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Franciscains de l’Immaculée vers un compromi « pluraliste » : la scission – 13 novembre 2013

publié dans nouvelles de chrétienté le 14 novembre 2013


Franciscains de l’Immaculée vers un compromis « pluraliste »

la scission –

 

L’affaire   des Franciscains de l’Immaculée est désormais bien connue. Dès juillet   2012, en raison de plaintes de quelques membres de la Congrégation   mécontents de la ligne imprimée par le fondateur, le P. Stefano Manelli,   spécialement du point de vue liturgique (les Franciscains de   l’Immaculée étaient devenus bi-formistes), un visiteur apostolique, Mgr   Vito Todisco, fut nommé par la Congrégation pour les Instituts de vie   consacrée et les sociétés de vie apostolique, sous Benoît XVI. Mgr Vito   Todisco a essentiellement adressé aux profès solennels de la   Congrégation un questionnaire demandant de rendre compte de certains   aspects de la vie de l’institut (style de gouvernement du fondateur,   formation des clercs, etc.) Puis il rédigea un rapport qui aboutit à un   décret de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée, daté du   11 juillet 2013, lequel mettait sous tutelle les Frères Franciscains de   l’Immaculée, destituait leur supérieur, nommait un commissaire   pontifical, le P. Fidenzio Volpi, OFMcap, et suspendait le droit de ses   membres à la forme extraordinaire du rite romain. Désormais, celui-ci   était conditionné à l’accord du commissaire apostolique.

Cette   décision – notamment à cause de son incidence liturgique – a soulevé une   émotion considérable, spécialement en Italie. C’est un vaticaniste de   grande autorité, Sandro Magister, lequel n’a rien d’un traditionaliste,   qui s’est alarmé dans des articles successifs sur le gâchis que   représentait cette décision torpillant une communauté jeune,   florissante, représentant en Italie tout le bénéfice d’une pastorale de   reviviscence.

C’est   alors qu’un certain nombre de frères, conscients que la situation était   sans issue et que leur institut serait soumis à un esprit différent de   celui auquel ils adhéraient, résolurent de présenter une supplique au   Saint-Père pour préconiser une séparation : un nouvel institut, fidèle à   l’esprit du fondateur, demandant d’être placé sous l’autorité de la   commission Ecclesia Dei ; et l’autre, qui adopterait l’esprit   voulu par la minorité, restant soumis à la Congrégation pour les   Instituts de vie consacrée. Il s’avère que cette supplique a été signée   par 220 membres de la Congrégation sur 370 (non compris les   exclaustrés). Ce qui est considérable dès lors que les signataires   semblent avoir été soumis à de fortes pressions psychologiques, comme   cela advient souvent dans toute situation analogue au sein d’un milieu   religieux fermé.

Quelle   autre solution au reste qu’une scission ? D’autant qu’il y a un   précédent célèbre qui a fort bien fonctionné pour le plus grand bien de   tous, et auquel tout le monde pense à Rome, celui des religieuses   carmélites. La Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les   sociétés de vie apostolique avait approuvé en 1990 les constitutions   présentées par un groupe de monastères de carmélites déchaussées (une   centaine de carmels sur un peu moins de 800). Ces constitutions étaient   très proches de celles de 1581 (texte du chapitre d’Alcalá, le dernier   approuvé par sainte Thérèse), qui avaient régi l’ensemble des carmélites   jusqu’à Vatican II.

La Mère   Maravillas de Jesús, prieure du couvent du Cerro de los Ángeles   (Aldehuela à Madrid), une femme de forte personnalité, avait en effet   refusé d’accepter une transformation considérable de l’Ordre de sainte   Thérèse. Autour de la Mère Maravillas se regroupèrent les religieuses de   même sensibilité (dites les maravillosas, merveilleuses). Ces   religieuses créèrent une association indépendante, l’association de   Sainte-Thérèse ou des « Carmels unis ».

On   s’achemina alors vers un compromis raisonnable : les « Carmels unis »   sont ainsi devenus l’ordre indépendant « de la Bienheureuse Vierge Marie   du Mont-Carmel ». Soustraits à la juridiction du préposé général des   carmes déchaux, ils sont depuis soumis aux normes dites de « stricte   observance ».

Ce type   de compromis par mode de division qui, de droit ou de fait, s’est   répandu dans les mouvements, les congrégations, les œuvres, n’est-il pas   un moindre mal ? Ne peut-il pas d’ailleurs se référer à un pluralisme   qui serait parfaitement dans « l’esprit du Concile ».

