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T 8 Chapitre 15 Psaumes du dimanche à Vêpres Psaume 109

publié dans paroisse saint michel le 28 mars 2020


Tome 8

Chapitre 15

Psaumes du dimanche à Vêpres

 

Psaume  109

Les gloires du Messie

« Dixit Dominus  Domino meo : sede a dextris meis : Donec ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum »

« Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis, l’escabeau de vos pieds »

 

Ce psaume est manifestement un psaume messianique, qui nous parle du Christ. Ce psaume est « une prophétie du Christ », nous dit saint Augustin.   En effet Jésus-Christ lui-même utilisera ce psaume 109 vis-à-vis des juives pour essayer de leur faire comprendre son mystère : «  Un jour que le Seigneur et Sauveur Jésus-Christ demandait aux Juifs de qui, selon eux, le Christ était fils, et qu’ils répondaient de David; il leur répliqua aussitôt « Comment donc David nous dit-il par l’Esprit-Saint: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à s ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied? Si donc David, parlant par  l’Esprit-Saint, l’appelle son Seigneur, comment est-il son Fils ?» Jésus-Christ voulait leur faire comprendre qu’Il est à la fois le « fils de David dans son humanité et le Seigneur de David dans sa divinité. « Il est à la fois le fils et le Seigneur de David».  Il est Dieu et Homme, tout à la fois.

Si tel est le sens de ce psaume et de cette phrase du Christ, affirmant son humanité et sa divinité, on comprend que  Saint Augustin puisse faire, au début de son commentaire, tout un long développement sur le Mystère du Christ, sur les mystères de Christ.

Il parle  longuement en effet de son Incarnation, de son Ascension, on comprend qu’il puisse parler, de son Exaltation « à la droite de son Père  et qu’il jugera les vivants et les morts». Son humanité était voyante, sa divinité cachée. C’est ce veut expliquer saint Augustin dans les premières phrases de son commrentaire : « Dieu par qui nous avons été formés, homme par qui nous sommes reformés. Autre était ce qui paraissait en lui, et autre ce qui était caché; et ce qui était caché était bien supérieur à ce que l’on voyait; mais ce qui était supérieur demeurait invisible. Le malade était guéri par ce qu’il y avait de visible, afin qu’il devînt capable de voir celui qui se dérobait un instant, mais qui ne devait point se refuser à jamais. Que le Fils unique de Dieu viendrait chez les hommes, qu’il prendrait notre chair, qu’il deviendrait homme par cette chair qu’il aurait prise, qu’il mourrait, qu’il ressusciterait, qu’il monterait au ciel pour s’asseoir à la droite de son Père, accomplissant ainsi ses promesses à l’égard des Gentils, et qu’après l’accomplissement de ses promesses à l’égard des Gentils, il exécuterait encore ce qu’il avait dit; qu’il viendrait, et se ferait rendre compte de ses grâces, afin de faire le discernement des vases de colère, et des vases de miséricorde, pour accomplir ses menaces à l’égard de l’impie, ses promesses à l’égard du juste. Voilà ce qu’il fallait prophétiser, ce qu’il fallait annoncer, l’avènement qu’on devait prêcher, afin qu’il ne causât aux hommes ni frayeur ni surprise, mais qu’il fût attendu avec foi ».

Voilà un beau résumé des mystères du Christ. Une belle introduction à ce psaume qui annonce « le Christ en ses mystères » pour utiliser le titre d’un des livres de Dom Mamrmion.

Parmi ces annonces,  « il faut compter notre psaume, nous dit Saint Augustin,  qui annonce Jésus-Christ Notre Seigneur d’une manière claire et évidente; en sorte qu’il est indubitable pour nous que ce psaume est une prophétie du Christ ».

Alors de citer le Christ lui-même : «  Un jour que le Seigneur et Sauveur Jésus-Christ demandait aux Juifs de qui, selon eux, le Christ était fils, et qu’ils répondaient de David; il leur répliqua aussitôt « Comment donc David nous dit-il par l’Esprit-Saint: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à s ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied? Si donc David, parlant par  l’Esprit-Saint, l’appelle son Seigneur, comment est-il son Fils ?»

Saint Augustin va montrer que, dans cette phrase, Jésus veut montrer qu’il est à la fois Dieu et Homme. Nous ne pouvons nier que le Christ soit le Fils de David. Mais il est tout autant son Seigneur parce que vrai Dieu.

