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Quelques réflexions après Assise-3

publié dans nouvelles de chrétienté le 3 novembre 2011


Sur le blog de « Mesnil-Marie », on lit ces reflexions sur Assise 3

 Quelques réflexions après Assise-3  par le Professeur R. de Mattei.

Mercredi 2 novembre 2011.

Le n° 242 de “Correspondance Européenne“ vient de me parvenir ce soir. Il contient des “réflexions” du Professeur Roberto de Mattei sur la réunion d’Assise qui s’est tenue le 27 octobre dernier. Comme nous avions publié sur ce blogue, en janvier (cf. > www) puis quelques semaines plus tard (cf. > www) les textes pertinents signés par le Professeur de Mattei demandant avec insistance un éloignement de toute forme de syncrétisme et de tout risque de mauvaise interprétation, nous pensons intéressant de reproduire ci-dessous sa première analyse après l’évènement.

En tant que signataire d’un appel à Sa Sainteté Benoît XVI pour qu’Il revienne sur Sa décision de célébrer le vingt-cinquième anniversaire du premier rassemblement interreligieux à Assise, et le rassemblement ayant eu lieu, je ne peux m’empêcher d’exprimer quelques réflexions à ce propos.

Quel que soit le jugement que l’on porte sur cette troisième rencontre d’Assise, il faut souligner qu’elle a certainement représenté une correction objective de route par rapport aux deux rencontres précédentes, surtout en termes de risque de syncrétisme. À ce sujet, il faut lire attentivement le discours que le Cardinal Raymond Leo Burke a adressé lors du Congrès intitulé : Pélerins de la Vérité vers Assise, qui s’est déroulé le 1er octobre dernier à Rome proposant une possible clé d’interprétation de l’événement.

Au cours de la « Journée de réflexion, dialogue et prière pour la paix et la justice dans le monde » qui s’est déroulée le 27 octobre, il n’y a pas eu un seul moment de prière de la part des présents, ni en commun, ni en parallèle, comme cela avait en revanche été le cas en 1986, avec les différents groupes religieux réunis dans différents endroits de la ville de Saint François. Du reste chacun sait que celui qui à l’époque était le cardinal Ratzinger avait évité de participer à cette rencontre, et que son absence avait alors été interprétée comme une prise de distance à l’égard des équivoques que cette initiative allait générer.

Benoît XVI a voulu donner à ce rassemblement du 27 octobre un visage autre que celui des rassemblements précédents : le visage, comme l’a expliqué le cardinal Burke, « d’une rencontre interreligieuse dans le sens d’un dialogue interculturel, appuyé sur la rationalité, bien précieux de l’Homme en tant que tel ». Deux textes nous permettent de comprendre la pensée de Benoît XVI en matière de « dialogue » : la première est la lettre envoyée par le Saint Père au philosophe Marcello Pera, déjà Président du Sénat, à l’occasion de la sortie de son livre Perché dobbiamo dirci cristiani (Pourquoi nous devons nous déclarer Chrétiens) (Mondadori, Milan 2008). Dans cette lettre, Benoît XVI écrivait qu’ « un dialogue interreligieux, au sens strict du terme, est impossible, mais qu’il est d’autant plus urgent de mettre en place un dialogue interculturel qui approfondisse les conséquences culturelles des décisions religieuses de fond. Dans ce cas, le dialogue, une correction mutuelle, et un enrichissement réciproque sont possibles et nécessaires ».

Le second document est également une lettre du Saint Père, adressée cette fois le 4 mars 2011 au pasteur luthérien Peter Beyerhaus, qui avait manifesté au Saint Père sa crainte face à la nouvelle convocation de la journée d’Assise. Benoît XVI lui écrivait : « Je comprends fort bien votre préoccupation quant à votre participation à la rencontre d’Assise. Mais il fallait de toute façon marquer cette commémoration, et après tout, il me semblait que le meilleur moyen était que je m’y rende moi-même, pour tenter ainsi de déterminer la direction du tout. Néanmoins, je ferai tout pour rendre impossible une interprétation syncrétiste ou relativiste de l’événement, et pour qu’il soit bien établi que je croirai et je confesserai toujours ce que j’avais rappelé à l’attention de l’Église avec Dominus Iesus ».

Effectivement, il n’y a pas eu, au moins apparemment, d’interprétation syncrétiste ou relativiste de l’événement, ou du moins elle a été atténuée, et pour cette même raison, les médias ont accordé bien peu de place à l’événement. Pourtant, un autre aspect d’Assise-3 suscite des perplexités que l’on ne peut passer sous silence.

L’on peut nouer un dialogue interculturel avec des croyants d’autres religions, non pas sur une base théologique, mais sur la base rationnelle de la loi naturelle. Or la loi naturelle n’est rien d’autre que le Décalogue, le devoir des deux préceptes de Charité : amour de Dieu et amour du prochain, exprimés dans les deux tables remises à Moïse par Dieu Lui-même. Il est possible que, bien qu’ils professent les fausses religions, il se trouve des croyants d’autres religions qui cherchent à respecter cette loi naturelle qui est universelle et immuable, car commune à tout être humain (l’entreprise est du reste très ardue sans l’aide de la Grâce). La loi naturelle peut constituer un « pont » qui portera ces « infidèles » à la plénitude de la Vérité, y compris la Vérité surnaturelle.

