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Du sacerdoce du Christ

publié dans nouvelles de chrétienté le 27 décembre 2013


Du mystère de l’Incarnation à la Passion du Christ

Le sacerdoce du Christ

« Et Verbum caro factum est »

 

Tel sera le thème de notre entretien spirituel en guise de préparation, cette année, au mystère de Noël.

De l’Incarnation du Verbe, le Fils de Dieu, Grand Prêtre selon l’ordre de Mechisédeck,  à sa très Sainte Passion.

Je vous laisse relire les Evangiles des Mystères de  l’Annonciation, de l’Incarnation, de la Passion. Vous pouvez en scruter les détails merveilleux en  saint Luc. Vous trouverez largement de quoi contempler.

Je voudrais, quant à moi,  méditer sur le sacerdoce du Christ. Nous sommes dans un séminaire, vous vous préparez  au sacerdoce. Ce qui vous intéresse, j’imagine au plus haut point, c’est de connaître le sacerdoce du Christ, auquel vous voulez participer, le prêtre étant un « alter Christus ».

Le sacerdoce du Christ est lié à son humanité et donc au  mystère d’Incarnation et au mystère de sa Passion.

D’où le thème naturel de notre méditation de ce matin : « Et Verbum  caro factum est ». Il a pris une nature semblable à la notre, hors le péché, dans le sein de la Vierge Marie, au jour de l’Annonciation. Et c’est ainsi seulement qu’il peut être prêtre, médiateur entre Dieu et les hommes, selon la définition même du sacerdoce en l’Epître aux Hébreux. Mais cette nature humaine, le Verbe de Dieu l’offrit en holocauste et sacrifice au Golgotha. Il fut prêtre et victime tout à la fois.

Prêtre et déjà victime dans le mystère de l’Incarnation. Mais aussi prêtre et victime –oh combien ! dans le mystère de la Rédemption.

S’il en est ainsi,  ne pourrait-on pas  qu’il  y a un  lien intrinsèque entre le mystère de l’Incarnation et le mystère de la Rédemption.. L’un serait-il tellement différent  de l’autre, tellement éloigné de l’autre ; ne serait-il pas,  au contraire,  profondément unis ? Autrement dit, la crèche  serait-elle si différente que cela du Golgotha ? Ne trouverait-on pas le même vouloir, le même cœur, le même don de soi dans l’un et l’autre de ses mystères? Voilà ce que je voudrais contempler avec vous.

A-Mais tout d’abord démontrons que le sacerdoce du Christ est lié à son humanité.

En effet, le Verbe en tant que Verbe ne peut être prêtre,  il ne peut être le prêtre du Très Haut. Il ne peut être médiateur.

En effet les Trois Personnes divines en la Trinité Sainte, le Père, le Fils et le Saint Esprit,  sont égales en puissance, en éternité, en majesté. On ne peut supposer entre elles la moindre  subordination, une infériorité quelconque. Or, l’idée même de sacerdoce renferme cette notion d’infériorité : le prêtre s’abaisse, confesse son infériorité  lorsqu’il rend un culte à Dieu, ne serait-ce que par la reconnaissance qu’il fait  de la majesté de Dieu et c’est par sa soumission à Dieu qu’il peut remplir le rôle de prêtre, de sacrificateur, de médiateur entre Dieu et les hommes. C’est la définition même du sacerdoce telle qu’elle  est  révélée par  saint Paul, dans son Epître aux Hébreux : « Omnis pontifex ex hominibus assumptus pro hominibus constituitur in iis quae sunt ad Deum, ut offerat dona et sacrificia pro peccais »(Hb 5 1).

Ainsi puisque les personnes divines sont d’une même et unique essence, aucune ne peut être considérée comme rendant un culte aux autres. La vertu de religion et ses actes extérieurs, comme l’adoration …exige l’infériorité de la personne qui adore. Aucune activité sacerdotale ne se conçoit,  de ce chef, ne se peut se concevoir  dans la glorification éternelle de la Trinité.

La Trinité se suffit à elle-même. Dieu Trinité  se donne à lui-même une louange parfaite, infinie. Tout le cantique des anges et de l’univers n’y peut rien ajouter, nous dit Dom de Marmion. Cette louange existe  avant tous les siècles en Dieu même et durera sans fin, sicut erat in principio et nunc et semper. Dieu, en fait de glorification, se suffit à lui-même.