« Le Seigneur a dit à mon Seigneur: « Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied ».

L’on ne peut nier que le Christ soit le fils de David. C’est clairement l’affirmation non seulement des juifs mais surtout de l’évangile. Saint Augustin écrit : « Loin de nous de contredire (la réponse des Juifs). Car si l’on nous demande: Le Christ est-il fils de David, ou ne l’est-il point? Répondre non, c’est contredire l’Evangile » et de citer saint Matthieu qui dans sa généalogie du Christ affirme: « Livre de la génération de Jésus-Christ, fils de David » (Matt 1 1). Les Juifs eurent donc raison de répondre au Christ, qui leur demandait de qui ils croyaient que le Christ était fils, que c’était de David. Cette réponse est d’accord avec l’Evangile.

Nous pouvons encore citer de nombreuses autres  preuves évangéliques : L’Apôtre Saint Paul dit de Jésus-Christ qu’ « il est né, selon la chair, de la race de David » (Rom 1 3); mais aussi, s’adressant à Timothée: «Souvenez-vous », lui dit-il, « que Jésus-Christ de la race de David est ressuscité des morts, selon  l’Evangile que je prêche ». Et que prêche-t-il comme Evangile, quelle est la Bonne Nouvelle qu’il prêche, sinon « Que le Christ, fils de « David, est ressuscité d’entre les morts ». La réponse de Juifs semblent bien exacte et cependant le Christ releve cette réponse comme pour la contredire (Saint Augustin): « Comment donc David, parlant dans l’Esprit de Dieu, l’appelle-t-il son Seigneur? »

Et de citer précisément ce verset 1 de notre psaume: « Le Seigneur a dit à mon Seigneur. Si donc, dans l’Esprit de Dieu, il l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils? »

Les juifs ne trouvèrent aucune réponse, car ils ne voulaient pas le reconnaître « pour le fils de David ».

Pour nous, mes frères, croyons, nous dit saint Augustin, que le Christ est fils de David et tout autant le Seigneur de David. Homme et Dieu tout à la fois. C’est le mystère du Christ. Sauveur et Rédempteur parce que Dieu et Homme. Voilà je pense la raison de cette longue introduction de saint Augustin à ce psaume, sur la divinité du Christ et son rôle de médiateur et de juge.

Il est fils de David

« C’est de ce nom que l’appelèrent, quand il passait, ces aveugles qui méritèrent de recouvrer la vue. Jésus passait, et ces aveugles qui entendaient passer une troupe, connurent de l’oreille Celui qu’ils ne pouvaient voir des yeux, et poussèrent de grands cris en disant:

« Ayez pitié de nous, fils de David» (Mt 22 29-34). La foule voulait les faire taire. Mais eux criaient de plus belle : « Jésus s’arrêta », et leur demanda: « Que voulez-vous que je vous fasse?» Et eux de lui demander: « Seigneur, faites que nous voyions ». « Il toucha leurs yeux qu’il ouvrit, et ils virent présent celui qu’ils avaient entendu passer » (Saint Augustin). Ainsi ce miracle est-il l’œuvre du Fils de David mais tout autant l’œuvre de Dieu. Quel homme n’a-t-il jamais pu faire un tel miracle ? C’est pourquoi il est aussi le Seigneur de David. Alors Saint Augustin peut-il écrire à la fin du commentaire de ce verset : « puisse le Seigneur de David nous éclairer! ». On rentre peu à peu dans le mystère du fils de David.

Voilà donc le divin Maître qui interroge les Juifs : «Un jour que le Seigneur et Sauveur Jésus-Christ demandait aux Juifs de qui, selon eux, le Christ était fils, et qu’ils répondaient de David; il leur répliqua aussitôt « Comment donc David nous dit-il par l’Esprit-Saint: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à s ce que je réduise vos ennemis à vous servir de marchepied? Si donc David, parlant par  l’Esprit-Saint, l’appelle son Seigneur, comment est-il son Fils 1?» Ils ne répondent point, parce qu’ils ne veulent pas apprendre de sa bouche la vérité. Ils ne croient pas en Lui,  il ne croit même pas qu’il est le fils de David.

