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Contre les Lumières !

publié dans nouvelles de chrétienté le 10 juillet 2013


On lit sur le blog de M l’abbé de Tanoüarn, ce lundi 8 juillet 2013, ce commentaire intéressant sur la nouvelle encyclique du pape  François,

Contre les Lumières !
par l’abbé Guillaume de Tanoüarn

Le plus important dans cette première encyclique du pape François, je ne pense pas manquer de respect en le disant, ce pourrait bien être le titre : la lumière de la foi. Ce titre permet de comprendre la foi non pas avant tout comme un objet (l’objet de la foi) mais comme un acte : un acte qui porte la lumière.

Parler de « lumière de la foi », c’est opposer la foi aux Lumières, ces Lumières au pluriel, qui ont soi-disant changé le visage de l’humanité, au point que l’on pourrait distinguer un « avant » (la période de l’enfance) et un après (la maturité de l’humanité). Dans toutes les langues européennes, dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle a résonné la bonne nouvelle de l’illumination : illuminismo, Aufklärung, enlightenment. Même dans la catholique Espagne, il y a des illustrados, qui sont d’ailleurs catholiques et monarchistes… A la fin du XVIIIème siècle, Kant se demande : Qu’est-ce que les lumières, dans un petit opuscule qui restera célèbre. Et il explique : « Les Lumières, c’est la sortie de l’homme hors de l’état de tutelle dont il est lui-même responsable. L’état de tutelle est l’incapacité de se servir de son entendement sans la conduite d’un autre [...] Sapere Aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Voilà la devise des Lumières. »

C’est au nom de cette devise que Kant écrit en 1793, en pleine Terreur jacobine, La religion dans les limites de la simple raison. Qu’est-ce que les Lumières ? L’idée que rien ne doit résister à l’empire de la raison, l’idée qu’il n’y a ni savoir, ni foi, ni intuition, ni compréhension hors de « l’exercice libre et public de la raison », raison dont le pouvoir absolue est fondé sur l’expérience sensible et dont les limites s’arrêtent elles aussi à l’horizon de nos sens. Oh ! Kant lui-même ne se limitera pas à cet austère enfermement de l’homme dans sa raison ! Il soutiendra finalement, en morale, une théorie des idées, qui eut paraître à l’extrême opposé de ce qu’il articule du point de vue d’une critique de la raison pure et d’une critique de la raison religieuse. Fichte, Schelling, Hegel développeront l’idéalisme latent dans le kantisme. Mais en tant que penseur du XVIIIème siècle, en tant que grand Instituteur de la Raison européenne, Kant pratique ce que l’Etat prussien appelle, à son sujet, « la libre pensée ».

Après deux-cents ans, il est temps d’examiner cette pensée « lumineuse ».

Benoît XVI, remarque le Père Michel Viot, est le premier pape à le faire (cf. son livre Le vrai et le faux aux éd. de l’Oeuvre qui est un commentaire de l’encyclique Spe salvi de Benoît XVI). Il y a eu dès le XVIIIème siècle une critique de Rousseau et de sa nouvelle République. Mais les penseurs des Lumières n’ont jamais arrêté l’acribie du Vatican. Rome vit encore au XVIème siècle, au temps de sa glorieuse alliance avec Erasme contre Luther, avec l’humanisme contre l’anti-humanisme augustinien des protestants. Cette défaillance originelle, les catholiques la paieront cher. Elle est sans doute à l’origine de toues les crises de l’Eglise depuis deux siècles. Même la Révolution liturgique qui sévit dans les années 60 est une révolution rationaliste comme l’a bien montré le dominicain anglais Aidan Nichols. L’Eglise n’était pas armée, pas prévenue, les hommes d’Eglise pas formés pour faire face à l’esprit désacralisateur des Lumières. Sans la réforme liturgique, du reste, on peut penser que les Vandales de l’intérieur seraient allés encore plus loin dans leur folle ambition de rendre « compréhensible », rationnel, transparent (… vide) le culte catholique.

Une fois de plus Rome a accompagné le mouvement en le freinant d’une part, mais aussi en l’installant partout.

Quant à la crise de la théologie, rappelons que les prodromes s’en sont fait sentir lorsque Ambroise Gardeil et Marie-Dominique Chenu ont envisagé de démontrer que la théologie était une science, scientia, se servant du terme latin scientia (qui signifie savoir) pour imposer une conception purement universitaire et spécialisée de cette discipline, qui était – oh ! de manière implicite et inconsciente – une sorte de reniement absolu. On sait que, chez les dominicains, le Père Torrell a officiellement mis fin à ce prurit véritablement scientiste, en montrant bien le lien entre théologie et spiritualité. Mais des générations d’étudiants ont souffert de cette arrogance du savoir dominicain, si l’on s’en tient par exemple, pour le témoignage qui nous en est laissé, aux Mémoires du Père Bro (La libellule et le haricot).

L’Eglise des années 60, les Lumières, elle avait envie d’en être. On a vu les résultats de cette ambition suicidaire – ambition qui avait été condamnée d’ailleurs dès 1864 par la proposition 15 du Syllabus de Pie IX. Mais qui avait seulement lu le Syllabus en 1960, à part l’abbé de Nantes et quelques prêtres isolés ?

Eh bien aujourd’hui, l’Eglise reparle de « la lumière de la foi » bien plus forte que ces Lumières, humaines trop humaines, qui d’ailleurs exaspéraient Nietzsche. Le savoir de la foi explique en substance François-Benoît XVI, est un savoir d’amour, qui naît en nous d’une parole que Chrysostome appelait « étrangère à notre sol ». Et d’appeler à a rescousse Grégoire le Grand, pape au tournant du VIIème siècle, qui s’était écrié, « l’amour lui-même est connaissance » ou Guillaume de Saint Thierry qui parle des yeux illuminé par l’amour. L’un et l’autre ont évidemment lu le De Trinitate d’Augustin, où l’on trouve déjà tout !

….

Il faut éclairer ces propos de M l’abbé de Tanoüran d’avec la quatrième partie de l’encyclique: la foi et le bien commun. Ici la pape tient  tout un langage « contre-révolutionnaire » sur la cité.  J’en ai parlé dans mon site et lors de l’homélie de dimanche dernier sur « La paroisse saint Michel ».

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