai bien humain » [3]. En cette vie, toutefois, il s’agit d’une « participation imparfaite de la béatitude » [4].

Par conséquent, il ne suffit pas de définir le bien commun – nom par lequel on désigne cette fin de l’Etat – en disant qu’il intègre tous les biens qui, dans l’ordre temporel, concourent à cette béatitude (recherche de la sagesse par l’effort de la raison, acquisition des sciences pratiques et des vertus morales, création des biens matériels), et en premier lieu l’ordre public (sécurité intérieure et extérieure) nécessaire à l’obtention de ces biens. Il faut encore ajouter qu’il intègre ces biens en vue de la fin ultime de l’homme (son salut) [5].

La subordination de la fin de l’Etat à celle de l’Eglise

Toutefois, cette fin ultime étant hors de portée de l’homme, mais donnée par le don de la grâce, elle « n’appartient pas à un gouvernement humain [pouvoir temporel], mais à un gouvernement divin [Royauté du Christ sur ce monde]. Un gouvernement de ce genre revient donc à ce roi, qui est non seulement homme, mais encore Dieu, c’est-à-dire Notre-Seigneur Jésus-Christ (…). Donc le ministère de ce royaume, afin que le spirituel soit distingué du temporel, est confié non aux rois terrestres mais aux prêtres, et principalement au Grand Prêtre, successeur de Pierre, Vicaire du Christ, le Pontife Romain, auquel tous les rois de la terre doivent être soumis comme à Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même.Car à celui à qui revient la charge de la fin ultime, doivent être soumis ceux qui ont la charge des fins antécédentes, et ils doivent être dirigés par son imperium » [6].

Mais de même que « celui qui a la charge de la fin ultime, doit être placé au-dessus de ceux qui ont la charge des choses qui sont ordonnées à cette fin, et doit les diriger par son imperium, il devient manifeste d’après notre explication que le roi, comme il doit se soumettre à l’autorité et au gouvernement qui sont administrés par l’office du sacerdoce, doit de même être à la tête de toutes les fonctions humaines et les organiser par l’imperium de son gouvernement ».

Ceci ne veut évidemment pas dire que le pape doit prendre la place des princes, de même que ce n’est pas au Prince de prendre celle du commerçant, du chef d’entreprise, du médecin ou de l’avocat, ni même de diriger leurs actions (comme on le voit faire trop souvent par l’Etat moderne hypertrophié). Au contraire, et de même que le Prince agit seulement pour coordonner toutes les activités en vue du bien commun (comme il est le seul à pouvoir le faire), de même seule l’Eglise peut et doit inspirer la conduite de l’Etat en vue du salut des âmes (dont elle a seule la charge et qu’elle a seule les moyens de procurer).

La conclusion de Saint Thomas en faveur de la nécessité du caractère chrétien de l’Etat [7], conformément à l’ordre des choses et à l’harmonie qui doit régner entre les réalités naturelles et surnaturelles (que Dieu a créées dans une unité et une continuité parfaites), ne fait donc aucun doute : « Parce que, donc, la fin de la vie que nous menons (…) est la béatitude céleste, il appartient, pour cette raison, à l’office de roi de procurer à la multitude une vie bonne, selon qu’il convient à l’obtention de la béatitude céleste ; c’est-à-dire qu’il doit prescrire ce qui conduit à cette béatitude céleste, et interdire, selon qu’il sera possible, ce qui y est contraire » [8].

Cette nécessité se comprend aisément. Seul un Etat chrétien – chrétien parce que le Prince est chrétien (il comprend et fait sienne la volonté de Dieu sur les hommes), chrétien parce que la pratique du pouvoir est conforme à l’enseignement de l’Evangile et de l’Eglise – peut (et donc doit) prendre en compte la fin ultime de l’homme – qui dépasse infiniment l’Etat – dans la recherche du bien commun.

Au contraire, l’Etat athée qui nous gouverne aujourd’hui non seulement ignore cette fin ultime (est-ce là vraiment une « docte ignorance », celle dont parle le R.P. Garrigues dans son livre « La politique du meilleur possible »  ?), mais la combat sous l’emprise anti-catholique des idéologies franc-maçonne, libérale ou marxiste. Et ceci, alors même que ce sont parfois de soi-disant catholiques qui nous gouvernent, mais en refusant de tenir compte dans l’exercice de leur charge de cette fin ultime de l’homme que nous enseigne la Révélation, quand ils affirment : « Non à la loi morale qui serait au-dessus de la loi civile ! ».