Donc le Verbe en tant que Verbe ne peut être prêtre.

C’est la raison pour laquelle, en Jésus-Christ, le sacerdoce appartient en propre, non au Verbe, mais à son humanité sainte.

Disons clairement que le Verbe n’est pontife que par son Incarnation ; son sacerdoce est une prérogative de sa seule humanité. Certes, son pontificat sera grand et majestueux et souverainement efficace en tant que son humanité est unie  hypo statiquement à son humanité. Mais ce n’est pas par sa divinité qu’il devient prêtre ; ce n’est pas sa divinité qui le fait, qui le constitue Grand Prêtre. C’est en raison de son humanité qu’il est prêtre.

C’est en raison de son union hypostatique, unissant la divinité à l’humanité  du Seigneur,  que le Verbe de Dieu fait homme est prêtre. Oui ! Vraiment son sacerdoce est une prérogative de son humanité. Ainsi pourra-t-il exercer les fonctions de Prêtre, de Grand Prêtre et poser les actes sacerdotaux.

Aussi pour connaître son sacerdoce et les actes qu’il  va poser,   il est intéressant de le considérer dans son humanité, dans son Incarnation, mais aussi dans sa passion. Il n’a jamais été plus  homme que dans sa Passion.

B- De l’incarnation à la Passion

J’intitulerais  volontiers mes considérations : de l’Incarnation à la Passion du Christ. Car, sous ce rapport sacerdotal,  il  n’y a pas de différence substantielle entre l’Incarnation et la Passion. D’un mystère à l’autre, c’est de fait la même acceptation de la volonté de Dieu que je contemple. Il y a peut-être, et encore…une différence de degré dans l’holocauste, dans le sacrifice. Mais le don est le même. Ou mieux encore : Incarnation et Passion du Christ, sont  deux moments  d’un même chemin, du même chemin qui va de Bethléem au Golgotha, du berceau à la Croix ;  deux instants du  même  et unique sacerdoce par lequel le Verbe fait chair  a su rendre à Dieu le Père « toute honneur et toute gloire ». «  Tout honneur et toute gloire »…Mais cela c’est l’acte fondamental du sacerdoce. La Passion est la consommation de ce qui  a été initiée à l’Incarnation : la reconnaissance de la « potestas Dei »,  la reconnaissance du  souverain domaine de Dieu sur toutes choses et donc la manifestation de la soumission de la volonté du Christ  à la volonté de son Père et ainsi la glorification de son Père par la soumission totale du Christ à la volonté du Père, sa sujétion, sa soumission à l’être divin. Et c’est par ce moyen, la confession de la sujétion du Christ à la volonté de son Père que  la « paix » fut  rétablie entre Dieu et les hommes, paix qui est non seulement la glorification des hommes, mais aussi d’une certaine manière, celle du Père.

Cette unité des mystères  – « quoad  pacem in terris » –  est, du reste,  merveilleusement manifestée par les mots même du chant de l’ange  aux bergers… « et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » ; paix qui sera également affirmée par le Christ ressuscité : « la paix soit avec vous » car elle est d’abord l’œuvre de la Rédemption, le Christ ayant offert « un sacrifice pacificateur ».

Cette correspondance, cette union entre ces deux mystères, cette parenté entre l’Incarnation et la Rédemption  apparaisse également dans l’enseignement  même de NSJC : il dit en entrant dans le monde : « Ecce venio »  pour faire votre volonté.

Lors de la Passion, juste avant de commencer le chemin qui mène à la Croix, NSJC reproduit le « Ecce venio » de son entrée dans le monde par un mot très expressif et décisif : «  Père, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». Nous sommes au milieu de l’agonie, juste avant le chemin de la Croix.

C’est ainsi la même pensée, la même doctrine qui anime l’Incarnation et la Rédemption.  Il y a ainsi une parfaite  unité dans la vie du Christ Seigneur.