« Le seigneur a dit à mon Seigneur : asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds »

Mais nous, laissons-nous enseigner par Jésus-Christ. « Que vous semble-t-il du Christ? De qui est-il Fils? » Il est indubitablement « le Fils de David ». Notre évangile nous l’enseigne, nous l’avons vu plus haut. Mais poursuivons notre écoute de la parole de Vie : «  Comment donc David, parlant par l’Esprit-Saint, l’appelle-t-il son Seigneur? Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis,  l’escabeau de vos pieds». Cela ne se peut que parce que le Christ n’est rien d’autre que le Verbe de Dieu : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu; toutes choses ont été faites par vous ». Voilà le Seigneur de David. Mais le Verbe de Dieu s’est fait chair, s’est incarné à cause de la faiblesse de notre chair. Et sous ce rapport, il est, en toute vérité, le Fils de David en sa nature humaine tout en étant, dans sa divinité, le Seigneur de David.

Mais ce mystère de la double nature en le Christ en l’unité de sa personne, l’union hypostatique,  fut déjà annoncé par l’ange lors de l’Annonciation : « Voilà que la Vierge concevra et mettra au monde un fils, et on lui donnera le nom d’Emmanuel, ce qui signifie: Dieu avec nous » Mt 1 23. « Donc, poursuit Saint Augustin, la Vierge concevra, et cette Vierge, de la race de David, mettra au monde un fils, qui sera Fils de David. Car Joseph et Marie étaient de la maison, et de la famille de David (Lc 2 27). Donc, cette Vierge enfanta, en sorte que son Fils est le Fils de David. Mais au Fils qu’elle a mis au monde, « on donnera le nom d’Emmanuel, ou Dieu avec nous ».

Voilà comment nous avons, en Jésus, le Fils de David et  le Seigneur de David.

Mais David nous donne le même enseignement.

« Que dit donc David? « Le Seigneur a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’aie fait de vos ennemis l’escabeau de vos pieds».

Affirmer cette  exaltation du fils de David à la droite du Seigneur, c’est bien affirmer la divinité d’un tel fils et parce que « Seigneur et Dieu », tout lui sera soumis. Tel est le Fils de David. C’est alors qu’éclatera la royauté absolue du « Fils de David ». Tout lui sera soumis : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’aie fait de vos ennemis l’escabeau de vos pieds».

Le Prophète nous annonce ce que Dieu lui a dit: « Asseyez-vous à ma droite «Jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis l’escabeau de vos pieds ».

C’est donc l’annonce de deux choses : « asseyez-vous à ma droite » et « je ferai de vos ennemis l’escabeau de vos pieds ».

Quels ennemis, se demande  saint Augustin, seront mis sous ses pieds? Ce sont ces rois de la terre, ces  princes qui se sont rassemblés comme un seul homme contre le Seigneur et contre son Christ. Ils ont dit: brisons leurs chaînes et rejetons leur joug bien loin de nous» (Ps 2 1-8). Ce sont ceux qui ne veulent pas qu’il règne sur eux, refusant commandements et Evangile, Ce sont ceux qui affirment : « Qu’ils ne dominent point sur nous, qu’ils ne nous assujettissent point au joug ».

Mais « Celui qui habite les cieux,  se rira d’eux ». Tu étais son ennemi, tu seras sous ses pieds, ou adopté, ou vaincu par lui,  commente saint Augustin. « ou adopté ou vaincu » « Car tu y seras nécessairement, soit par le coup de sa grâce, soit par le coup de sa justice ». C’est l’affirmation du règne tout puissant du Verbe de Dieu. Il règnera ou par sa Passion reconnue ou par sa toute-puissance de Maître tout puissant, parce que Seigneur. Pie IX, dans son Encyclique « Quas Primas » affirmera  ce double triomphe. Il règne pas sa puissance divine. Il règne par sa puissance de Rédempteur.