Pour bien comprendre cette subordination des fins du pouvoir temporel à celles de l’Eglise

Donc, « la fin de la vie humaine et de la société est Dieu » [9]. « C’est pourquoi la pensée et la prudence politique ne peuvent faire abstraction de l’ordre surnaturel où Dieu a placé l’humanité, mais doivent puiser leur inspiration dans la Révélation même, pour laisser passage à la grâce de Dieu et ouvrir la cité à l’éternité » [10].

Seule l’Eglise, « Mère et maîtresse », « experte en humanité », peut donc inspirer infailliblement l’Etat dans la poursuite de cette fin.

Pour que la multitude mène une vie bonne, il faut selon Saint Thomas que trois conditions soient réunies :
-   « que la multitude soit établie dans l’unité de la paix »,- « que la multitude unie par le lien de la paixsoit dirigée au bien-agir » (agir selon la vertu),- « que, par l’application du gouvernant, il y ait une quantité suffisante de choses nécessaires au bien-vivre ».

Dans le « De Regno », Saint Thomas souligne que la principale de ces conditions est « d’agir selon la vertu ; car la vertu est ce par quoi on vit bien. L’autre, secondaire, et comme instrumentale, consiste dans la suffisance des biens corporels dont l’usage est nécessaire à l’acte de vertu ».

Ceci souligne assez l’erreur de l’Etat moderne qui, à l’inverse de l’Etat chrétien, oublie les valeurs morales (alors que la démocratie se targue d’être le seul régime politique moralement acceptable) pour se consacrer exclusivement à la recherche du bien-être matériel.

La subordination des fins du pouvoir temporel (dont la fin est « une participation imparfaite à la béatitude ») à celles du pouvoir spirituel (« la béatitude ultime » et parfaite) entraîne la subordination du pouvoir temporel au pouvoir spirituel.

Celle-ci découle aussi des deux infirmités de la politique : « elle ignore, par elle-même, la vraie fin ultime de l’homme et les chemins qui y conduisent, et doit s’y laisser guider par le Christ-Roi et ses représentants ».- elle « ignore la déchéance de la nature humaine par le péché originel et est surtout incapable d’y remédier ». »Aussi la politique doit-elle s’ouvrir à l’enseignement du magistère de l’Eglise catholique et à son action salutaire. Celle-ci lui apprendra la profondeur de la faiblesse humaine. Elle lui enseignera dans toute sa pureté cette loi naturelle qui est comme le code et le catéchisme de la vie bonne que la cité doit procurer. Enfin elle répandra parmi les hommes la grâce guérissante sans laquelle l’homme ne peut faire tout le bien qui lui est connaturel » [11].

Pourquoi cette subordination ? « C’est celle d’une fin intermédiaire, ayant sa consistance propre de fin, mais ordonnée elle-même à une fin meilleure et plus haute, la vision de Dieu par les êtres raisonnables » [12], à sa fin ultime, qui est la même que celle des personnes :

« Tant qu’il est dans cette vie mortelle, il y a pour l’homme un certain bien extrinsèque, à savoir l’ultime béatitude, qu’il attend après la mort dans la jouissance (fruition) de Dieu » [13].

Dieu n’est-il pas, au-dessus de tous les biens communs, le Bien commun par excellence, celui dont dépend le bien de tous les êtres ?

Cette subordination suppose une distinction sans séparation

La distinction des pouvoirs temporel et spirituel est spécifiquement chrétienne, d’abord en ce qu’elle a été enseignée par le Christ Lui-même et ensuite parce que la pratique politique des nations ne l’a effectivement rendue courante et habituelle que dans les Etats chrétiens.

Jean Daujat dans l’ »Ordre social chrétien » (pp. 468-469)explique ce qu’est réellement cette distinction.