Et cette unité s’exprime merveilleusement  dans son sacerdoce. Ou mieux encore, c’est son sacerdoce qui exprime le mieux l’unité des ces deux mystères

Essayons d’approfondir un peu. Intéressons nous  à  la notion de sacerdoce.

C- Quelle est donc l’essence du sacerdoce.

L’Epître aux Hébreux nous en donne une célèbre définition : « Tout pontife pris d’entre les hommes est chargé pour eux du service divin avec mission de d’offrir des dons et des sacrifices en expiation des péchés : Omnis pontifex ex hominibus assumptus pro hominibus constituitur in iis quae sunt ad Deum, ut offerat dona et sacrificia pro peccatis » (Hb 5 1)

 « …ut offerat dona et sacrificia pro peccatis ». Le prêtre est le médiateur qui offre à Dieu des oblations et des sacrifices au nom du peuple. En retour, Dieu le choisit pour communiquer aux hommes ses dons de grâce, de miséricorde et de pardon.

La grandeur du sacerdoce se déduit de cette médiation.

N’oubliez jamais la double fonction, la double finalité  de cette médiation :

-offrir « oblations et sacrifices », finalement offrir louange, adoration   pour le peuple. Ce sont les actes essentiels du sacerdoce.

-communiquer en échange aux hommes les dons de Dieu : sa clémence, sa grâce, sa paix.

Donc offrir à Dieu « oblation et sacrifice » c’est l’acte essentiel du sacerdoce. C’est « révélé ». C’est la doctrine de saint Paul.  Et la raison du sacrifice,  c’est de rendre à Dieu, dit saint Thomas « soumission et honneur », le sacrifice exprime cette « sujétion et cet honneur qu’on lui doit, qu’on doit à Dieu ». Par ce sacrifice offert, je reconnais«  la domination de Dieu ». Saint Thomas dit : nous sommes à l’égard de Dieu dans l’offrande du sacrifice « à la manière dont les vassaux font des offrandes à leur suzerain pour reconnaître sa domination. C’est à cela que se rapporte la raison de sacrifice » (II II 85 1).  La raison du sacerdoce, c’est donc confesser à l’égard de Dieu, par le  sacrifice offert, honneur, sujétion, soumission pour magnifier  la grandeur de Dieu, son souverain domaine sur toutes choses. Ainsi Saint Thomas s’appuyant sur la doctrine  de saint Augustin, affirme que le sacrifice, acte sacerdotal par excellence,  est essentiellement un acte interne du prêtre qui a pour but de reconnaître la grandeur de Dieu et sa souveraine majesté.

Pour saint Thomas, le sacrifice est donc un acte qui tend à honorer Dieu et appartient par conséquent à la vertu propre de religion (II II 85 3)

Cet acte peut être soit intérieur soit extérieur. Il y a d’abord un sacrifice intérieur, spirituel, dont saint Augustin a donné la formule remarquable et qui est au fond le vrai et principal sacrifice. C’est celui dans lequel l’âme s’offre à Dieu, par amour, par la prière, ou par d’autres actes intérieurs semblables, et tend ainsi à s’unir d’une sainte union d’esprit à Dieu, comme à son principe et à sa fin : « Omne sacrificium visibile invisibilis sacrificii sacramentum, id est sacrum signum est »

Cette disposition de religion intérieure se traduit à l’extérieur. Elle s’exprime par tous actes que nous faisons pour honorer Dieu et nous unir à Dieu. Tous nos actes de vertu, quels qu’ils soient sont donc, dans une certaine mesure, des sacrifices dès lors qu’ils sont faits pour nous unir d’une sainte union avec Dieu.

Cependant il y a un acte extérieur qui est en quelque sorte l’acte officiel de la religion et qui mérite d’une manière spéciale, véritablement propre, le nom de sacrifice. Ce sacrifice proprement dit est un acte particulièrement destiné à signifier, à représenter sensiblement et aussi à stimuler l’acte spirituel de religion ou d’union active à Dieu qui constitue le sacrifice intérieur.
L’oblation se fait en signe de soumission et d’honneur, comme on fait à l’égard d’un maître, en témoignage de reconnaissance, comme à l’auteur de tout don ; en vue d’exprimer que tout doit être rapporté à Lui comme à notre fin dernière (II II 85 1)

Dans la pensée de saint Thomas, ce n’est donc pas l’immolation ou la destruction qui est le formel du sacrifice. Pour lui, le sacrifice est un acte de religion foncière par lequel nous honorons Dieu intégralement, le reconnaissant comme notre premier principe, nous tendant vers Lui comme vers notre dernière fin et entrant ainsi avec lui dans une sainte et bienheureuse société.