Source : Riposte catholique

LE DOSSIER:

A- Décret : retrait de la possibilité aux Franciscains de l’mmaculée de célébrer selon la « forme extraordinaire » – 11 juillet 2013

 

DÉCRET – La Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et la Société de vie apostolique

La Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et  la Société de vie apostolique, au vu des considérations formulées dans le Rapport  qu’a présenté le Révérend Mgr Vito Angelo Todisco en conclusion de la Visite  Apostolique prévue par le décret du 5 juillet 2012, dans le but de protéger et  de promouvoir l’unité interne des Instituts religieux et la communion  fraternelle, la formation adéquate à la vie religieuse et consacrée,  l’organisation des activités apostoliques, la  bonne gestion des biens temporels, a considéré nécessaire de nommer un Commisaire  Apostolique pour la Congrégation des Frères Franciscains de l’Immaculée, -avec  les conséquences prévues par le droit particulier et universel-, au  Gouvernement Général dudit Institut religieux.

Attendu que la susdite décision a fait l’objet, le 3  juillet 2013, d’une approbation sous forme spécifique conformément à l’art. 18  de la Constitution Apostolique Pastor Bonus par le Saint Père François, est nommé par le  présent Décret le Révérend Père Volpi O.F.M. Cap. Commissaire  Apostolique ad  nutum Sanctae Sedis, pour toutes les Communautés et les associations de la  Congrégation des Frères Franciscains de l’Immaculée.

Dans l’exercice de ses fonctions, le Rév. Père Volpi  assumera toutes les compétences que la normative spécifique de l’Institut et  celle de l’Église attribuent au Gouvernement Général.

En outre, il sera de sa compétence de s’entourer, s’il  le juge utile, de collaborateurs choisis à sa discrétion et nommés par lui  après l’accord de ce Dicastère, à qui il pourra demander son avis lorsqu’il le  jugera utile.

Le Rév. Père Volpi devra, tous les six mois, informer  ce Dicastère de son activité, en envoyant un rapport détaillé écrit concernant  les décisions prises, les résultats obtenus et les initiatives qu’il  considèrera utiles de mettre en œuvre pour le bien de l’Institut.

Enfin, il reviendra à l’Institut des Frères  Franciscains de l’Immaculée de rembourser tant les dépenses engagées par ledit  Commissaire et par les collaborateurs qu’il aura éventuellement nommés, que les  honoraires liés à leurs prestations.

À ce qui précède, toujours le 3 juillet, le Saint Père  François a de plus établi que tous les religieux de la Congrégation des Frères  Franciscains de l’Immaculée sont tenus de célébrer la liturgie selon le rite  ordinaire, et qu’éventuellement, l’usage de la forme extraordinaire (Vetus  Ordo) devra être explicitement autorisée par les autorités compétentes pour  tous les religieux et/ou toutes les communautés qui en feront la demande.

Nonobstant  toute disposition contraire.

Transmis par le Vatican, le 11 juillet 2013

Joao Braz Card. de. Aviz , préfet

+ José Rodrìguez Carballo, O.F.M., Archevêque Secrétaire

B-Le cas extrêmement grave des Franciscains de l’Immaculée, par Roberto de Mattei – 30 juillet 2013

 Le cas des Franciscains de l’Immaculée se présente comme un épisode d’une extrême gravité, destiné à avoir des   conséquences à l’intérieur de l’Église, conséquences peut-être non   prévues par ceux qui l’ont déclenché imprudemment.

La   Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée (également connue comme   Congrégations pour les religieux), par un décret du 11 juillet 2013,   signé par son Préfet, S.Em. le cardinal João Braz de Aviz et par   l’archevêque secrétaire, S.E. Mgr José Rodriguez Carballo, ofm, ont   relevé de leurs fonctions les supérieurs des Franciscains de   l’Immaculée, confiant le gouvernement de l’Institut à un « Commissaire   apostolique », le Père Fidenzio Volpi, OFM Cap. Afin de durcir la forme   du décret, le cardinal João Braz de Aviz s’est muni d’une approbation ex auditu du Pape François, ce qui retire aux Franciscains de l’Immaculée toute   possibilité de recours devant le Tribunal de la Signature apostolique.   Les raisons de cette condamnation, qui a pour origine un exposé fait à   la Congrégation pour les Instituts de Vie Consacrée par un groupe de   religieux dissidents, demeurent mystérieuses. Du décret de la   Congrégation et de la lettre envoyée aux Franciscains le 22 juillet par   le nouveau commissaire apostolique, les seuls chefs d’inculpation   semblent être ceux de faible « sentire cum Ecclesia » et d’attachement excessif au rite romain ancien.