Il est donc assis à la droite de Dieu, jusqu’à ce que ses ennemis soient placés sous ses pieds, comme un escabeau. Et cette heure viendra nécessairement car Dieu a dit à son Christ : « Je vous donnerai les nations en héritage, et pour domaine les confins de la terre? » Cette parole s’accomplira donc en dépit des projets impuissants de ses ennemis. Dieu est Dieu, dira saint Pie X dans son Encyclique « Immortale Dei ». . Il est le tout puissant. Il aura nécessairement le dernier mot face à tous les complots de la terre: « Je vous donnerai les nations en héritage, et votre domaine embrassera les confins de la terre ». Ils sont donc vains, tous ces  complots. C’est bien ce qu’a dit le Seigneur à David : «C’est le Seigneur qui a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que je fasse de vos ennemis un escabeau sous vos pieds ». Qu’ils frémissent, qu’ils trament de vains complots, qu’ils se soulèvent en tumulte, ils n’empêcheront pas cette parole de s’accomplir? « Leur mémoire a péri avec le bruit». C’est un autre psaume qui l’a dit, mais non pas un autre esprit ,  dit Augustin: « Leur mémoire périt avec le bruit, alors que le Seigneur demeure éternellement ». Or celui-là qui demeure éternellement, quand leur mémoire périt avec le bruit, le même « a dit à mon Seigneur: Asseyez-vous à ma droite ». Et voilà qu’il est assis à la droite de son Père, jusqu’à ce qu’il mette ses ennemis comme escabeau sous ses pieds.

« Virgam virtutis tuae emittet Dominus ex sion : dominare in medio inimicorum tuorum » « Le Seigneur fera sortir de Sion le sceptre de votre puissance, dominez au milieu de vos ennemis »

Il n’est certes pas ici question  du règne que le Verbe de Dieu, partage depuis toujours avec son Père. Quand n’aurait-il pas régné, se demande saint Augustin,  ce Verbe qui est Dieu et en Dieu dès le commencement? A  lui «  honneur et gloire dans les siècles des siècles » (I Tim.  I, 17).
Mais  si je  considère ce Verbe dans son Incarnation Rédemptrice, « Et Verbum caro factum est », dans cette œuvre que saint Augustin appelle « œuvre transitoire par laquelle il a bien voulu, au moyen de sa chair, nous appeler à l’éternité » : « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3 16).  C’est là son règne,  et ce règne commence alors  à Sion, à Jérusalem. Et voilà pourquoi le psalmiste dit : «Le Seigneur fera sortir de Sion le sceptre de votre puissance ». Ce « Sion », c’est Jérusalem. C’est ce que le Christ lui-même laisse entendre lorsqu’il dit : «Il fallait que le Christ souffrît et ressuscitât le troisième jour ».(Luc, XXIV, 46) et qu’Il soit exalté à la droite de son Père d’où il dominera et soumettra toutes les nations par son Eglise qui prêchera son Evangile : « le Seigneur fera sortir de Sion le sceptre de votre puissance ». « Le sceptre de votre puissance », c’est-à-dire le règne de votre force.

Et qu’arrivera-t-il, quand le Seigneur aura fait sortir de Sion le sceptre de sa puissance? « Vous règnerez au milieu de vos ennemis ». Tout d’abord « vous régnerez au milieu de  vos ennemis », au milieu des nations frémissantes. Quand en effet les saints seront en possession de leur gloire, et les méchants sous le coup de leur condamnation, est-ce encore au milieu de ses ennemis que régnera le Christ? Qu’y a-t-il d’étonnant qu’il domine alors, puisque les justes régneront avec lui, et que les impies seront dans les flammes éternelles? Comment s’étonner qu’il règne alors?

Et c’est pourquoi David peut écrire cette autre strophe :

« Tecum principium in die virtutids tuae in splendoribus sanctorum : ex utero ante luciferum genui te » « Avec vous sera l’empire souverain au jour de votre puissance, parmi les splendeurs des saints. Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore ».

Ce qui fait penser à l’Apocalypse de saint Jean contemplant la cour céleste où règne définitivement et éternellement le Seigneur, le Roi de gloire au milieu de ses saints. Ne pourrait-on pas méditer ici, à juste titre ces premières phrases de saint Jean : «  A celui qui nous a aimés, qui nous a lavés de nos péchés par son sang, et qui nous a faits rois et prêtres de Dieu, son Père, à lui la gloire et la puissance des siècles des siècles ! Amen ! Le voici qui vient sur les nuées. Tout œil le verra, et ceux même qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine en le voyant. Oui. Amen ! » (Apo 1 6-7)