Voilà la vraie définition du sacrifice selon III 48 3

: « On appelle proprement sacrifice quelque chose qui est fait, en l’honneur proprement dû à Dieu, en vue de l’apaiser. De là ce que dit saint Augustin : « Est vrai sacrifice toute œuvre faite pour nous attacher d’une sainte société à Dieu, c’est-à-dire rapportée à ce bien final, par lequel nous pouvons être véritablement heureux » Or le Christ, comme il est ajouté au même endroit, s’est offert lui-même dans la passion pour nous » ; et ce fait, d’avoir enduré sa passion volontairement, a été souverainement agréable à Dieu, comme provenant d’une souveraine charité. D’où il suit manifestement que la passion du Christ a été vraiment sacrifice ».

Un mot attire l’attention  ad eum placandum, (en vue de l’apaiser)

Le verbe placare signifie à la lettre « apaiser ». Il convient parfaitement pour exprimer ce fléchissement de la colère divine qui s’obtient par l’expiation du péché ou la satisfaction donnée à la justice suprême en vue de se rendre Dieu propice ou favorable. Cette signification parait mise en évidence par le rapport visible de la définition présente avec le sacrifice du calvaire dont saint Thomas traite ici expressément. Le sacrifice du calvaire a précisément revêtu la forme d’une immolation sanglante, et, d’après l’Ecriture même, il a eu pour effet de racheter les hommes en satisfaisant pour leurs péchés à la justice de Dieu.

Comment interpréter ce « ad eum placandum »

Comme nous l’avons dit plus haut,  le but essentiel du sacrifice est l’honneur d’adoration rendu à Dieu ; son but prédominant, c’est l’union de l’homme a Dieu dans la société d’un mutuel amour. La satisfaction de la justice divine n’est qu’un but partiel et l’on peut même dire secondaire.

C’est à la lumière de ce principe  qu’il convient d’interpréter le « ad eum placandum ».

Apaiser Dieu : dans la pensée de saint Thomas, il s’agit, non précisément du but formel et essentiel de tout sacrifice, mais seulement d’un but partiel compris dans le but général ou d’un but dérivé qui suit nécessairement le but principal.

« Apaiser Dieu » n’est pas nécessairement le but direct et essentiel du sacrifice; mais c’est pratiquement et effectivement son résultat parce que le sacrifice est « un acte fait pour rendre l’honneur proprement dû à Dieu, in honorem proprie Deo debitum et qu’un tel acte a nécessairement pour effet de plaire à Dieu.

Voilà qui est beau.

C’est la bonne interprétation

En effet saint Thomas se pose la question en quoi le sacrifice du Christ a été un vrai sacrifice ? Ce n’est pas précisément en ce que le Christ a été mis à mort. L’immolation est une chose ; le sacrifice une autre. Ce sont les bourreaux qui ont mis à mort le Christ ; ils n’ont cependant en aucune façon participés à son sacrifice.  C’est le Père Schwalm O.P . qui l’affirme dans son ultime chapitre de étude sur le Christ (Le Christ d’après saint Thomas). L’immolation sanglante n’a été de leur part qu’un abominable forfait. Jésus au contraire ne s’est pas donné la mort. Il s’est néanmoins offert à Dieu en sacrifice véritable, à la fois prêtre et victime de son oblation. D’où il ressort clairement que l’immolation n’est pas l’acte propre du sacrifice. Si l’on considère en particulier le sacrifice du Christ, il n’en constitue pas la raison formelle.

En quoi réside donc essentiellement le sacrifice du Christ en sa Passion ?