En   réalité, nous nous trouvons face à une injustice flagrante vis-à-vis des   Franciscains de l’Immaculée. Cet institut religieux, fondé par les   Pères Stefano Maria Manelli et Gabriele Maria Pellettieri, est l’un des   plus florissants de l’Église par le nombre de vocations, l’authenticité   de la vie spirituelle, la fidélité à l’orthodoxie et aux autorités   romaines. Dans la situation d’anarchie liturgique, théologique et morale   dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, les Franciscains de   l’Immaculée devraient être pris comme exemple de vie religieuse. Le Pape   rappelle souvent la nécessité d’une vie religieuse plus simple et plus   sobre. Les Franciscains de l’Immaculée se distinguent justement par   l’austérité et par la pauvreté évangélique avec lesquelles, depuis leur   fondation, ils vivent leur charisme franciscain. Aujourd’hui, cependant,   au nom du Pape, la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée   relève de ses fonctions le gouvernement de l’institut, pour le   transférer à une minorité de religieux rebelles, d’orientation   progressiste [1], sur laquelle le nouveau commissaire apostolique s’appuiera   pour le normaliser, c’est-à-dire pour le conduire au désastre auquel il   avait jusqu’ici échappé grâce à sa fidélité aux lois ecclésiastiques et   au Magistère.

Mais   aujourd’hui, le mal est récompensé et le bien puni. Il n’est pas   surprenant que cette dure sanction à l’égard des Franciscains de   l’Immaculée provienne du même cardinal qui souhaite compréhension et   dialogue avec les religieuses hérétiques et schismatiques américaines de   la Leadership Conference of Women Religious (LCWR). Ces religieuses   prêchent et pratiquent la théorie du genre et il faut donc dialoguer   avec elles. Les Franciscains de l’Immaculée prêchent et pratiquent la   chasteté et la pénitence et il n’existe donc pas de possibilité de   compréhension pour eux. Ceci est la triste conclusion à laquelle   parvient inévitablement un observateur impartial.

L’un des   chefs d’inculpation est d’être trop attachés à la Messe traditionnelle.   Mais cette accusation n’est qu’un prétexte dans la mesure où les   Franciscains de l’Immaculée sont bi ritualistes, c’est-à-dire qu’ils   célèbrent la Messe tout à la fois selon la forme ordinaire (« nouvelle   Messe » du Missel de Paul VI) et selon la « forme extraordinaire » [2] du Rite   romain (Messe dite tridentine selon le Missel de 1962), comme cela leur   est permis par les lois ecclésiastiques en vigueur. Face à un ordre   injuste, on peut imaginer que certains d’entre eux ne renonceront pas à   célébrer la Messe « traditionnelle » et ils feront bien de résister sur   ce point dans la mesure où il ne s’agira pas d’un geste de rébellion   mais d’obéissance. En effet, les indults et privilèges accordés à la   Messe « traditionnelle » n’ont pas été abrogés et ils ont une force   juridique supérieure au décret d’une Congrégation et même aux intentions   d’un Pape si ces dernières ne sont pas exprimées dans le cadre d’un   acte juridique clair. Le cardinal Braz de Aviz semble ignorer   l’existence du motu proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, de son décret d’application, l’Instruction Universae Ecclesiae du 30 avril 2011, et de la Commission Ecclesia Dei,   annexée à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, dont la   Congrégation pour les Instituts de vie consacrée usurpe aujourd’hui les   compétences.

Quelle est l’intention de la suprême autorité ecclésiastique ? Supprimer la Commission Ecclesia Dei et abroger le motu proprio de Benoît XVI ? Dès lors, il faut le dire   explicitement, afin que les conséquences puissent en être tirées. Et si   tel n’est pas le cas, pourquoi poser un décret inutilement provocateur à   l’encontre du monde catholique qui se réfère à la Tradition de   l’Église ? Ce monde connaît une phase de grande expansion, surtout parmi   les jeunes, et ceci est peut-être la principale raison de l’hostilité   dont il fait aujourd’hui l’objet.