Ou mieux encore celles du merveilleux chapitre 5 tout à la gloire de l’Agneau : 1 « Puis je vis dans la main droite de Celui qui était assis sur le trône un livre écrit en dedans et en dehors, et scellé de sept sceaux. Et je vis un ange puissant qui criait d’une voix forte :  » Qui est digne d’ouvrir le livre et d’en rompre les sceaux ?  » Et personne ni dans le ciel, ni sur la terre, ne pouvait ouvrir le livre ni le regarder. Et moi je pleurais beaucoup de ce qu’il ne se trouvait personne qui fût digne d’ouvrir le livre, ni de le regarder.
Alors un des vieillards me dit :  » Ne pleure point ; voici que le lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, a vaincu, de manière à pouvoir ouvrir le livre et ses sept sceaux.  » Et je vis, et voici qu’au milieu du trône et des quatre animaux, et au milieu des vieillards, un Agneau était debout : il semblait avoir été immolé ; il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Il vint, et reçut le livre de la main droite de Celui qui était assis sur le trône. Quand il eut reçu le livre, les quatre animaux et les vingt-quatre vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, tenant chacun une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des saints.Et ils chantaient un cantique nouveau, en disant :  » Vous êtes digne de recevoir le livre et d’en ouvrir les sceaux ; car vous avez été immolé et vous avez racheté pour Dieu, par votre sang, des hommes de toute tribu, de toute langue, de tout peuple et de toute nation ; et vous les avez faits rois et prêtres, et ils régneront sur la terre.  » Puis je vis, et j’entendis autour du trône, autour des animaux et des vieillards, la voix d’une multitude d’anges, et leur nombre était des myriades et des milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte :  » L’Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la richesse, la sagesse, la force, l’honneur, la gloire et la bénédiction.  »  Et toutes les créatures qui sont dans le ciel, sur la terre, sous la terre et dans la mer, et toutes les choses qui s’y trouvent, je les entendis qui disaient : «  A Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles !  » Et les quatre animaux disaient :  » Amen !  » Et les vieillards se prosternèrent et adorèrent [Celui qui vit aux siècles des siècles]. »
(Apoc 5 1-14)

« Ex utero ante luciferum genui te » « Je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore »

Là, David fait une nette allusion, merveilleuse, à la régénération baptismale, œuvre du « rejeton de David » obtenu par son sacrifice sanglant. En effet il fut le seul à pouvoir ouvrir le « livre de vie », comme le dit l’ange de l’Apocalypse, parce que Dieu-Homme. L’Incarnation du Verbe de Dieu était nécessaire pour satisfaire à la justice de Dieu et nous le rendre « clément »,  en raison de la malice infini du péché originel. En effet le péché, nous dit saint Thomas, a une certaine infinité de malice parce qu’il est commis contre une personne d’une dignité infinie : Dieu. D’où l’axiome : « injuria est in injuriato ». L’injure se mesure à la personne injuriée. Dans le cas présent du péché, la personne injuriée n’est rien d’autre que Dieu, d’une dignité infinie. C’est pourquoi le péché originel est d’une malice infinie. Dès lors l’Incarnation du Verbe de Dieu, personne infinie en dignité, était nécessaire pour le rachat du genre humain. Nulle créature humaine, angélique n’était capable d’ « ouvrir le livre de vie » et de racheter le genre humain, comme le dit l’Apocalypse. Il fallait pour ce faire une personne d’une dignité infinie. Ce fut le cas avec le l’Incarnation du Verbe. D’où l’axiome thomiste « honor est in honorante ». L’honneur est dans la personne qui honore. Ce qui est le cas dans la personne du Fils de Dieu, qui s’est fait dans une humilité confondante « le rejeton de David » pour opérer notre salut. La sainteté, dès lors, la « régénération » ne se trouve qu’en Jésus-Christ. Ce fut la prédication de saint Pierre le jour de la Pentecôte : « Il n’y a pas d’autre nom sous le ciel par lequel nous puissions être sauvés que le nom de Jésus»

Aussi dans un sentiment de reconnaissance, les saints, ceux qui sont faits, dans le Christ, rois et prêtres, et enfants de Dieu, engendrés qu’ils sont du sein même de Dieu. – ou comme le dit David : « je vous ai engendré de mon sein avant l’aurore » « ante luciferum », c’est l’aspect poétique de notre auteur ou comme le dit encore Saint Jean dans son Prologue  Le prologue de saint Jean le confesse :  «Mais quant à tous ceux qui l’ont reçu, Il (le Verbe)  leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, Qui non du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme,. mais de Dieu sont nés »(Jn 1 11-13) ….aussi confessent-ils au ciel : « A Celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau, louange, honneur, gloire et puissance dans les siècles des siècles »! 