Dans la conduite de sa vie sur la terre, l’homme charnel est « soumis à deux pouvoirs souverains distincts l’un de l’autre, l’Etat en ce qui concerne les fins temporelles et l’Eglise en ce qui concerne les fins éternelles, la distinction et la souveraineté de ces deux pouvoirs interdisant à chacun d’empiéter sur le domaine de l’autre, donc interdisant à l’Etat d’intervenir dans le domaine de la vie intérieure des consciences et de la destination des hommes à la vie éternelle et interdisant à l’Eglise de se mêler de la conduite des affaires temporelles ».

En effet, « c’est la même vie des hommes sur la terre qui est soumise à ces deux pouvoirs et cela réclame évidemment leur union sans confusion de leurs domaines distincts mais sans séparation. Tout le problème à traiter est de voir comment est possible cette union entre deux pouvoirs souverains, sans nuire en rien à la souveraineté de chacun d’eux ni à leur distinction. La solution ne peut être trouvée qu’à partir du moment où l’on reconnaît que les fins de l’Etat sont subordonnées aux fins de l’Eglise parce que tous les biens temporels sont subordonnés pour l’homme aux biens éternels ». Le Christ nous prévient en effet : « A quoi servirait-il à un homme de gagner l’univers, au prix de son âme ? ».

Jean Daujat explique ensuite comment bien comprendre cette subordination de l’Etat aux fins de l’Eglise : « Cette affirmation fondamentale n’entraîne nullement que l’Etat soit subordonné à l’Eglise [elle-même], car alors il ne serait pas souverain, mais, ce qui est tout différent, qu’en menant souverainement sa politique qui ne dépend que de lui seul, il le fasse de lui-même en subordonnant ses propres fins à celles de l’Eglise, ce qui suppose qu’il croie à la doctrine surnaturelle de l’homme. Cela veut dire que l’Etat, tout en étant appliqué au seul domaine temporel et par là indépendant de l’Eglise, doit être chrétien et mener une politique chrétienne, c’est-à-dire une politique éclairée par la foi ».

En fait, on retrouve là – par analogie – toute la doctrine chrétienne de la liberté : de même que l’homme n’a le droit que de faire le bien, mais est appelé à le faire librement, de même l’Etat ne peut, faute de perdre sa légitimité, que se soumettre au bien éternel et surnaturel de l’homme, mais doit le faire librement, c’est-à-dire souverainement.

Contester cette nécessaire subordination de l’Etat aux fins éternelles, « … c’est oublier que l’Etat n’a pour but que d’assurer le bonheur des citoyens en faisant régner l’ordre et la justice dans la Cité, qu’il est créé pour eux et non eux pour lui, que la fin dernière de l’homme n’est pas d’assurer la puissance de l’Etat, mais de gagner la Vie éternelle » [14].

L’enseignement de « Quas Primas » sur la Royauté sociale du Christ

Sans parler explicitement de « l’Etat chrétien », Pie XI a exposé solennellement dans « Quas primas » son enseignement sur la « Royauté sociale » de Notre-Seigneur Jésus-Christ et rappelé la doctrine traditionnelle de l’Eglise sur l’Etat.

Dans cette encyclique datant de 1925, le Pape énonce tout d’abord : « non seulement ce déchaînement de malheurs a envahi l’univers parce que la plupart des hommes ont banni Jésus-Christ et sa foi sainte de leurs coutumes et de leur vie particulière comme de la société familiale et de l’Etat, mais encore l’espoir d’une paix durable entre les peuples ne brillera jamais tant que les individus et les Etats s’obstineront à rejeter l’autorité de notre Sauveur » [15].

Ensuite le Saint-Père rappelle que la Royauté du Christ est affirmée dans le Credo de Nicée : « Cujus regni non erit finis ». C’est pourquoi il ordonne d’introduire dans la liturgie une fête spéciale en l’honneur du Christ-Roi.

Le Saint-Père rappelle alors que le Christ est appelé « Roi des intelligences humaines », « Roi des volontés humaines » et « Roi des coeurs ». Il doit donc bien régner sur chaque homme en particulier comme peu de catholiques le contestent. Et il enseigne : « Il n’est personne qui ne le voie, le nom de roi et la puissance royale doivent être, au sens propre du mot, attribués au Christ-Homme ; c’est seulement en tant qu’homme que l’Ecriture dit qu’il a reçu du Père puissance, gloire et règne [16], puisque le Verbe de Dieu, consubstantiel au Père, ne peut pas ne pas avoir tout en commun avec le Père, et par conséquent l’empire souverain et absolu sur toute la création ».