Enfin,   le décret constitue un abus de pouvoir qui concerne non seulement les   Franciscains de l’Immaculée et ceux qui sont qualifiés improprement de   traditionalistes, mais tous les catholiques. Il représente en effet un   symptôme alarmant de cette perte de la certitude du droit qui contamine   aujourd’hui l’intérieur même de l’Église. L’Église en effet est une   société visible, au sein de laquelle est en vigueur le « pouvoir du droit et de la loi » (Pie XII, Discours Dans notre souhait du 15 juillet 1950). Le droit est ce qui définit le juste et l’injuste et, ainsi que l’expliquent les canonistes, « La potestas au sein de l’Église doit être juste et ceci est requis par la nature   même de l’ Église, qui détermine les buts et les limites de l’activité   de la Hiérarchie. Tout acte des Sacrés Pasteurs n’est pas juste du   simple fait qu’il provienne d’eux » (Carlos J. Errazuriz, Il diritto e la giustizia nella Chiesa,   Giuffré, Milano, 2008, p. 157). Lorsque la certitude du droit vient à   manquer, l’arbitraire et la volonté du plus fort prévalent. Cela arrive   souvent dans la société et peut arriver au sein de l’Église lorsqu’en   elle la dimension humaine prévaut sur la dimension surnaturelle. Mais si   la certitude du droit n’existe pas, il n’existe pas de règle de   comportement sûre. Tout est laissé à l’arbitraire de l’individu ou des   groupes de pouvoir et à la force sur laquelle peuvent compter ces   groupes de pression afin d’imposer leur volonté propre. La force,   séparée du droit, devient injustice et arrogance.

L’Église,   Corps mystique du Christ, est une institution hiérarchique, basée sur   une loi divine dont les hommes d’Église sont les dépositaires mais en   aucun cas ni les créateurs ni les patrons. L’Église n’est pas un soviet   mais un édifice fondé par Jésus Christ, au sein duquel le pouvoir du   Pape et des évêques doit être exercé en suivant les lois et formes   traditionnelles, toutes enracinées dans la Révélation divine.   Aujourd’hui, on évoque une Église plus démocratique et égalitaire mais   le pouvoir est souvent exercé de manière personnaliste, au mépris des   lois et coutumes millénaires. Lorsqu’il existe des Lois universelles de   l’Église, comme la Bulle de Saint Pie V Quo primum (1570) et le motu proprio de Benoît XVI Summorum Pontificum,   il est nécessaire pour les modifier d’adopter un acte juridique   équivalent. Il n’est pas possible de considérer comme révoquée une loi   précédente si elle ne l’est pas par le biais d’un acte explicitement   abrogatif de même rang.

Pour   défendre la justice et la vérité à l’intérieur de l’Église, nous nous en   remettons à la voix des juristes, dont certains éminents cardinaux, qui   ont ordonné selon la forme extraordinaire du rite romain les   Franciscains de l’Immaculée et en connaissent la vie exemplaire et le   zèle apostolique. Nous en appelons surtout au Pape François afin qu’il   veuille retirer les mesures contre les Franciscains de l’Immaculée et   contre leur usage légitime du rite romain dans sa « forme extraordinaire » [2].

Quelque   soit la décision qui sera prise, nous ne pouvons cacher le fait que le   moment que traverse aujourd’hui l’Église est dramatique. De nouvelles   tempêtes s’annoncent à l’horizon et ces tempêtes ne sont certainement   suscitées ni par les frères ni par les sœurs franciscains de   l’Immaculée. L’amour de l’Église, catholique, apostolique et romaine,   les a toujours caractérisés et nous pousse à prendre leur défense.   Notre-Dame, Virgo Fidelis, suggérera à la conscience de chacun en ces moments difficiles la juste route à suivre.

Roberto de Mattei [3]

Source : Corrispondenza Romana n° 1304 du 30 juillet 2013

 

C- Les Franciscains de l’Immaculée sous surveillance – 09 août 2013

Une décision romaine touchant les Franciscains de l’Immaculée fait grand bruit à Rome, au beau milieu de l’été. En effet, suite à une visite apostolique commencée il y a un an, la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique a pris, avec l’approbation explicite du pape François, un décret daté du 11 juillet 2013, mais connu seulement quelques jours plus tard, décret qui nomme un Commissaire apostolique pour diriger les Franciscains de l’Immaculée jusqu’à la réunion de leur prochain Chapitre général en 2014 et qui impose la messe de Paul VI à tous les membres, sauf autorisation expresse du Commissaire.

