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Les Vêpres du dimanche Psaume 112

publié dans couvent saint-paul le 2 octobre 2020


Tome 8

Chapitre 18

Les psaumes des Vêpres du dimanche

Psaumes  112

Grandeur de Dieu qui aime les humbles.

« Laudate, pueri, Dominum, laudate nomen Domini » « Louez le Seigneur, vous ses serviteurs, louez le nom du Seigneur » ;

« Laudate, pueri, Dominum » : la traduction exacte est « Louez, enfants , « pueri » le Seigneur ». Cette strophe affirme que le Seigneur est digne de louange d’abord en raison de ce qu’il est : Il est le Seigneur, le Maître de tout. Cette idée est développée dans les 5 premières strophes, et ensuite le psalmiste affirme qu’il doit également loué en raison de ses œuvres, ce qu’il développe dans les strophes suivantes.

Voyons d’abord les premières strophes : la louange est due à Dieu en raison de sa Majesté : « Il est Seigneur », « Dominus ». « Laudate Dominum ». La louange lui est dû parce qu’Il est « le Principe premier de toutes choses », nous dit saint Thomas : II II 81 1. Et il affirmera très joliment, un peu plus loin,  dans son article 2 : « l’objet de la religion, c’est de rendre honneur au Dieu unique sous cette unique raison qu’il est le principe premier de la création ». Il reprendra la même raison dans l’article 3: « l’objet de la religion, c’est de rendre honneur au Dieu unique sous cette unique raison qu’il est le principe premier de la création et du gouvernement des choses ». Mais ce langage thomiste est bien l’explicitation de ce que notre auteur appelle « Seigneurie » : « Laudate Dominum ». C’est  donc bien « la Seigneurie de Dieu » qui, est  la raison de la louange divine. Saint Thomas écrira dans son article 1 ad 3 : « La seigneurie convient à Dieu d’une façon absolument propre à lui seul : à  raison qu’il est l’auteur de tout et que sur toute chose il a rang suprême » (II II 81 1 ad 3um). Dieu est le premier principe de toutes choses.

Cette louange accomplie est un devoir qui nous ordonne devant Dieu, je veux dire qui nous met dans l’ordre vis-à-vis de Dieu. Elle  nous établit à l’égard de Dieu « dans le rapport qui sied » dira Saint Thomas. Et c’est pourquoi elle est une vertu, nous faisant accomplir le bien.  : elle nous ordonne vis-à-vis de Dieu.  C’est ce qu’enseigne Saint Thomas dans son article 2 de la question 81 de la IIa IIae, il écrit : « Manifestum est quod reddere debitum alteri habet rationem boni : quia per hoc quod aliquis alteri debitum reddit, etiam constituitur in proportionne convenienti respectu ipsius, quasi convenienter ordinatus ad ipsum ». « Rendre à autrui ce qui est dû, manifestement c’est bien : c’est en effet s’établir à l’endroit d’autrui dans le rapport qui sied, c’est mettre ordre en ses relations ». Cette phrase est à méditer. Si le monde moderne pouvait entendre ce discours, il n’y aurait ni laïcisme, ni athéisme, ni matérialisme. La finalité de la vie serait retrouvée : la louange et le service de Dieu. C’est un des grands bienfaits des Exercices de saint Ignace de rappeler dès le début des Exercice, dans son fameux « Principe et Fondement », la finalité de la vie, sa raison : « l’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu et par ce moyen sauver son âme ». « Laudate,Dominum. Laudate nomen Domini ».

Oui ! Il faut louer le Seigneur. Il faut louer « le nom du Seigneur ».