Voici le témoignage des Ecritures citées par le Pape Pie XI lui-même :
-   « Il recevra en héritage les nations et comme domaine les extrémités de la terre » (Ps. II) ; « Un enfant nous est né et un fils nous a été donné. L’empire a été posé sur ses épaules ; et on le nomme Admirable, Conseiller, Dieu, Fort, Père éternel, Prince de la paix. Son empire s’étendra et la paix n’aura point de fin ; il siégera sur le trône de David et possédera son royaume, il l’établira et l’affermira par le droit et la justice dès maintenant et pour toujours » (Is. IX 6-7)
-   « Tu enfanteras un fils. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père. Il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin » (Luc I 32-33).
-  Le Christ lui-même affirme : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre » (Matth. XXVIII 18).
-  car « Il faut qu’il règne jusqu’à ce que, à la fin du monde, il jette tous ses ennemis sous les pieds du Dieu et du Père » (1 Cor. XV 25).

Bien sûr ce royaume n’est pas un royaume terrestre, fondé sur la puissance matérielle ; il est au contraire fondé sur l’amour, car le Christ s’est acquis un peuple, nous a rachetés au prix de sa croix : « cette royauté est surtout spirituelle et concerne principalement les choses spirituelles.(…) et le Christ Notre-Seigneur le confirme par sa manière d’agir ».

Mais ceci n’empêche pas le pape d’enseigner plus loin que « les magistrats et les gouvernants sont tenus, tout comme les citoyens, de rendre au Christ un culte public et de lui obéir ; (…) car sa royauté exige que l’Etat tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens aussi bien dans la législation que dans la façon de rendre la justice et que dans la formation de la jeunesse à une doctrine saine et à une bonne discipline des moeurs ».

Nous avons donc à mettre la puissance matérielle des nations, des Etats au service du Christ-Roi [17], car c’est seulement par notre intermédiaire que le Royaume du Christ peut s’étendre sur la terre. Laissons Pie XI nous rappeler la nature de cette royauté :
-  « Il est à peine nécessaire d’affirmer qu’elle consiste en un triple pouvoir, condition essentielle de toute véritable royauté. Les témoignages pris dans la Sainte Ecriture au sujet de la domination universelle de notre Rédempteur le prouvent amplement et il faut le croire de foi catholique : le Christ a certes été donné comme un Rédempteur qui a droit à la confiance des hommes, mais aussi comme un Législateur auquel ils doivent obéissance » (Concile de Trente, sess. VI, canon 1, 2). « Le pouvoir judiciaire qui lui fut attribué par le Père, Jésus l’affirme lui-même aux Juifs qui l’accusaient d’avoir violé le repos du sabbat par la guérison merveilleuse d’un paralytique : Le Père ne juge, en effet, personne, mais il a donné tout jugement au Fils (Jean V 22). Dans ce pouvoir, il faut aussi comprendre – car la chose ne peut se séparer du jugement – la faculté de récompenser ou de punir de son plein droit les hommes, même durant leur vie ».
-  « De plus, le pouvoir exécutif doit être attribué au Christ puisque tous doivent obéir à son commandement, et cela, sous la menace faite aux rebelles de supplices que nul ne peut éviter »
.

Un enseignement traditionnel confirmé par Vatican II

Cet enseignement traditionnel de l’Eglise, le IIème Concile du Vatican l’a rappelé en affirmant [18] : « Aux laïcs reviennent en propre, quoique non exclusivement, les professions et les activités séculières. (…) C’est à leur conscience, préalablement formée, qu’il revient d’inscrire la loi divine dans la cité terrestre » [19], de même que le décret du Concile sur l’Apostolat des laïcs précise que « l’apostolat dans le milieu social s’efforce de pénétrer d’esprit chrétien la mentalité et les moeurs, les lois et les structures de la communauté où ils vivent » (n°13).