Il est en ceci que le Christ a souffert sa Passion volontairement, sous la pression d’un immense amour et que cela a été souverainement agréable à son Père. C’est donc en tant qu’acte d’oblation pleine d’amour que la passion de Jésus a été un vrai sacrifie. Et par voie de conséquence, c’est  parce que l’acte d’oblation amoureuse était essentiellement apte à plaire à Dieu que ce sacrifice a eu pour effet d’apaiser sa justice et de le rendre favorable (III 48 3 ad 3)

C’est proprement l’explication de III 49 4. De cet article, il résulte : que l’apaisement de la justice de Dieu n’est pas l’effet propre du sacrifice, sa raison d’être formelle, comme si le sacrifice avait directement et premièrement en vue la satisfaction pour le péché. Non. Cet apaisement de la colère divine est seulement un  effet du sacrifice, une conséquence de ce qu’il est formellement. Le sacrifice est un acte de religion essentiellement glorieux à Dieu ; comme tel, il lui est souverainement agréable ; par voie de conséquence toute naturelle, nécessaire même, il apaise sa justice, il le rend favorable et bienveillant. C’est ainsi que l’amoureuse volonté avec laquelle le Christ a souffert a été une offrande souverainement agréable à Dieu et qu’en considération de cette offrande, présentée par le Christ, membre et chef de l’humanité, Dieu s’est réconcilié avec le genre humain, préalablement fait un avec son Fils.

Il est certain que le sacrifice a pour effet de nous rendre Dieu propice.  Il ne s’ensuit pas qu’il ait pour but direct et essentiel l’apaisement de la justice divine, encore moins qu’il faille le faire consister en un acte de destruction qui aurait le caractère formel d’une expiation. L’idée première doit être maintenue dans sa simplicité et sa largeur. Elle s’applique et convient admirablement au sacrifice du Rédempteur qui la réalise seulement sous un aspect propre et avec une efficacité spéciale.

Pie XI le dit clairement dans son encyclique sur le sacerdoce : le sacrifice du Christ : «  C’est un vrai sacrifice et non un pur symbole, qui a une réelle efficacité pour la réconciliation des pécheurs avec la divine Majesté,  » car le Seigneur apaisé par cette oblation accorde la grâce et le don de la pénitence, pardonne des péchés et des crimes énormes »

C’est parfaitement l’enseignement de saint Thomas sur le Sacrifice. Saint Thomas  dit dans sa III 48, art 3 nous venons de le voir : « On appelle proprement sacrifice quelque chose qui est fait, en l’honneur proprement dû à Dieu en vue de l’apaiser…ad eum placandum…. » . Le sacrifice, proprement dit, a pour but d’honorer Dieu et en conséquence de lui plaire. Mais ce « ad eum placandum » est enfermé dans la raison d’honorer Dieu. Le sacrifice est « un acte fait pour rendre l’honneur proprement dû à Dieu », in honorem proprie Deo debitum et cet acte a nécessairement pour effet de plaire à Dieu. En effet le formel du sacrifice, ce n’est pas l’immolation,  mais bien  l’oblation volontaire du Christ à son Père. Le Christ a souffert sa Passion volontairement, sous la pression d’un immense amour et cela a été  souverainement agréable à son Père. C’est donc en tant qu’acte d’oblation pleine d’amour que la Passion de Jésus a été un vrai sacrifice.  Et c’est,  par voie de conséquence, parce que l’acte d’oblation amoureuse était  essentiellement apte à plaire à Dieu que ce sacrifice a eu pour effet d’apaiser sa justice et de nous le rendre favorable, et d’être ainsi cause de notre réconciliation avec Dieu .

Et bien s’il en est ainsi du sacrifice et plus particulièrement du sacrifice du Christ, j’affirme que c’est  dès le premier instant de l’Incarnation que le Fils de Dieu fait chair  a été mû par de tels sentiments. Son sacerdoce fut tel : une oblation volontaire à son Père qui apaisa sa justice et cela dès le début, dès son Incarnation.

D- Le Christ est le  prêtre  par excellence.