Mais  à qui s’adresse cet ordre, car « laudate » est un impératif, c’est un ordre. Il s’adresse aux « pueri », aux « enfants », aux « petits », littéralement aux « muets » à « celui qui ne parle pas ». C’est le sens exact de « puer ». C’est celui qui est « dépendant », qui vit dans la « dépendance », dans la « sujétion » des parents, disons d’un maitre. « Rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû » doit être accompli par le « puer », en raison de sa dépendance d’avec Dieu. Ce mot « puer »  est très intéressant. Il faut y réfléchir. Il nous permet de comprendre le revers de la médaille : je veux dire que  si la majesté de Dieu est raison de notre culte dû, quoad Deum, (en ce qui concerne Dieu)  notre sujétion, notre soumission ontologique à Dieu  en est aussi la raison quoad nos ( en ce qui nous concerne).  Notre culte est nécessairement une dette duê à Dieu parce que nous sommes « créature », « dépendant ». Saint Thomas écrit : «Les exigences de notre sujétion à Dieu n’empêchent qu’elle s’exprime  vertueusement, dans la mesure où nous rendons volontiers notre dette ». En latin c’est plus clair : « exhibere Deo debitam servitutem potest esse actus virtutis, secundum quod homo voluntarie hoc fecit ». (II II 81 ad 2um)  et un peu plus loin, il écrit que servir Dieu parce que créature est identique à lui rendre les devoirs de notre culte : « Servir Dieu et lui rendre les devoirs de notre culte, c’est tout un ».  En effet « le culte à regard aux exigences d’honneur de l’excellence divine. Le service exprime la sujétion qui fonde naturellement, du côté de l’homme, son obligation au culte d’honneur. Ce double aspect caractérise les actes attribués à la vertu de religion. Tous nous servent à témoigner de l’excellence divine et de de notre sujétion à Dieu sous la diversité des rites de présentation ou de participation aux choses divines (II II 81 3 ad ad 2um).

Voilà tout ce que  peut nous faire comprendre ce mot de« puer » choisi à dessein par notre auteur.  C’est très riche. On doit à la fois le culte à Dieu en raison de son excellence divine et en raison de notre sujétion. Servir Dieu et lui rendre honneur, c’est la même chose. C’est ce que dit Saint Ignacre : l’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu… » : Laudate, pueri, Dominum, Laudate nom Domini ». C’est ce que confesse Notre Dame à la parole de l’ange Gabriel : « Je suis la servante du Seigneur ». Elle exprime de la sorte une âme éminemment religieuse.

Saint Augustin dans son commentaire ajoute un sens non négligeable à ce « puer ». Il fustige l’orgueil et appel à l’humilité de l’enfant suel capabble louer Dieu : « Ils ne chantent point ainsi, dist-il, ces hommes qui se croient de grands personnages; ils ne chantent point de la sorte, ceux qui, ayant connu Dieu, ne l’ont point glorifié comme Dieu, ou ne lui ont point rendu grâces, qui se louent sans louer Dieu, parce qu’ils ne sont point enfants, qu’ils veulent toute la gloire pour leur nom, et non point pour le nom du Seigneur. Aussi se sont-ils évanouis dans leurs pensées, et leur cœur s’est-il obscurci dans sa folie; et en se disant sages, ils sont devenus fous. Ils ont voulu pour leur nom un retentissement vaste et durable, eux qui doivent être si vite mis à l’étroit, tandis que c’est Dieu seul, le Seigneur seul »

« Sit nomen Domini benedictum, ex hoc nunc et usque in saeculum » « Que le nom du Seigneur soit béni dès maintenant et dans tous les siècles ».

Le Seigneur est béni à jamais, poursuit notre auteur « dès maintenant et dans tous les siècles » en raison de son grandeur, de sa majesté, de son excellence. C’est ce mot qui est utilisé dans l’Evangile pour signifier la grandeur d’une personne. Ainsi  dans saint Matthieu : alors que Jésus entre à Jérusalem après la résurrection de Lazare, le peuple chante sa gloire : « Et toute cette multitude, en avant de Jésus et derrière lui, criait : « Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux » (Mat 21 9) C’est bien la grandeur de Jésus qui est ici la raison de l’acclamation grandiose du peuple. C’est la même chose dans la  salutation d’Elizabeth lors de la visite de Notre Dame entrant dans sa maison : « Et élevant la voix, elle s’écria : « Vous êtes bénie entre les femmes » ; elle veut en chanter la grandeur. C’est ce qu’elle affirme immédiatement après : « Et d’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne à moi » (Lc 1 42). La maternité divine de la Vierge Marie est la raison de cette « bénédiction ».

« A solis orta usque ad occasum, laudabile nomen Domini » « Du lever du soleil au couchant, le nom du Seigneur est digne de louange. »