Voilà qui nous montre que le domaine politique et social ne peut être considéré comme ne relevant que de l’ordre naturel. En effet, comme l’enseigne Jean XXIII, « L’ordre propre aux communautés humaines est d’essence morale. En effet c’est un ordre qui a pour base la vérité, qui se réalise dans la justice, qui demande à être vivifié par l’amour et qui trouve dans la liberté un équilibre sans cesse rétabli et toujours plus humain ».

La morale chrétienne ne s’arrête donc pas aux portes du politique et du social mais englobe toutes les activités humaines. Elle doit nous conduire à nous comporter non seulement « en » chrétiens mais aussi à agir « en tant que » chrétiens.

Les leçons de l’Histoire

Les événements historiques confirment largement cette doctrine.

En effet, chaque fois que l’Etat n’a pas été chrétien véritablement, il ne s’est pas seulement montré un adversaire de l’Eglise en tant qu’institution, mais il s’est surtout montré un adversaire déterminé de l’ordre naturel, des plus précieuses institutions humaines (notamment le mariage et la famille) comme de la vie humaine elle-même (la « culture de mort ») et de sa dignité (esclavage, pornographie…).

Ainsi depuis plus de deux cents ans, bien loin d’être d’une réelle neutralité, l’Etat français s’est avéré foncièrement athée. Méprisant l’institution familiale (divorce) et limitant le plus possible l’influence de l’école catholique, il a créé (notamment sous la Troisième République) ou laissé se créer un climat culturel athée, individualiste et matérialiste, quand il n’est pas ouvertement immoral et scandaleux (cf. la marée d’érotisme et de pornographie dans la publicité, à la télévision ou sur le Minitel, le développement des jeux d’argent ou les attaques systématiques contre l’Eglise catholique).

Point de neutralité possible donc. L’Etat qui n’est pas chrétien est nécessairement au service d’une autre idéologie.

Le Christ lui-même n’affirme-til pas : « Qui n’est pas avec moi est contre moi. Qui n’amasse pas avec moi, dissipe » ?

Quel Etat chrétien pour aujourd’hui ?

Concrètement, il n’est nullement question de baptiser du nom de chrétien une réalité qui ne l’est pas, de se satisfaire d’une caricature d’Etat chrétien, d’un Etat nominalement et décorativement chrétien (selon la formule de Maritain), mais dont l’action politique serait contraire aux préceptes de l’Evangile, comme ce fut en partie le cas en France des institutions sclérosées du XVIIIè siècle.

Il ne s’agit pas non plus de bâtir ici-bas une cité catholique idéale, entièrement constituée de saints. Nous savons que, même dans un Etat chrétien, le bon grain et l’ivraie restent mêlés.

Il s’agit de rendre effectivement conformes à la loi naturelle et à la doctrine sociale de l’Eglise, les institutions, les lois et la culture et de les imprégner des valeurs évangéliques.

Rechercher l’instauration d’un Etat chrétien ne signifie nullement que l’on entend imposer un Etat chrétien à une population non chrétienne qui n’en veut pas. La société politique – comme toute société – est au contraire l’oeuvre des hommes qui la composent ; et aucune autorité politique ne peut gouverner durablement et légitimement sans l’adhésion (qui peut n’être qu’un consentement tacite) de ses sujets.

Il ne faudrait toutefois pas en conclure hâtivement qu’un Etat ne peut être chrétien que si la population est elle-même unanimement chrétienne. Il est courant dans l’histoire de l’Eglise que la conversion personnelle du Prince ait précédé celle du peuple.

Prenons le cas de Constantin le Grand. Lors de sa conversion, le paganisme était loin d’avoir disparu, et les chrétiens n’étaient pas encore majoritaires. Or, les populations restées païennes de l’empire n’ont pas refusé leur consentement à l’Empereur.

Il en est allé de même lors du baptême de Clovis.

D’ailleurs, le fait que toute la population ne soit pas chrétienne ne retire rien à la nécessité pour l’Etat de se soumettre au Christ, ni à la légitimité d’un gouvernement chrétien.

En effet, « Son empire [celui du Christ] ne s’étend pas seulement aux nations catholiques ou seulement à ceux qui, purifiés par le saint baptême, appartiennent de droit à l’Eglise, bien que des opinions erronées les aient dévoyés ou que le schisme les ait détachés de la charité ; il embrasse aussi tout ce qu’il existe d’hommes n’ayant pas la foi chrétienne, de sorte qu’en toute vérité l’universalité du genre humain est soumise à la puissance de Jésus-Christ » [20].