C’est alors qu’il faut porter nos regards  vers le mystère de l’Annonciation, instant de cette consécration sacerdotale. Contemplez la venue de l’Ange à Nazareth. Marie est en prière, elle est pleine de grâce. L’ange lui donne le message de par Dieu : Que le Verbe a choisi son sein pour l’Incarnation. « Qu’il me soit fait selon votre parole (Lc 133 38).  A cet instant divin est consacré  le premier  prêtre et la voix du Père retentit au ciel : « tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech ». (Ps 109 4)

Marie devient alors vraiment « l’arche d’alliance », le lieu de la première ordination sacerdotale

Nous avons dit plus haut que la finalité essentielle et première du sacrifice et donc  du sacerdoce, c’est d’assurer la gloire de Dieu par l’oblation du Sacrifice, au nom des hommes.

E-  de l’Incarnation 

a-« Ecce venio »

Toute la vie de NSJC fut celle du Pontife suprême consacré à la gloire du Père et au salut des hommes.

A la gloire du Père.

Ce n’est pas parce que Dieu se suffit à Lui-même. Ce n’est pas parce que Dieu se donne à lui-même une louange parfaite et infinie qu’il ne veut pas associer à cette gloire sa créature. Dieu, bien au contraire, exige de sa créature qu’elle s’associe à cette glorification propre à sa vie intime. Cette gloire va monter vers la Trinité par le sacerdoce de NSJC, médiateur attitré entre le ciel et la terre.

Telle est la prérogative magnifique du sacerdoce du Christ. Il faudra qu’il en soit ainsi de notre sacerdoce : Offrir à la Trinité, au nom de l’humanité et de l’univers, un hommage de louange agréable à Dieu en offrant le sacrifice du Verbe de Dieu fait chair. La grandeur de ce sacerdoce, c’est d’assurer essentiellement le retour de la créature entière au Maître de toute chose. C’est là notre sublime dignité.

Je dis que toute la vie de NSJC fut celle du Pontife Suprême consacré à la gloire de son Père dans son oblation. « Ecce venio ». Et c’est pourquoi toute l’existence du Sauveur, dès l’origine,  est marquée du caractère sacerdotal, même si ce caractère culmine à la Cène et au Golgotha.

Le premier mouvement de son âme très sainte lors de l’Incarnation fut un acte souverain de religion : un acte de sacrifice. Les Evangélistes ne nous ont pas révélé le secret de cette oblation sacerdotale du Sauveur ; saint Paul, dispensateur des mystères de Dieu et de son Christ, en a reçu la connaissance : « En venant en ce monde, écrit l’apôtre, le Christ a dit : Parce que vous n’avez plus voulu ni sacrifice ni oblation, vous m’avez formé  un corps. Vous n’avez plus agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché, alors j’ai dit : Me voici – car il est question de moi dans le Rouleau de la Bible – je viens, o Dieu, pour faire votre volonté (Hb 10 5-7).

Le Christ ainsi reconnait le domaine suprême de Dieu sur toute chose. Dans cette reconnaissance, le Christ s’est offert à Dieu  sans restriction. Cette ineffable offrande fut sa réponse à la grâce sans pareille de l’union hypostatique : elle fut un acte sacerdotal par excellence, préludant au sacrifice rédempteur.  Cette oblation  intérieur  est même le formel du sacrifice selon Saint Augustin , cité par saint Thomas. Nous venons de le voir.

Nous ne pouvons trop méditer ce texte de saint Paul qui nous laisse entrevoir la vie intérieure toute sacerdotale de Jésus.

Ingrediens mundum : « A son entrée dans le monde », son âme irradiée de la lumière du Verbe a contemplé la divinité, et, dans cette vision, il lui a été donné de connaître la majesté infinie du Père. Jésus, en même temps, voit l’injure immense faite à Dieu par le péché – en raison de l’insubordination et de la révolte qu’il implique. Et il voit également l’insuffisance des victimes offertes jusqu’à cette heure dans l’Ancien Testament. Il comprend que Dieu en lui donnant son humanité et son sacerdoce, l’a consacrée pour qu’elle fût offerte en victime et qu’il fut lui-même le prêtre de ce sacrifice.

Alors qu’a fait le Christ ?

Tourné vers son Père dans l’élan d’un amour indicible, il s’est livré parfaitement à son bon plaisir.

A ce moment béni, nous pouvons le croire, tous les saints de l’Ancien Testament contemplaient le don initial  que Jésus fit de lui-même pour  l’humanité et tous, en cette oblation, voyaient et espéraient leur salut proche….Dieu le Père était apaisé.