L’auteur enseigne que la louange du Seigneur doit être incessante : « du matin au soir ». « A solis orta ad occasum ». « Occasus us » veut dire « chute du jour, coucher des astres », d’où la traduction possible « du lever au couchant ». Cette louange peut être «vocale », comme chez les moines ou les prêtres ou « mentale ». Allez dans un monastère, la louange est l’activité essentielle du moine, dès l’aurore… Que d’heures de louange en effet  passées au chœur de l’abbaye. La louange est la raison du monastère. Elle devrait l’être de tout être dépendant. « Le nom du Seigneur est digne de louange » : « laudabile » C’est pourquoi nous dit saint Jean dans son Apocalypse : les anges, les élus, les Evangélistes, les Apôtres ne cessent de proclamer devant Dieu et son trône:  » Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu Tout-Puissant, qui était, qui est et qui vient ! « Ils rendent gloire, honneur et actions de grâces à Celui qui est assis sur le trône, à Celui qui vit aux siècles des siècles, les vingt-quatre vieillards se prosternent devant Celui qui est assis sur le trône, et adorent Celui qui vit aux siècles des siècles, et ils jettent leurs couronnes devant le trône, en disant :  » Vous êtes digne, notre Seigneur et notre Dieu, de recevoir la gloire et l’honneur, et la puissance, car c’est vous qui avez créé toutes choses, et c’est à cause de votre volonté qu’elles ont eu l’existence et qu’elles ont été créées.  »  (Apo 4 7-11). Voici le chant de l’Eglise triomphante. De la même manière, l’église militante chante dans ses offices : « Le nom du Seigneur est digne de louange » : l’audabile. C’est ainsi que l’Eglise triomphante et l’Eglise militante chantent à l’unisson la gloire de Dieu.

 « Excelsus super omnes Gentes Dominus et super coelos gloria eius » « Le Seigneur est élevé au-dessus de toutes les Nations et sa gloire est au-dessus des cieux »

Voilà encore affirmée, la grandeur de Dieu, « Il est élevé au-dessus de toutes les Nations » en ce sens qu’il a tout créé, qu’il est le maître de tout, des choses qui sont sur la terre et qui sont au Ciel. Voilà encore affirmé la raison de notre culte  et de notre sujétion.

On comprend alors que le psalmiste puisse dire : ‘Quis sicut Dominus Deus noster qui in altis habitas » « Qui est semblable au Seigneur, notre Dieu qui habite dans les hauteurs » et il poursuit très joliment « qu’Il regarde ce qui est humble au ciel et sur la terre » « et humilia respicit in caelo et in terra ». Devant Dieu, Il ne peut en être autrement puisque tout est créature de Dieu, dépendant de Dieu, les anges comme les humains. Le mot « Humilia » de humilis e : est très bien choisi. Il veut dire « bas, peu élevé, petit, de basse condition ».  Mais c’est la condition essentielle de toute créature qu’elle soit céleste ou terrestre. C’est ce que confesse Notre Dame, dans son Magnificat. Elle a parfaitement compris sa condition de créature : devant Dieu, elle confesse son « humlilité » : « Magnificat anima mea Dominum et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo. Quia respecit humilitatem ancillae suae, ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes » (Lc  1 46-47) Et Crampon traduit bien lorsqu’il dit : Mon âme glorifie le Seigneur et mon esprit trésaille de joie en Dieu mon Sauveur Parce qu’il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante ».

Et l’on peut, me semble-t- il,  interpréter de la même manière le « Quis ut Deus » de saint Michel » . Il confesse  de la sorte  la bassesse de sa condition par rapport à Dieu. Il n’est que créature.  « Qui est comme  Dieu ».

« Suscitans a terra inopem et de stercore erigens pauperem » « Il tire l’indigent de la poussière et relève le pauvre du fumier ».

Avec cette strophe, le palmiste commence à contempler, comme je le disais plus haut, les œuvres  de ce Souverain Seigneur qui sont tout autant des raisons de louer Dieu . « Il tire l’indigent de la poussière » « Suscitans a terra inopem ». « Suscito are » est un verbe très riche qui décrit merveilleusement l’activité  de Dieu à l’égard de sa créature. Il veut dire, certes,  « lever, élever, bâtir » mais aussi « exciter, animer, stimuler, faire naître, réveiller » mais encore « rappeler à la santé, à la vie ». Si cette strophe fait allusion à la création de l’homme, n’est-ce pas Dieu qui a animé sa créature en lui soufflant « une souffle de vie ».  L’Ecriture est formel : « Yahweh Dieu forma l’homme de la poussière du sol (de limo terrae) et il souffla dans ses narines un souffle de vie (spiraculum vitae)  et l’homme devint un être vivant ( animam viventem). » (Gen 2 7). En latin, nous avons « Formavit igitur Dominus Deus hominem de limo terrae, et inspiravit in faciem ejus spiraculum vitae, et factus est homo in animam viventem ». Et l’Ecriture conclut « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait et voici cela était très bon » (Gen 1 31)  et en conséquence digne de louange.