Et si on veut voir concrètement quelle serait alors la situation des non-catholiques au sein d’un Etat chrétien, nous pouvons considérer, par analogie, l’exemple que donnent tous les jours les écoles catholiques. Sans doute majoritaires sont les parents non-catholiques (voire juifs ou musulmans) ou du moins non-pratiquants à y inscrire leurs enfants. Ils le font sans éprouver l’inquiétude que leurs enfants pourraient y perdre leur liberté.

Il en va de même pour les citoyens : un Etat doté d’institutions chrétiennes n’imposera pas la foi à ceux qui n’en veulent pas, pas plus que la France de Louis XIV ne l’a imposée aux libertins. Au contraire, c’est sans doute l’Etat chrétien qui sera le plus attaché à respecter en l’homme sa liberté car il sait que Dieu a fait l’homme libre en vue de sa fin ultime, pour qu’il réponde par amour à l’amour de Dieu. Il n’y a donc aucune raison, parce que l’Etat se réfère à la doctrine de l’Eglise et même rend un culte public à Dieu, pour qu’il ne respecte pas l’entière liberté de conscience et la liberté religieuse de tous les citoyens.

En clair, il serait aussi illusoire d’attendre que tous soient chrétiens pour que le gouvernement le devienne, que contraire à la foi et à la charité d’imposer un Etat chrétien à une population (chrétienne ou non) qui n’en voudrait pas.

Ceci signifie que l’action missionnaire de l’Eglise est nécessaire à l’émergence d’un gouvernement chrétien, de la même manière qu’un gouvernement chrétien est de nature à faciliter grandement et à rendre plus fructueuse l’action missionnaire de l’Eglise.

On ne peut donc affirmer ni « Politique d’abord ! », ni « Apostolat d’abord ! », au sens où les deux actions sont également nécessaires et s’épaulent mutuellement.

A l’inverse, quand nous abandonnons l’idée d’Etat chrétien, quand nous acceptons que le croyant se comporte comme un agnostique dans la vie publique et politique, comme l’exigent de nous les ennemis de la foi sous prétexte de laïcité, nous oublions de travailler au salut des âmes et nous montrons infidèles à notre foi.

Et, quand de nombreux catholiques négligent ainsi, ou déclarent contraire au vrai bien, la nécessité de travailler à la conquête de l’Etat, ils ne rendent pas témoignage au Christ « qui est la voie, la vérité et la vie ». Or, « A ceux qui m’auront rendu témoignage devant les hommes, je rendrai témoignage devant les Anges », nous a dit le Fils de l’Homme. N’est-ce pas le premier témoignage demandé aux laïcs – et notamment aux hommes d’Etat – que de travailler à forger des institutions chrétiennes ?

Ou alors n’est-elle pas vaine la prière que le Seigneur Lui-même nous apprit : « Que Votre Règne arrive ! ». Car nous savons bien qu’Il règnera à la fin des temps, quand ce monde aura passé ; nous aspirons à aller dans notre vraie patrie du Ciel, et nous savons avec certitude, dans la Foi et dans l’Espérance, que ce jour viendra ; nul besoin de prier pour cela.

Au contraire, si nous devons supplier Dieu en ces termes, c’est bien pour que Son Règne s’établisse maintenant dans les coeurs comme en ce monde, y compris dans les institutions publiques.

Enfin la restauration d’un ordre temporel chrétien, à laquelle nous devons travailler, ne signifie pas que l’on veuille rétablir à l’identique les institutions chrétiennes du passé. Il s’agit au contraire d’en faire naître de nouvelles, adaptées à notre temps et à nos conditions de vie.

C’est d’ailleurs dans le cadre de la vocation de la France qu’il nous faut comprendre la nécessité d’un Etat chrétien. Cette vocation, Saint Rémi l’a fixée dans son testament pour Clovis et ses successeurs (qui s’y montrèrent vaille que vaille fidèles pendant plus de 1000 ans) : « Pour l’honneur de la Sainte Eglise de Dieu et la défense des indigents ».