La Congrégation des Frères Franciscains de l’Immaculée a été fondée en 1970 par deux franciscains, le P Stefano Manelli et le P. Gabriele Pellettieri . Cette congrégation a été approuvée, selon le droit diocésain, par l’archevêque de  Bénévent, Mgr  Carlo Minchiatti, en 1990. Et le 1er janvier 1998, elle a été reconnue de droit pontifical.

Les Franciscains de l’Immaculée, qui aujourd’hui comptent   environ 400 religieux dans plus de                      50 maisons, sont à la tête de plusieurs stations de radio et de télévision dans le monde, ils dirigent  plusieurs sites et une maison d’éditions, Casa Mariana Editrice, qui  a publié des dizaines d’ouvrages,  dont le livre de Mgr Brunero    Gherardini , Vatican II, un débat  à ouvrir. La branche féminine, les Sœurs Franciscaines de l’Immaculée, érigée de droit pontifical  la même année que les Frères, regroupe plus de 400 religieuses.

Or, il y a six ans, à la suite  du motu proprio Summorum  Pontificum (7 juillet 2007) reconnaissant que la messe de saint Pie V n’avait jamais été abrogée, la congrégation des Franciscains de l’Immaculée a commencé à adopter  de manière habituelle – mais non  exclusive – la messe traditionnelle.                        C’est pourquoi la décision romaine suscite quelques questions.

L’historien Roberto de  Mattei s’interroge

« Quelle est l’intention de la suprême autorité  ecclésiastique ? Supprimer la Commission Ecclesia Dei et abroger le motu proprio de Benoît XVI ? Dès lors, il faut le dire explicitement, afin que les conséquences puissent   en être tirées. Et si tel n’est pas le      cas, pourquoi poser un décret inutilement provocateur à l’encontre   du monde catholique qui se réfère à    la Tradition de l’Eglise ? Ce monde connaît une phase de grande expansion, surtout parmi les jeunes,  et ceci est peut-être la principale raison de l’hostilité dont il fait aujourd’hui l’objet. »

Ce sont les cinq dernières   lignes du décret du 11 juillet q ui  provoquent le plus d’étonnement :

«  En plus de ce qui est indiqué ci-dessus, le Saint Père François a décidé que tous les religieux de la            congrégation des Frères Franciscains de l’Immaculée sont tenus  de célébrer la liturgie selon le rite ordinaire et que, éventuellement,    l’usage de la forme extraordinaire  ( Vetus Ordo) devra être explicitement autorisé  (c’est nous qui soulignons) par les autorités compétentes, pour tous les religieux et/ou communautés qui en feront la demande ».

Et le vaticaniste   Sandro   Magisterde souligner :

« L’étonnement est dû au fait que ce qui  est ainsi décrété contredit les dispositions prises par Benoît XVI.    Celles-ci n’exigent, pour la célébration de la messe selon le rite ancien   sine populo , aucune demande préalable d’autorisation. (…) Et pour les messes  cum populo, elles fixent quelques conditions, mais toujours    en assurant la liberté de célébrer.   « En général, il est possible  d’exercer, contre un décret pris     par une congrégation du Vatican,  un recours devant le Tribunal suprême de la signature apostolique   (…), mais si le décret fait l’objet d’une approbation du pape sous  une forme spécifique, comme cela                        semble être le cas dans cette affaire,  le recours n’est pas admis. Les Franciscains de l’Immaculée devront se    conformer à l’interdiction de célébrer la messe selon le rite ancien à  partir du dimanche 11 août. »

Quelles sont les raisons de ce décret romain ? Le journaliste Yves Chiron a interrogé un historien italien,   Fabrizio Cannone ,  dans  Aletheia  (n°204 – 31 juillet  2013), sur d’éventuelles dissensions  à l’intérieur de la communauté des    Franciscains de l’Immaculée. Voici   sa réponse :