Mais on peut également penser, en lisant cette strophe, à la résurrection de Lazard par Notre Seigneur.  Voilà trois jours qu’il  est au tombeau, Jésus, à l’appel des sœurs,  arrive à Bétanie: « où l’avez-vous mis ». Il s’approche : « retirez la pierre, Horreur ! Marthe lui dit qu’il est déjà retourné en poussière. Il sent « Iam fetet » quatriduanus est enim » (Jn  11 40). Et Jésus de crier fort : « Lazard, sors ». Jésus, de sa puissance divine lui redonne vie. « à l’indigent », il donne vie  « Inops, inopis.  On le traduit par qui manque de tout, qui a besoin de tout , dépourvu. Privé de ressources : c’est le pauvre par excellence. Ainsi de l’homme, être précaire. C’est Lazard, dans sa condition mortelle. Il en est de même de la résurrection de l’adolescent à la porte de Naïm.  Dieu qui est vie donne la vie à qui il veut : « Il tire l’indigent de la poussière » « Suscitans a terra inopem ». Ce qui est immensément adorable et digne de louange.

« Et de stercore erigens pauperem »  « et il relève le pauvre du fumier »

Cette strophe est d’un réalisme redoutable. Elle  est parfaitement dans la ligne de la réflexion de Marthe : « iam fetet ». « Il sent ». Cette strophe exprime non seulement la création, œuvre divine par excellence, digne de louange, mais aussi l’action de Dieu devant l’homme pécheur, tombé dans la misère, « le fumier » . Sa miséricorde est telle qu’il ne craint pas de retirer ce « misérable », pourtant  jadis «  son vaisseau d’honneur » comme le dit Saint Grignon de Montfort, tombée « dans la boue ». Il veut bien le tirer de sa misère : « erigens pauperem ». Le psalmiste utilise ce mot redoutable : « de stercore » – que l’on retrouvera dans saint Paul comparant le ciel aux choses de la terre : « Je considère tout comme de la balayure, du fumier. Il utilise ce mot de « stercus ». « Stercus » que l’on traduit par « excrément, fiente, fumier ». Tel serait l’homme dans son péché. Dieu est bon vraiment et digne de louange. Il est le Tout Puissance et il met sa toute-puissance au service de sa miséricorde. Il est aussi Sauveur. C’est le mystère divin. «  le mystère du salut » que Saint Paul appellera « Le mystère de la piété ». De ce salut, le Christ en sera le réalisateur. Il l’accomplira,  et le révélateur. Il le confira aux Apôtres et à l’Eglise. Et ce salut,  pensé par Dieu de toute éternité et révélé à la « plénitude des temps » est « pour notre gloire » comme le dit saint Paul aux Corinthiens : « 6 Pourtant il est une sagesse que nous prêchons parmi les parfaits, sagesse qui n’est pas celle de ce siècle, ni des princes de ce siècle, dont le règne va finir.
7 Nous prêchons une sagesse de Dieu mystérieuse et cachée, que Dieu, avant les siècles, avait destinée pour notre glorification.
8 Cette sagesse, nul des princes de ce siècle ne l’a connue ; — car, s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de la gloire.
9 Mais ce sont, comme il est écrit,  » des choses que l’œil n’a point vues, que l’oreille n’a point entendues, et qui ne sont pas montées au cœur de l’homme, — des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment.  »
10 C’est à nous que Dieu les a révélées par son Esprit ; car l’Esprit pénètre tout, même les profondeurs de Dieu ». (1 Cor 6-10)  Salut « pour notre glorification » dit Saint Paul. C’est ce qu’affirme joliment le psalmiste disant dans strophe suivante : Il retire l’homme du « fumier » pour la placer avec les princes  de son peuple :

« Ut collocet eum cum principibus, cum principibus populi sui » «  Pour le placer avec les princes, avec les princes de son peuple ».

Quelle gloire pour l’homme pécheur.  Quelle louange pour Dieu ! « Sanctus Sanctus Sanctus. Chantent l’univers à cette révélation. Mais il fait plus encore. Il est le maître de la nature, et Il peut rendre « fertile », la mère stérile

« Qui habitare facit sterilem in domo, matrem filiorum laetentem » « Il fait habiter celle qui était stérile dans la maison comme une mère joyeuse au milieu de ses enfants”

Ainsi de Sara. Ainsi d’Elizabeth donnant à chacune la joie de la fécondité. Vous connaissez leur histoire. Aussi chantent- elles l’une et l’autre les louanges divines.

 

 

 

 

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