Cette nécessité, l’Eglise l’a reconnue dès l’origine en sacrant les rois ; ce sacramental manifeste au plus haut point qu’il est à la fois possible et souhaitable de mettre en oeuvre une véritable politique chrétienne.

Faisons donc nôtres les appels du Saint-Père, appels qu’il n’a cessé de répéter depuis son élection : « N’ayez pas peur ! Ouvrez grandes les portes au Christ, à sa puissance salvatrice. Ouvrez les frontières des Etats, des systèmes économiques, des systèmes politiques, les vastes champs de la culture, de la civilisation et du développement. N’ayez pas peur ! » [21].

[1] L’Etat, au sens d’autorité exerçant la fonction de gouvernement dans la société, garde les mêmes fins, attributs essentiels et devoirs que le Prince, autorité souveraine dans un Etat monarchique.

[2] L’homme est en effet un « animal social » par nature ; c’est-à-dire que sa nature comporte de vivre en société pour atteindre son plein développement. Il ne peut donc pas y avoir contradiction mais bien concordance entre les fins de l’homme pris individuellement et en société.

[3] In « La politique à l’école de Saint Thomas d’Aquin » du R.P. Louis-Marie de Blignières, « Sedes Sapientiae » n° 51, p. 6.

[4] Saint Thomas d’Aquin, cité par le R.P. Louis-Marie de Blignières : Ibidem p. 6.

[5] C’est d’ailleurs pourquoi on a pu dire à juste titre que le bien commun temporel des sociétés médiévales chrétiennes (non divisées de croyance) comprenait aussi la défense de la foi catholique.

[6] Cette soumission du pouvoir civil au pouvoir ecclésiastique quant à la fin ultime ne supprime pas la souveraineté du premier dans son ordre, car « l’ordre de la grâce ne détruit pas l’ordre de la nature » , comme le dit Saint Thomas.

[7] On peut noter que Saint Thomas explique à cet endroit : « Quelle est la voie qui conduit à la vraie béatitude, et quels en sont les obstacles, cela est connu par la loi divine dont l’enseignement relève de l’office sacerdotal, selon cette parole de Malachie(II,7) : « Les lèvres du prêtre garderont la science, et c’est de sa bouche que l’on recherchera la loi » (…) « afin qu’il apprenne à craindre le Seigneur son Dieu, et à garder ses paroles et ses ordonnances, qui sont prescrites dans cette loi » (Deutéronome , XVII, 18-19). Instruit donc par la loi divine, le roi doit veiller principalement à la manière dont la multitude qui lui est soumise mènera une vie bonne. Cet effort se divise en trois points : d’abord instituer une vie bonne dans la multitude qui lui est soumise ; deuxièmement, après l’avoir établie, la conserver ; troisièmement, l’ayant conservée, l’amener à une plus haute perfection ».

[8] Saint Thomas dit encore ailleurs que le roi « doit, par ses lois et ses préceptes, par ses châtiments et ses récompenses, détourner de l’iniquité les hommes qui lui sont soumis, et les amener à des oeuvres vertueuses, en recevant son exemple de Dieu, qui a donné la loi aux hommes, récompensant ceux qui l’observent, châtiant ceux qui la transgressent ».

[9] « Somme de théologie », III, q. 100, a. 6.

[10] In « La politique à l’école de Saint Thomas d’Aquin » du R.P. Louis-Marie de Blignières, « Sedes Sapientiae » n° 51, p. 14.

[11] Ibidem, pp. 16-17.

[12] Ibidem, p. 14.

[13] « De Regno », I, 15.

[14] « Laïcs dans la cité », Actes du Congrès de Lausanne 1966, Présidence du Baron de La Tournelle, p. 136.

[15] Souligné par « Permanences », comme dans la suite des citations de « Quas primas ».

[16] Dan., VII 13-14.

[17] Cf. « Pour qu’Il règne » de Jean Ousset, Chapitre 2 : « Royauté, non de ce monde mais sur ce monde »

[18] « Gaudium et Spes« , n°43, paragraphe 2

[19] souligné par « Permanences »

[20] Léon XIII dans « Annum Sacrum » (25 mai 1899), cité par Pie XI dans « Quas Primas »

[21] Discours du Pape Jean-Paul II lors de sont intronisation, le 16 octobre 1978

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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