Cette strophe, vous en conviendrez est à lire à genou ! On pourrait passer des heures à la méditer…

« Juravit  Dominus et non poenitebit eum : tu es sacerdos in aeternum secundum ordineme Melchisedech » «  Le seigneur la juré et il ne s’en repentira point : « Vous êtes prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech ».

Voilà affirmé un autre titre de gloire du Messie, du Christ-Roi. Il est Roi et Juge mais il est aussi « prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech ». Saint Paul  ne cesse de l’affirmer dans l’Epître aux Hébreux.  Ainsi au chapitre 4 verset 14, nous lisons : « Ainsi, puisque nous avons en Jésus, le Fils de Dieu, un grand prêtre excellent qui a pénétré les cieux,Il ne s’est pas élevé de lui-même à la gloire du souverain pontificat, mais il l’a reçue de celui qui lui a dit :  » Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui « ; comme il dit encore dans un autre endroit :  » Tu es prêtre pour toujours selon l’ordre de Melchisédech» C’est lui qui, dans les jours de sa chair, ayant avec de grands cris et avec larmes offert des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé pour sa piété, appris, tout Fils qu’il est, par ses propres souffrances, ce que c’est qu’obéir; et maintenant que le voilà au terme,(ndlr dans sa gloire)  il sauve à jamais tous ceux qui lui obéissent. Dieu l’ayant déclaré « grand prêtre selon l’ordre de Melchisédech. » (Hb 4 14 ; 5  6-7)

Il faudrait citer également tout le chapitre 7 de l’Epître aux Hébreux.

Mais qui est ce personnage : Melchisédech ?

Il apparait dans l’Ancien Testament, dans le livre de la Genèse 14 18-20. Il rencontre Abraham revenant d’une campagne victorieuse : « Il le bénit en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris ». Il était grand prêtre et Roi de Salem

Le nom de Melchisédech apparaît à nouveau dans le livre des Psaumes :

« Le Seigneur l’a juré dans un serment irrévocable : « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre du roi Melkisédek. »[Psaume 110:4]

L’Epître aux Hébreux (chapitre 5, verset 6) évoque à nouveau cette figure sacerdotale. Saint Paul cite ici le psaume 109, verset 4 que nous analysons. Et dans la même épître, au chapitre 7, versets 2 et 3, il ajoute : « D’abord, Melchisédech porte un nom qui veut dire « roi de justice » ; ensuite, il est roi de Salem, c’est-à-dire roi « de paix », et à son sujet on ne parle ni de père, ni de mère, ni d’ancêtres, ni d’un commencement d’existence, ni d’une fin de vie ; cela le fait ressembler au Fils de Dieu (…). »

C’est cette affirmation qui permet à une certains nombres de Père de l’Eglise, saint Ambroise en particulier, de faire de Melchisédech, un figure du sacerdoce du Christ. Il écrit :

« Figure du Seigneur, il est présenté comme sans père et sans mère, sans généalogie, sans commencement et sans fin, pour annoncer la venue en ce monde du Fils éternel de Dieu, lequel est né sans père, si l’on considère son incarnation, sans mère, si on considère sa génération divine, sans généalogie, car il est écrit : «Qui racontera sa génération?». Ainsi donc, nous considérons ce Melchisédech comme un prêtre de Dieu, préfigurant le Christ; mais le premier l’est en figure, le second en vérité, – la figure est l’ombre de la vérité -; celui-là l’est au nom d’une seule ville, celui-ci est roi dans la réconciliation du monde entier; car il est écrit : «Dieu était dans le Christ, se réconciliant le monde», c’est-à-dire la «divinité éternelle» ». Ce commentaire va parfaitement avec l’interprétation que nous donnons à ce psaume, du triomphe du Christ en gloire en son Assomption, élevé à la droite du Père.

Saint Thomas d’Aquin reprendra cette explication dans son commentaire de l’Epître aux Hébreux

« Thomas d’Aquin,  » Commentaire de He 7,3  » : Il faut savoir que dans l’Ancien Testament, toutes les fois qu’il est fait mention d’une personne importante, sont énoncés son père et sa mère, l’époque de sa naissance et de sa mort […]. Or ici c’est d’une manière subite qu’est introduit Melchisédech, sans que soit du tout fait mention de sa génération et de tout ce qui la concernerait. Et cela, certes, d’une manière tout à fait justifiée. En effet, quand il est dit sans père, est signifiée la naissance du Christ d’une vierge, donc sans père, comme il est dit en Matthieu : Ce qui est né en elle vient de l’Esprit saint. Or ce qui est propre à Dieu ne doit pas être attribué à une créature. Il appartient seulement à Dieu le Père d’être le père du Christ. Donc, dans la naissance de celui [Melchésédech] qui préfigurait le Christ, il ne devait pas y avoir de mention d’un père charnel.