«  Depuis un certain temps il y avait des divergences   entre les membres de l’Institut.    Des divergences essentiellement de   deux types. D’abord, il y a eu des     critiques toujours plus fortes contre  le Fondateur et supérieur général,      qui a eu depuis peu 80 ans, et que  certains jugent ne plus être en mesure de bien suivre les multiples activités et le développement de l’Institut. (…) La seconde critique interne s’est fait jour après le motu proprio de 2007 : si la majorité des  prêtres a accepté le document et en  a fait un large usage, toujours néanmoins en respectant la pastorale  diocésaine, certains religieux ont  vu d’un mauvais œil cette supposée   ‘tridentinisation’, peut-être inattendue. La cause selon moi significative est que l’Institut est peut-être  l’unique au monde, au moins parmi ceux qui ont une certaine importance numérique, à avoir voulu passer, au moins pour les célébrations internes à la communauté, à   la liturgie traditionnelle : et cela,  je le répète, à la plus grande joie  du plus grand nombre des prêtres  simples frères, religieuses et laïcs du  tiers-ordre. Signe qu’il devait exister  et qu’il existe un lien entre leur spiritualité et la spiritualité typique du   rite traditionnel. Certains prêtres    n’ont pas accepté cette évolution,  pourtant prévue par le texte même  du motu proprio, et ont commencé    une fronde contre le P. Manelli, contre le co-fondateur P. Gabriele  et les autres membres du Conseil.    D’où la visite canonique, le décret  et la nomination d’un Commissaire.   Et Fabrizio Cannone de    conclure : cette mesure semble   une mesure de punition, en ce sens que l’éventuel gouvernement déficient des Supérieurs et le supposé  manque de   sensus Ecclesiae, sont des    choses différentes et éloignées de la forme liturgique adoptée. Qui plus  est, dans ce cas, on constate aussi  les nombreux fruits de jeunes voca tions.»

Interrogé sur ce décret, le  P.  Federico Lombardi, directeur  de la Salle de presse du Saint-Siège,  a déclaré qu’il s’agissait d’une décision visant à répondre à des problèmes spécifiques et à des tensions                        au sein de la communauté des    Frères franciscains de l’Immaculée, et il a assuré qu’il ne s’agissait pas de    contredire le motu proprio  Summorum Pontificumlibéralisant l’usage  de l’ancien rite.

C’est dans ce contexte que   l’on apprenait, le samedi 2 août, que la Commission pontificale Ecclesia  Dei avait un nouveau secrétaire. En  effet, le pape venait de nommer à  ce poste , Mgr   Guido Pozzo, archevêque de Bagnoregio en Italie qui  était jusque là Aumônier du pape,   et qui avait déjà occupé cette charge  de juillet 2009 à novembre 2012.

Selon le cardinal  Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux, membre de la Congrégation           pour la doctrine de la foi et de la   Commission Ecclesia Dei, le rappel « de quelqu’un qui connaît très                bien les dossiers » permettra à cette   commission de « bénéficier de son  expérience et de son savoir », à un   moment où elle est confrontée à   plusieurs sujets cruciaux.   Dans   La   Croix     du 5 août, le cardinal Ricard    considère qu’au sujet de la Fraternité   Saint-Pie X l’heure est au « constat d’un échec des négociations, des    rencontres et des dialogues » ; la récente déclaration de ses évêques,  à l’occasion du 25e anniversaire des    ordinations épiscopales (Voir DICI n°278 du 05/07/13), « constitue    une fin de non-recevoir ». Le « nou veau » secrétaire de la Commission    Ecclesia Dei pourrait être à même     de « savoir si l’on peut désensabler  quelques dossiers », alors que Mgr    Gerhard Müller, président de la                        Congrégation de la foi, « comprend  plus difficilement » le refus de la  Fraternité Saint-Pie  X de reconnaître tout le concile Vatican II, et   que Mgr    Augustine Di Noïa, vice-président de la Commission Ecclesia Dei depuis le 26 juin 2012,  » ne   peut que constater la complexité du  dossier ».

A Rome, un observateur     attentif du dossier nous fait savoir    que sur le rappel de Mgr Pozzo   « il n’y a pas encore d’explications     officieuses ou officielles. La seule  conclusion qu’on peut en tirer,                        est que pour l’instant il n’y a pas      d’intention de faire disparaître  cette commission, comme certains       en avaient fait courir le bruit. Les     fortes réactions provoquées par le   décret concernant les Franciscains  de l’Immaculée ont surpris plus    d’un responsable romain. Attendons la suite… Car nous sommes    au mois d’août, beaucoup sont en  vacances, et il est difficile d’avoir   des informations sûres. »

Sources: Apic/IMedia/Aletheia/LaCroix/                        news.va/corrispondenzaromana.it/chiesa.espressonline.it/sources privées–DICI n° 280 du 09/08/13

 

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