En revanche, le dialogue avec ceux qui ne croient dans aucune religion, c’est à dire avec les athées convaincus, est largement plus problématique. Car la loi naturelle ne se compose pas seulement des sept commandements qui règlent la vie entre les hommes, mais d’un ensemble de dix commandements, dont les trois premiers imposent de rendre un culte à Dieu. La Vérité exprimée par le Décalogue est que l’Homme doit aimer Dieu par-dessus toutes les créatures, et aimer ces dernières selon l’ordre établi par Lui. L’athée refuse cette Vérité, et il est dépourvu de cette possibilité de se sauver qui est offerte, même si c’est de façon exceptionnelle, aux croyants d’autres religions. Et si l’on peut concevoir l’ignorance non coupable de la vraie religion catholique, on ne peut concevoir l’ignorance non coupable du Décalogue, parce que sa loi est inscrite « sur les tables du cœur humain par le doigt même du Créateur »(Rm. 2, 14-15).

Il y a bien sûr la possibilité d’une recherche ou d’un « pèlerinage » vers la Vérité, y compris de la part des non-croyants. C’est ce qui se passe lorsque le respect du Deuxième Commandement (l’amour du prochain) pousse progressivement à en chercher le fondement dans le Premier Commandement (l’amour de Dieu). C’est la position de ceux que l’on appelle les « athées dévôts », comme Marcello Pera et Giuliano Ferrara qui, comme l’a fait remarquer à juste titre Francesco Agnoli dans son article : « (Io cattolico pacelliano, dico al card. Ravasi che ad Assisi ha sbagliato atei »(Moi, catholique pacellien, je dis au cardinal Ravasi qu’à Assise il s’est trompé d’athées), “Il Foglio”, 29 octobre 2011), « ont fait un bon bout de chemin avec les croyants, et ce chemin ils le font continuellement, en faisant fonctionner la raison ». Ces derniers, aujourd’hui, se montrent à l’égard de certains préceptes du Décalogue plus fermes et plus observants que de nombreux Catholiques. Mais les athées convoqués à Assise n’ont rien de « dévôt » : ils appartiennent à cette catégorie de non-croyants qui méprisent non seulement les trois premiers commandements, mais toute la Table du Décalogue.

C’est une position que la philosophe et psychanalyste Julia Kristeva a reprise dans le quotidien “Corriere della Sera” (28 octobre 2011) – qui a publié in extenso son intervention à Assise, intitulé : « Un nuovo umanesimo in dieci principi » (Un nouvel Humanisme en dix Principes). À la différence d’autres spécialistes laïcs, Kristeva a revendiqué une ligne de pensée qui, partant de la Renaissance, arrive à l’Illuminisme de Diderot, Voltaire et de Rousseau, y compris le marquis de Sade, Nietzsche et Sigmund Freud, c’est à dire cet itinéraire qui, comme l’ont démontré d’éminents spécialistes de l’athéisme, du père Cornelio Fabro (Introduzione all’ateismo moderno, Studium, Rome 1969) au philosophe Augusto Del Noce (Il problema dell’ateismo, Il Mulino, Bologne 2010), porte précisément à ce nihilisme, que la psychanalyse française, sans pour autant nier sa propre vision athée et permissive de la société, voudrait contrer, au nom d’une « complicité » collaborative entre humanisme chrétien et humanisme sécularisé. L’issue de cette coexistence pacifique entre le principe athée d’immanence et un vague rappel de la religiosité chrétienne ne peut être que le panthéisme, cher à tous les modernistes, anciens et contemporains.

Le point sur lequel Assise-3 risque de représenter un dangereux avancement dans la confusion qui tenaille actuellement l’Église est celui que tous les médias ont largement souligné, à savoir : l’extension de l’invitation à Assise, – en plus de celle adressée aux représentants des différentes religions du monde entier -, également à des athées et à des agnostiques, sélectionnés parmi les plus éloignés de la métaphysique chrétienne. Nous nous demandons quel dialogue peut être possible avec ces « non-croyants » qui nient à la racine la loi naturelle.

La distinction entre les athées « combattants » et athées « collaborateurs » risque d’ignorer la force agressive contenue dans l’athéisme implicite, qui ne s’exprime pas de façon militante, mais qui de ce fait même est plus dangereux. Les athées de l’UAAR (Union des Athées et des Agnostiques rationalistes) ont au moins quelque chose à enseigner aux Catholiques : ils professent leurs erreurs avec un esprit de militantisme dont les Catholiques ont totalement abdiqué pour défendre leurs vérités. C’est ce qui se passe par exemple lorsque l’on critique les croisades, qui n’ont pas été une déviation de la Foi, mais des entreprises encouragées officiellement par des Papes, exaltées par les saints, fondées sur la Théologie et régies, pendants des siècles, par le Droit canonique.

Si à l’époque l’Église s’est trompée, alors est-ce que ceux qui aujourd’hui prêchent qu’il faut être « cool » et qu’il ne faut pas s’imposer face aux ennemis, extérieurs et intérieurs, qui les harcèlent, ne se trompent pas ? Et si l’Église, comme nous le savons, ne se trompe pas dans Son enseignement, alors quelle devrait être l’ultime règle de Foi du Catholique dans des moments de confusion comme celui que nous sommes en train de traverser ?

Voilà des questions que tout simple fidèle a le droit de poser, avec respect, aux autorités suprêmes de l’Église, au lendemain de ce 27 octobre 2011.

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