De plus, le texte dit sans mère, pour ce qui est de la génération éternelle. Et ne comprends pas cela comme une génération matérielle, comme quand une mère donne la matière à l’enfant qu’elle engendre ; mais c’est une génération spirituelle, comme celle qui fait naître la splendeur du soleil […]. En outre, quand un engendrement est fait par un père et une mère, tout ne provient pas du père : la matière est fournie par la mère. C’est donc pour écarter toute imperfection du Christ et pour indiquer que tout ce qu’il a vient du Père, qu’il n’est pas fait mention de la mère : d’où le vers :  » Dieu est sans mère, sa chair est sans père « . Ainsi le Psaume : Dès le sein, avant l’aurore, je t’ai engendré, c’est-à-dire moi seul. Sans généalogie : sa généalogie n’est pas indiquée dans l’Écriture pour deux raisons : l’une, pour indiquer que sa génération est ineffable, Isaïe : Sa génération, qui la racontera ? l’autre pour indiquer que le Christ, introduit comme prêtre, n’appartient pas à la famille des lévites ni à la généalogie de la vieille Loi ».

Les deux  strophes suivantes :

« Dominus a destris tuis, confregit  in die irae suae reges » « le seigneur est à votre droite ; il a brisé les rois au jour de sa colère »

« Judicabit in nationibus implebit ruinas : conquassabit capita in terra multorum » « Il jugera les nations, il remplira tout de ruines ; il écrasera sur la terre les têtes d’un grand nombre »

Reprennent les m^mes idées que plus haaut, dans les précédentes strophes. Nous nous arrêterons à l’ultime strophe te au commentairede saint Augustin :

« de torrente in via bibet ; propterea exaltabit caput » « il boira de l’eau du toreent dans le chemin : c’est pourquoi il relèvera la tête »

Qu’est-ce à dire ? Voici le commentaire génial de saint Augustin :  « Il boira en chemin l’eau du torrent, et pour cela relèvera la tête  ». Voyons comme il boit en chemin l’eau du torrent.

D’abord qu’est-ce que le torrent? L’écoulement de la mortalité humaine. Un torrent se forme par les eaux des pluies, se gonfle, mugit, se précipite, et dans son impétuosité cesse de courir, c’est-à-dire achève sa course; tel est le cours de tout ce qui est mortel. L’homme naît, vit, et meurt, et quand celui-ci meurt, celui-là vient au monde; et après celui-là d’autres viendront encore. Les hommes donc se succèdent, viennent, s’en vont, et ne demeurent point.

Qu’est-ce qui demeure ici-bas? Qu’est-ce qui ne s’en va point? Qu’est-ce qui ne s’en va point dans l’abîme comme l’eau des pluies? Comme le fleuve, en effet, que forment tout à coup les pluies, les gouttes de rosée, se jette dans la mer et ne reparaît plus, et ne paraissait même point avant que la pluie l’eût formé; ainsi le genre humain se forme dans le secret de Dieu, puis s’écoule, puis rentre par la mort dans l’invisible; entre ces deux invisibles, il fait quelque bruit et passe. C’est donc à ce torrent qu’a bu le Christ, à ce torrent qu’il n’a pas dédaigné de boire. Boire à ce torrent, c’était pour lui, naître et mourir. La naissance et la mort, voilà tout ce torrent. Le Christ s’y est assujetti; il est né, et il est mort; c’est ainsi qu’il a bu en chemin l’eau du torrent. Il a bondi comme le géant, pour fournir sa

carrière. Il a donc bu en chemin l’eau du torrent, parce qu’il ne s’est pas arrêté dans le chemin des pécheurs. Donc parce qu’il a bu l’eau du torrent il a élevé la tête: c’est-à-dire, parce qu’il a été humilié, parce qu’ « il a été soumis jusqu’à la mort, et la mort de la croix, voilà que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de  Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que Notre Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu son Père 3 ».

 

 

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Entretien par Novopress le 17/07/2011

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