 « La paix avec Dieu », pour l’humanité, était dans le vouloir du Christ et dans son offrande de lui-même à son Père. Dieu le Père se complait en l’oblation de son Fils et accorde le pardon.

Bien que sans tache, « l’humanité du Christ appartenait à la race des pécheurs » : in similitudinem carnis peccati (Rm 8 3), et en acceptant de devenir  semblable aux hommes et ainsi en acceptant de porter les péchés du monde, le Sauveur acceptait du même coup les conditions du sacrifice.  C’est pourquoi Jésus dit : « O Père, en eux-mêmes les sacrifices mosaïques étaient indignes de vous » Hostima et oblationem noluisti ; holocostamana pro peccato non tibi placuerunt, « Me voici » Ecce venio ; prenez-moi comme victime. Vous m’avez donné un corps par lequel je puis me sacrifier ; j’accepte tout : « je viens pour accomplir votre volonté ». Mais ce n’est pas dans les atrocités du sacrifice que consiste formellement la « pax divina », nous l’avons dit plus haut, c’est dans son amour qui anime son sacrifice, dans son sacrifice intérieur. Cela doit être clair.

Remarquez ces paroles : « Vous m’avez formé un corps ». Le Christ veut nous faire comprendre que sa chair n’est pas glorieuse, impassible, comme après sa résurrection, non pas même transfigurée comme au Thabor, mais  qu’il accepte du Père un corps soumis à la fatigue, à la douleur, à la mort, capable comme le notre de subir tout mauvais traitement, toute souffrance. « O Père, ce corps je l’accepte tel que vous l’avez choisi pour moi ». Jésus sait qu’en tête du livre de sa vie, se trouve inscrite pour lui une volonté divine d’immolation. Il s’y abandonne sans réserve : « In capite  libri scriptum est de me ut faciam, Deus, voluntatem tuam ».

 

Une volonté constante :

Cette volonté,  de glorifier le Père,  et par ce moyen de l’apaiser et ainsi de satisfaire sa justice et de s’offrir pour notre salut,  jamais n’a fléchi ; elle demeura fixée pour toujours  au centre de son cœur.

Toute l’existence de NSJC, à partir de ce moment de l’Incarnation jusqu’à l’heure sainte où il s’offrit en victime sur la croix, sera la manifestation continue de cette volonté profonde. Celle-ci s’est étendue à toute sa vie. L’ombre du calvaire se projetait sans  interruption sur sa pensée. Il vivait d’avance toutes les péripéties du grand drame : l’ingratitude de Judas, les moqueries d’Hérode, la lâcheté de Pilate, la flagellation, les avanies du crucifiement.

Un jour que le Sauveur montait vers Jérusalem, il s’entretenait avec les disciples du Fils de l’homme. Et que disait-il ? Il sera livré aux gentils, tourné en dérision, flagellé et conspué » (Lc 18 32)

Nous voyons la même chose sur le Thabor. A ses Apôtres éblouis, le Christ s’y montre dans toute la gloire de sa sainte humanité irradiée de la splendeur divine. « Elie et Moïse apparurent, s’entretenant avec Jésus » et quel était le sujet de cet entretien ? Saint Luc nous le dévoile : ils s’entretenaient avec lui « de sa passion prochaine à Jérusalem » (Lc 9 31)

La Passion est bien le point culminant de toute la vie terrestre de NSJC. Louis Chardon  la merveilleusement montré dans son livre : « La Croix de Jésus ».

A sa mort, Jésus portait en lui l’humanité toute entière, et dans l’unique sacrifice de la croix librement consenti et dont le premier  élan date de l’Incarnation, il nous a tous sauvés et sanctifiés pour la gloire de son Père attirant sur nous sa clémence par son Sacrifice qui a plu à Dieu plus que n’a pu lui déplaire la révolte d’Adam. Tel est le sens de l’enseignement de saint Paul, lorsqu’au texte déjà cité, il ajoute : « C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation que Jésus a faite une fois pour toutes de son propres corps » (Hb10 10)

Et c’est ainsi que l’on peut comprendre qu’il n’y a pas de différence essentielle entre l’Incarnation et la Rédemption.

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